Roignan, Pierre, Jacques

Biographie


Né le 28 ou 29 juin 1795 à Gimont (Gers). Ancien lieutenant à la 3e compagnie des chasseurs du 2e bataillon d’élite du Gers pendant les Cent-Jours, licencié le 26 juillet 1815, établi teneur de livres chez Journeux, Louis, Barthélemy (voir ce nom), fabricant de bronzes, en 1830. Il fut blessé d’un coup de baïonnette au sourcil droit, superficiellement à la jambe droite par une balle et de coups de crosse de fusil à la poitrine et qui lui occasionnèrent une difformité et l’empêchèrent de continuer son emploi de teneur de livres. Il fit, le 15 août 1830, auprès de la Commission des récompenses nationales, l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les combats de Juillet : « Le sieur Roignan, Pierre, Jacques […] s’est trouvé le mardi 27 juillet 1830 au Palais-Royal à 1 heure, quand on fit évacuer le jardin par la gendarmerie. Ensuite, il resta dans les galeries jusqu’à 3. C’est alors qu’on fit évacuer les galeries. Il ne se retira qu’à 4 heures. Le mercredi 28 à 6 heures du matin, il s’est trouvé à la porte Saint-Denis, où il contribua à arrêter des charrettes remplies de moellons pour les briser et les faire servir pour la défense. A midi, il s’est joint à un détachement de patriotes formé rue du Faubourg-Poissonnière et les a conduits rue de l’Echiquier n° 22, dans une maison de roulage, où il leur a fait distribuer des fusils, qui se trouvaient dans des caisses dans les magasins. De là, il s’est porté avec ses camarades rue du Faubourg-Saint-Denis près la porte, où il a combattu contre les gardes royales, cuirassiers et lanciers jusqu’à 6 heures. Etant prévenu qu’un régiment de la garde royale arrivait par la barrière de la Chapelle Saint-Denis, il s’y dirigea et contribua à le forcer à la retraite. Le jeudi 29 à 6 heures du matin, il s’est présenté avec un grand nombre d’ouvriers à la caserne Poissonnière, où se trouvait le 5e régiment de ligne. Après avoir invité les soldats à donner leurs armes (ce qu’ils firent), les ayant livrées par les croisées ils ouvrirent les portes, ledit Roignan s’empara de quatre tonneaux de cartouches, qu’il trouva au magasin de ladite caserne et qu’il distribua à ses camarades. Il plaça un poste à la porte d’entrée et donna l’ordre de ne laisser passer aucun effet appartenant aux militaires, ce qui fut exécuté. Et après cela il fut à la prise des Tuileries, où il s’est comporté en homme d’honneur. Après ces trois journées, il n’a cessé de faire des patrouilles avec plusieurs citoyens par-delà même les barrières et a également fait partie de la première colonne qui a marché sur Rambouillet. » Son récit était attesté par Duclos, demeurant 17, rue du Faubourg-Montmartre ; Mounard, Jacques, mesureur de l’octroi ; Buchere, P., marchand de laine en fer (On désigne ainsi les marchands qui vendent les objets concernant le coucher, c'est-à-dire la laine et la toile pour les matelas, le crin pour les sommiers, la plume pour les lits, les traversins et les oreillers, les coutils, les treillis, les couvertures, l'édredon, et même les tapis, N.D.A.), demeurant 8, pointe Saint-Eustache ; Labadie, ancien notaire, demeurant 1, rue de La Tour d’Auvergne ; Loire, marchand tapissier, demeurant 8, pointe Saint-Eustache ; Carbon (voir Carbon, Alix ?), capitaine commandant au corps municipal ; Deffieux, restaurateur, demeurant 90, bd du Temple ; Dumons, demeurant 109, rue Montmartre ; Cazaux (voir ce nom ?), officier de santé en congé illimité ; Journeux (voir Journeux, Louis, Barthélemy), fabricant de bronzes, demeurant 30, enclos du Temple ; Maurel (voir Maurel, Louis), ancien capitaine, adjudant-major du 1er bataillon des volontaires nationaux de Paris, formation de 1791, l’un des vainqueurs de Jemmapes, demeurant 102, rue du Faubourg-Poissonnière ; Flé, marchand épicier, demeurant 7, rue de la Tour-d’Auvergne ; Castillon, ancien capitaine du génie, demeurant 77, rue du Four-Saint-Germain. Raule, sergent et chef du poste du Gros-Caillou, certifia que Roignan avait « monté la garde du 29 au 30 juillet 1830, au poste de l’hôpital militaire du Gros-Caillou ». Inscrit sitôt après la révolution à la IIe légion de la garde nationale, il demanda au ministère de la Guerre à reprendre de l’activité « dans un corps d’infanterie, avec le grade dont il fut dépouillé en 1815 ». Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. N’ayant pas vu son nom sur les premières listes publiées des titulaires de la Croix de Juillet, il s’enquit de savoir si c’était un oubli : « […] Personne mieux que moi ne s’est montré dans les trois jours de Juillet et je me crois un des premiers pour l’avoir méritée. Cette décoration, qui a été toute mon espérance, après avoir resté neuf mois dans le plus grand besoin pour sustenter ma femme et trois enfants et après avoir perdu des emplois depuis septembre, je me suis abstenu de demander aucune indemnité ni secours pour ne pas nuire à la demande que j’avais formée de la décoration malgré le grand besoin que j’avais et où je me trouve dans ce moment. » Peu après il fut compris dans les listes de ceux qui avaient reçu la simple médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement (sous le nom de Rognan, François, Jacques sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39). Il comparut devant le jury médical de la Commission des récompenses nationales mais préféra renoncer à toute pension comme blessé de la 3e classe, contre la promesse que ses enfants seraient élevés aux frais de l’Etat : père en effet de trois enfants, lui-même sans fortune et sa profession de teneur de livres, par les modiques ressources qu’elle lui offrait, ne lui permettant pas de les élever, il sollicitait que ses enfants fussent admis « dans les pensionnats destinés aux enfants de ceux qui ont combattu pour la patrie ». Sans doute cette renonciation ne fut-elle pas suivie d’effet, puisqu’il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive, et à titre de cas exceptionnel, une autre indemnité définitive de mille cinq cents francs de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830 (sans doute en compensation de cette renonciation). Le docteur Marjolin (voir ce nom), lui délivra d’ailleurs, en date du 24 février 1832, l’attestation suivante : « « Je, soussigné, docteur et professeur à la faculté de médecine de Paris, ex-membre du jury médical près la Commission des récompenses nationales, déclare que M. Roignan, blessé dans les journées de Juillet, a été soumis à l’examen du jury ; qu’il porte au-dessus du sourcil droit une cicatrice non adhérente, suite d’une blessure faite par une baïonnette ; une autre cicatrice superficielle à la partie moyenne antérieure interne de la jambe droite, suite d’une blessure faite par une balle ; enfin qu’il présente à la partie antérieure de la poitrine une difformité occasionnée par des coups de crosse de fusil. La respiration est encore gênée par cette dernière lésion. Cette dernière infirmité permanente a dû faire classer M. Roignan dans la troisième classe des blessés. » Dans une lettre adressée par la Commission des réclamations de Juillet, présidée par Benard de Courtigis (voir ce nom) et établie 10, rue Neuve-Bourg-Labbé, au ministre de l’Intérieur et président du Conseil, son cas était cité en exemple comme quelqu’un dont les droits avaient été méconnus, précisant ainsi sa participation aux combats et les preuves qui avaient été fournies : « Roignan, Pierre, Jacques. Le 27, était au Palais-Royal quand on fit évacuer le jardin par les gendarmes. Le 28, il était à la porte Saint-Denis, s’est joint au détachement de patriotes rue du Faubourg-Poissonnière, les a conduits rue d’Enghien à la maison de roulage, où il a pris et distribué les fusils qui y étaient. Revenu rue Faubourg-Saint-Denis, a combattu contre la garde royale, cuirassiers, lanciers, est allé à la rencontre du régiment de la garde royale qui venait par la barrière de La Chapelle, a contribué à la forcer à la retraite. S’est porté avec grand nombre d’ouvriers à la caserne Poissonnière où était le 5e de ligne, qui a rendu ses armes. Il y établit un poste, mesure qui préserva la caserne de l’incendie dont elle était menacée. S’est emparé de quatre tonneaux de cartouches, qu’il trouva au magasin et qu’il distribua. Enfin qu’il a montré du courage et qu’il faisait parte de la première colonne pour Rambouillet. La médaille. » Il signa deux certificats en faveur de Boissin, Simon. Le premier, le 8 août 1830 : « Nous, soussignés, certifions et attestons à tous qu’il appartiendra parfaitement connaître M. Simon Boissin, qui s’est montré avec courage dans les journées du 28 et 29 juillet 1830, pour combattre sur le boulevard Bonne-Nouvelle et en excitant ses connaissances et amis pour conquérir la liberté. N’ayant qu’à le recommander à toutes les autorités en cas de besoin, sa conduite étant des plus méritoires. » Le deuxième, le 25 août 1830 : « Nous, soussignés, habitants de Paris, déclarons et certifions connaître particulièrement le sieur Boissin, Simon […] lequel dans les trois journées du 27, 28 et 29 juillet 1830, a donné des preuves de son courage, de son dévouement pour la liberté nationale, ayant combattu sur divers points, avec un zèle et une activité qui sont au-dessus de son âge. Désirant que la présente déclaration puisse lui attirer toute la bienveillance des autorités et pour qu’il puisse concourir aux récompenses nationales qui peuvent être décernées aux personnes qui s’en sont rendu dignes. » il signa, comme commissaire du (ancien) Ve arrondissement pour la Commission des réclamants, le certificat suivant en faveur de Journeux, Louis, Barthélemy : « Je, soussigné, déclare que les titres de M. Journeux sont exacts, étant moi-même employé comme teneur de livres dans sa fabrique et que les signatures du certificat disent la vérité. » Il signa, comme « commissaire du (ancien) Ve arrondissement » (lire sans doute commissaire à la Commission des Réclamants) le certificat suivant en faveur de Nicolle, Céleste : « Je certifie que le sieur Nicolle est parti avec moi le 28 juillet des ateliers de M. Journeux (voir Journeux, Louis, Barthélemy), où il s’est dirigé, étant armé, sur le boulevard du Temple et j’ai appris depuis qu’il n’a cessé d’être sur pied et combattu sur divers points pendant le 28 et 29 juillet. