Rosotte
Biographie
Le 11 mai 1831, n’ayant pas vu son nom dans les listes des décorés parues au Moniteur, il adressa la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « C’est avec une grande surprise que j'ai vu, en lisant le Moniteur du 2 que mon nom y manquait. Cependant j’ai fait mon devoir de patriote dans les mémorables journées de Juillet. J’étais à l’affaire de l’Hôtel de ville le 28. Le lendemain, je suis resté en tirailleur sur les Suisses derrière la pompe ou fontaine, quai de l’Ecole près le Louvre. Je suis entré au Louvre un des premiers et ensuite aux Tuileries. Après, le combat n’étant pas terminé, je me suis porté rue Saint-Honoré, de là rue de l’Echelle et celles Saint-Nicaise et de Rohan, où il y avait un feu très vif, les gardes royaux et les Suisses étant cachés dans les maisons. Il y avait beaucoup de danger pour nous puisque nous ne pouvions pas voir nos ennemis. J’ai pénétré dans plusieurs maisons, notamment chez M. Colombat, pharmacien rue Saint-Honoré, n° 232 et chez le coutelier au n° 263. Dans cette dernière maison, un Suisse s’était rendu à moi et je regardais comme un devoir sacré, puisqu’il était mon prisonnier, de lui sauver la vie. Mais, arrivé dans la rue et étant sur le trottoir, des exagérés, tout entier au ressentiment, ont arraché de mes mains ce malheureux et quatre à cinq décharges de fusil ont été faites sur lui. J’ai eu beaucoup de mal à me soustraire à pareil traitement. Dans ce moment, on disait que j’étais un jésuite puisque je voulais empêcher de tuer un Suisse. Veuillez, messieurs, faire faire une enquête sur les lieux et vous verrez je n’en impose pas. D’ailleurs M. Garet, entre autres, demeurant rue de Rohan, n° 2, au coin de la petite rue Montpensier, peut témoigner de ce que j’avance. Il sera bien facile de se rappeler de moi. J’étais nu-bras et j’avais sur la tête un bonnet de la garde royale parce que j’avais perdu ma casquette. Je l’avais pris dans la rue du coutelier. Et encore, à 4 heures environ, tout combat ayant cessé, j’ai été à la tête de cent cinquante patriotes et un tambour, chercher M. le général Gerard, qui était chez M. Laffitte. Je lui ai servi de sauf-conduit, en tenant son cheval à la bride. Nous avons été sur les boulevards et place Vendôme. M. le maréchal se souviendra encore sans doute si celui qui l’a conduit était coiffé d’un bonnet à poils et était nu-bras. Je ne croyais pas, messieurs, à l’époque, qu’il faudrait donner autant de preuves et de détails pour obtenir la récompense promise, c’est ce qui est cause que je ne l’ai pas fait. D’ailleurs, vous le savez messieurs, on ne songeait guère aux récompenses ; on ne s’occupait que du présent et au bonheur d’avoir échappé à nos oppresseurs. […]. » Il joignait à sa lettre le certificat suivant : « Je certifie avoir remarqué le sieur Rosotte, le 29 juillet vers les 3 heures rue Saint-Honoré près celle Saint-Nicaise, lequel, par son courage, a contribué à s’emparer de la maison n° 263, et autres. » Signé le 11 mai 1831, Garet, demeurant 4, rue Monpansier, au coin de celle de Rohan et 9, rue du Rempart en juillet 1830. Rosotte demeurait 58, quai de la Mégisserie en 1831. Archives de Paris VD6 281 n° 1.