Roger, Célestin

Biographie


Né en 1806 à Périgueux (Dordogne), « fils d’un ancien maire de la république et de l’Empire, n’ayant jamais rien accepté sous aucun gouvernement depuis la déchéance de Napoléon » ; son frère était notaire et président de la chambre des notaires. Voyageur de commerce pour la maison Roger frères. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « Par suite d’une maladie très grave, dont je ne suis pas entièrement rétabli, cela m’a occasionné du retard à vous rendre compte de ma conduite pendant les trois journées des 22, 23 et 24 février dernier. Le 22, jour où le banquet devait avoir lieu, je me suis dirigé sur les Champs-Elysées, où nous avons cherché sur les 3 à 4 heures d’établir une barricade. Mais immédiatement ayant été chargés par les dragons, nous nous sommes repliés sur la rue de Rivoli, où nous avons encore été repoussés par la troupe de ligne, et le reste de la journée s’est passé ainsi. Le soir, je suis rentré à l’hôpital pour reprendre mon lit de malade, que j’avais quitté le matin et le lendemain 23 au matin, j’ai déserté encore de l’hospice mais cette fois pour n’y rentrer qu’après la victoire. Ce jour-là, j’ai parcouru les groupes dans les rues Saint-Martin, Saint-Denis, toutes les rues adjacentes, encourageant les jeunes gens et me mettant partout à la tête de la barricade jusqu’à partie du manuscrit brûlée. Je me dirigeais ensuite sur d’autres points car mon but était d’exciter le plus de monde possible et la dernière qui m’a occupé ce jour-là, a été faite dans une petite rue tenant à la rue Saint-Martin, où nous avons eu une décharge par les gardes municipaux et quelques-uns ont été blessés. A la suite de ces événements, ou du moins peu de temps après est arrivé un bataillon de la VIe légion, qui a fraternisé avec nous, aux cris de Vive la réforme ! et pendant tout le reste de cette journée nous avons parcouru ensemble les rues adjacentes de la rue Saint-Martin et surtout les plus populeuses, afin d’encourager et inspirer de la confiance aux personnes les moins rassurées et qui avaient encore quelques craintes, enfin celles qui n’attendaient que le moment favorable pour se joindre à nous, ce qui a produit le plus heureux résultat pour la nuit et la journée du lendemain 24. Enfin le 23 vers les 10 heures du soir, devant le ministère des Affaires étrangères, une de nos frères a manqué d’être victime, dans une décharge faite par la troupe de ligne et a été ramené à la maison dans un état partie du manuscrit brûlée. Dès ce moment des cris Aux armes ! Démission ! ont retenti d’une extrémité de Paris à l’autre. Toute la nuit, j’ai travaillé aux barricades et le lendemain vers les 5 heures je parcourais les faubourgs Saint-Germain, Saint-Jacques. Au grand jour, nous avons commencé à frapper à toutes les portes afin d’avoir les armes des gardes nationaux qui ne pouvaient prendre part à cette glorieuse journée. Enfin, sur les 9 heures du matin, harassé de fatigue et pendant que tout était encore calme (car nous n’attendions plus que le moment d’attaque pour commencer le feu), je me suis dirigé dans mon quartier, rue de Cléry n° 6, afin de me restaurer, prendre quelques cartouches qui m’avaient été données la veille et que j’avais cachées chez mon partie du manuscrit brûlée. Cela terminé, je suis parti dans la direction du Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.) et les Tuileries, où la fusillade venait d’être vivement engagée. Mais la cavalerie et l’artillerie, sans résistance, n’ayant pas tardé à évacuer la place du Carrousel, nous nous sommes rendus maîtres du château au moment même où le roi en sortait. Immédiatement après j’ai quitté le château pour me rendre au Palais-Royal, où la fusillade continuait toujours. A 5 heures ou 5 heures et demie je me suis rendu à l’Hôtel de ville et nous y avons proclamé la république en présence vous tous, citoyens, ses représentants. J’ai ensuite passé le reste de la journée et de la nuit sur les barricades et celles du lendemain au poste des Petits-Pères avec une compagnie de la IIIe légion. Le 25 février je suis rentré à l’hospice du Midi, où je suis encore. Ainsi, citoyens, voilà très exactement qu’elle a été ma conduite pendant nos trois glorieuses journées. Si je n’ai pas fait davantage pour la cause de la liberté c’est qu’il n’y avait pas plus à faire pour chacun de ses défenseurs. Afin que vous sachiez bien, messieurs, que mes opinions républicaines ne m’ont pas seulement été inspirées par notre révolution de 1848 mais bien avant celle de 1830 car à cette dernière j’ai été, je puis le dire, messieurs, un des combattants les plus acharnés de la place du Palais-Royal contre les Suisses et le 3e de la garde, que nous avons culbuté le 29 sur les 1 heure de l’après-midi, en nous rendant maîtres du palais, je joins donc ci-inclus trois lettres qui peuvent vous donner quelques idées de mes opinions, entre autres une que j’adressais, le 17 août 1834, à M. Alphonse Chambon, détenu dans les affaires d’Avril, professant lui aussi les mêmes principes que moi, et c’est avec ces sentiments, messieurs, que j’ai toujours été un des premiers au feu et toujours des derniers solliciteurs. En 1830, je n’ai rien demandé et en 48 