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Rognan, François, Jacques), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il signa, le 3 juillet 1832, à l’occasion de l’anniversaire des trois jours de Juillet, la pétition présentée au roi par Gibert-Arnaud, qui renouvelait, au nom d’un comité consultatif, sa demande, signée par plus de quarante décorés (auquel Gibert-Arnaud se flattait de pouvoir y ajouter six cent neuf autres noms), qu’on permît à chaque décoré de la médaille de Juillet de remplacer cette dernière par la croix du même ordre. En 1833, « dans un état voisin de la misère », selon le préfet de police, il sollicita un secours pour regagner avec sa femme et ses trois enfants son pays natal. Le maire de Montmartre donna sur son compte les renseignements suivants : « […] On ne lui connaît aucun moyen d’existence ; sa famille, composée de plusieurs enfants, est dans un état voisin de la misère. Il a refusé depuis quelque temps de faire le service de la garde nationale, a vendu son habit et n’a pu représenter son fusil qu’il avait reçu du gouvernement. » Cette année-là, il reçut deux cents francs et rejoignit le Gers. Il toucha un nouveau secours de soixante-quinze francs en 1836. Le 25 août 1836, le maire de Gimont (Gers), lui avait délivré le certificat suivant : « Nous, maire de la commune de Gimont […] certifions que nous n’avons qu’à nous louer de la conduite de M. Roignan, Pierre, Jacques, natif et habitant de Gimont, père de quatre enfants en bas âge ; obligé de donner des secours à son père et à sa mère, qui sont septuagénaires et infirmes ; sans fortune lui-même, véritablement dévoué au roi Louis-Philippe, cet honnête citoyen est digne d’exciter tout l’intérêt du gouvernement. » Il reçut un secours de soixante-quinze francs en 1838. En 1838, il avait à sa charge ses père et mère âgés de soixante-seize ans, sa femme et quatre enfants. En 1839, il était employé depuis un an comme vérificateur de poids et mesures dans l’arrondissement de Lectours, aux appointements de mille quarante-cinq francs annuels. Il sollicita un secours, expliquant : « […] Mon déplacement, mon loyer, la cherté des aliments et notamment le chauffage, la mort d’un enfant depuis un mois, trois enfants qui me restent et mon épouse, mes appointements n’ont pu suffire à toutes mes dépenses de première nécessité. Je me suis endetté d’environ trois cents francs et je prévois qu’il me sera impossible de pouvoir me libérer si vous ne m’accordez aucune indemnité …]. » Il mourut en 1844, laissant trois orphelins, un de ses enfants était décédé. En 1830, il était garde national à la IIe légion. Il demeurait 1 bis, rue de La Tour d’Auvergne en 1830 ; 8, place et pointe Saint-Eustache en mai 1831 puis 35, place du Théâtre (sans doute le boulevard Rochechouart) à Montmartre en 1831 ; 16 bis, même rue en 1832-1833 ; à Gimont en 1836-1838 ; ses enfants 27, rue Rébusanc dans le faubourg Saint-Cyprien à Lectoure en 1845. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives p. 68, liste nominative des cas exceptionnels du IIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives, p. 69, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832 ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement et lettres de Gibert-Arnaud ; Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIII/82 Commission des réclamations de Juillet, extrait de quelques dossiers pris sur le travail général de la Commission des réclamations ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) IIe arrondissement, blessés de 1re classe et cas exceptionnels ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Boissin, Simon ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Journeux, Louis, Barthélemy ; Archives de la préfecture de police AA 395 in dossier Junck, Jean-Jacques (un billet qu’il signe) ; Archives de la préfecture de police AA 405 in dossier Nicolle, Céleste.

Roillat.

Son nom est sur une liste alphabétique du (ancien) XIIe arrondissement de blessés qui comparurent devant le jury médical. Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (sous le numéro 160).

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