j’arrive des derniers mais malgré cela j’ai le plus grand espoir car je compte, messieurs, sur votre justice […]. » Il joignait trois lettres à sa demande. La première lettre, une lettre adressée, le 17 avril 1834, à Alphonse Chambon détenu à la préfecture de police et qui avait été arrêté le 13 avril précédent avec soixante et un autres individus, rue des Mathurins-Saint-Jacques, au coin du cloître Saint-Benoît, au café des Cinq-Billards, où se tenait une réunion de la Société des droits de l’homme : « Mon cher Alphonse, Nous avons reçu hier soir ta lettre mais trop tard pour nous acquitter de la commission dont tu nous charges. Je m’empresse ce matin de t’expédier trente francs. C’est tout ce que nous avons de disponible pour le moment mais si vous en avez besoin encore les uns ou les autres écrivez-nous de suite et nous vous enverrons sans le moindre retard tout ce que vous aurez besoin. Vous auriez dû, mes chers amis, ne pas nous laisser si longtemps dans l’ignorance de votre position. Dès ce moment, nous allons faire tout notre possible pour obtenir du préfet la permission de vous voir. Adieu, mes amis, je vous prie de croire à l’attachement le plus sincère de votre tout dévoué Célestin Roger. » Un deuxième lettre indiquait que Roger était en relation avec Chambon, Tibeyraud et Riaud, détenus à la prison de La Force, et il est fait aussi mention d’un docteur Dalbavic illisible, autre Périgourdin, et sans doute tous propagandistes républicains et en butte aux répressions. La troisième lettre était une lettre adressée par la famille de Roger, date du 12 août 1830 et depuis Tourtes au Courtes, à Jules et Célestin Roger, tous deux commis négociant au Pauvre Diable, magasin situé rue et galerie Montesquieu près le Palais-Royal. Cette lettre était ainsi rédigée : « Nous avons eu dimanche dernier la lettre du 4 courant. Mon cher Célestin, nous avons été frappé au premier moment ce de que Jules ne nous dit mot et que toi-même tu oublies d’en parler ; cependant nous avons été rassurés par les lignes illisible annonçant que tous les jeunes gens du magasin s’étaient retrouvés à leur poste après l’issue de ces terribles événement. Enfin, le ton de ta lettre a aussi contribué à nous tranquilliser. Mais que Jules pourtant veuille bien aussi nous donner de ses nouvelles s’il ne l’a déjà fait au reçu de la présente car vous avez l’un et l’autre donné bien du souci, causé bien du chagrin à la famille entière, à notre pauvre maman surtout, dont la sensibilité, vous le savez, pour tous ses enfants, augmente singulièrement les craintes ; et tout au surplus annonçait qu’elles ne pouvaient être que trop fondées. Ainsi, en cherchant à la rassurer, nous étions nous-mêmes frappés au cœur. Partie du manuscrit brûlée Elle a fait plus, elle a s’il est possible augmenté pour vous ou resserré davantage notre illisible ne vous faisant arriver la part de cette admiration universelle vouée aux habitants de Paris. Cette lettre nous est parvenue, comme je l’ai déjà dit, dimanche dernier à 5 heures du soir, au moment où nous allions nous placer sous la halle de Roussign... à la table d’un banquet civique, qui quoique improvisé offrait encore cent personnes au illisible réunies ; elle a été lue cette lettre en place publique et son contenu conservé dans tous les cœurs. Vous êtes sortis victorieux et l’un et l’autre, sans accident, d’une lutte terrible et inattendue. Les recommandations portées dans ma dernière lettre du 29 juillet étaient le fait des craintes que j’avais pour vos personnes. Alors nous ne savions même pas ce qui se passait. On ne le connut à Nérigx illisible, que le 30. Jusque-là, on ne connaissait que l’arrivée des ordonnances qui, comme à Paris, mettaient le peuple dans la désolation. Ces recommandations étaient parties trop tard et je le conçois, elles n’eussent point été écoutées mais au moins, mes bons amis, qu’il me soit permis, au nom de toute la famille de vous recommander, maintenant que le coup qu’il fallait est donné, d’être prudent et soigneux de vos personnes. La tranquillité n’a été troublée dans pas une partie de ce département, partout flottent les couleurs nationales si chères à tous les bons Français. L’avènement du duc d’Orléans illisible, on espère trouver en lui le défenseur de nos libertés illisible, elles furent trop longtemps compromises et ont coûté trop de sang français pour ne pas tout tenter encore pour leur conservation. Tâchez de découvrir d’une manière exacte ce qu’est devenu M. de Foucauld et me le mander par votre première lettre. Celle-ci est au nom de toute votre famille, elle vous adresse ses félicitations, vous embrasse un million de fois et ne cesse de vous dire de vous conserver. » Roger joignait aussi un certificat délivré par l’hôpital et qui attestait qu’il y avait été soigné depuis le 31 janvier 1848, qu’il y était encore présent le 5 mai 1848 mais qu’il lui avait été donné des permissions de sortir, notamment, les 22 et 23 février 1848. Il ne se présenta pas aux convocations de la Commission. Il était célibataire en 1848. Il demeurait 6, rue de Cléry et travaillait 3, rue Montesquieu en 1848. Archives de la préfecture de police AA 411.

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