Saint-Martin de, Gabriel, Godefroy

Biographie


Né le 16 août 1772 à Paris. Cadet au 86e régiment d’infanterie en 1789 en garnison à Nantes, sous-lieutenant au bataillon de l’Ouest en 1790, lieutenant au bataillon de Seine-Inférieure en 1793, lieutenant aide de camp en 1796, lieutenant au 56e régiment d’infanterie en 1806, lieutenant adjudant de place à Alexandrie en 1807, capitaine adjudant de place à Venise en 1808, adjoint à l’état-major général à Venise le 1er avril 1809, chef du même état-major le 12 avril 1809, comandant d’armes de place le 12 mai 1810, adjudant de place le 22 juillet 1812. Le 30 novembre 1816, un rapport au ministre précisait sur son compte qu’il était capitaine à Nantes depuis le 22 juillet 1812, qu’il avait vingt-sept années de service, fait quinze campagnes et souffrait de cinq blessures et ajoutait : « Il résulte des pièces qui se trouvent au dossier de cet officier qu’il a fait beaucoup d’instances pendant l’usurpation pour obtenir l’emploi de chef de bataillon et l’emploi de commandant d’armes à Nantes ; qu’un de ses mémoires est apostillé par le général Foy, qui certifie que M. de Saint-Martin n’a pas cessé un moment d’être fidèle à l’Empereur et qu’il a été utile à la bonne cause pendant le mois de 1815. Une note transmise par ordre de Son Excellence, chef de la 2e division par le chef de la 4e est ainsi conçue : “Mais pourquoi ne change-t-on pas le sieur Saint-Martin, adjudant de place ici (Nantes), homme des Cent-Jours, méprisé, détesté autant qu’il est possible ? Il reste, et l’on ne saurait croire combien cela fait tort ; c’est un homme qui par des coups de bâton ou pour avoir de l’argent fera tout ce qu’on voudra. Le comte de Saint-Belin, le lieutenant du roi, le maire, le commandant de la garde nationale, le commissaire général de police, tout a demandé sa destitution. Toutes ces autorités demandent pour cette place M. Espirent, homme aussi estimé que l’autre est méprisé. C’est donner, je l’assure, une grande mesure d’estime. M. le général Rivaud vient de donner sur M. de Saint-Martin les renseignements suivants : “M. le maréchal de camp, commandant le département de la Loire-Inférieure, me fait connaître que cet officier est père de famille, ayant à sa charge six personnes (ses fils et ses filles) fait son service avec zèle et activité ; mais qu’il est très mal dans l’esprit de la majeure partie des habitants de Nantes ; ses longs services, sa naissance et sa nombreuse famille, n’ayant d’autres ressources que sa place, lui méritent des égards. La conduite de cet officier pendant l’usurpation, les renseignements qui existent sur son compte ne paraissant pas de nature à lui mériter d’être conservé en activité, on a l’honneur de proposer de faire fixer la solde de retraite à la laquelle il a droit par ses services.” » Il fut admis à prendre la retraite le 8 septembre 1817. Demi-solde jusqu’en 1818. En 1817, il sollicita la croix de Saint-Louis. Une note, en date du 21 août 1819, expliquait : « La décision ci-dessus n’a pu recevoir son exécution parce que M. de Saint-Martin n’avait droit à la retraite ni d’après l’ordonnance du 27 août 1814 ni d’après celle du 1er août 1815, ne réunissant au 1er septembre suivant que 23 ans, 5 mois et 12 jours. En 1821, capitaine d’infanterie, adjudant de place de 1re classe en non-activité à Nantes, emploi supprimé par mesure d’économie, il demanda de pouvoir rejoindre ses foyers à Paris : son épouse, originaire de Nantes, venait de décéder, et la ville de Nantes lui devenait insoutenable. Il se proposait de retrouver un emploi de clerc de notaire à Paris. Il fut sans doute réintégré dans l’armée puisque, capitaine en premier à la 8e compagnie de fusiliers le 22 septembre 1823, il fut admis au trait de réforme le 28 décembre 1825. Le 26 novembre 1825, le rapport d’inspection notait sur son compte : « Dans le travail de la dernière revue d’inspection de la 8e compagnie de fusiliers sédentaires en garnison à Embrun, M. de Saint-Martin, Gabriel, Godefroy, capitaine commandant cette compagnie est noté ainsi qu’il suit : “A l’époque de la revue de 1824, cet officier qui était arrivé nouvellement à la compagnie qu’il commande avait su jusqu’alors dissimuler le dérèglement de sa conduite, au point que l’inspecteur donna des notes favorables sur son compte. Mais, depuis lors, il s’est tellement démasqué que l’inspecteur l’a jugé indigne d’être conservé en activité, demande sa mise en réforme. Cette note est de M. le maréchal de camp Desmichels et elle est approuvée par M. le lieutenant-général commandant la 7e division. On a l’honneur de faire remarquer au ministre que M. le capitaine de Saint-Martin, ayant accompli trente ans de service effectif, est susceptible, conformément aux ordonnances de la pension de retraite accordée à titre d’indemnité, et on propose, en conséquence, [sic] à Son Excellence d’approuver que le travail de liquidation de cette pension soit fait le plus tôt possible, vu l’urgence de pourvoir au remplacement de cet officier. » Après vérification de son temps de service, l’administration ne reconnut que vingt-trois années et neuf mois de service, temps insuffisant pour pouvoir prétendre à une retraite. Il fut en conséquence admis au traitement de réforme. Il fut peut-être l’objet d’une cabale dans ses fonctions. En tout cas, le 1er conseil de guerre permanent de la 7e division militaire, séant à Grenoble, le 6 décembre 1825, l’acquitta (sans que nous fussent parvenus les motifs de l’accusation) et de Saint-Martin fut remis en liberté. On trouve, dans son dossier, plusieurs de ses pièces justificatives. Par exemple, cette lettre : « Fort de Joux, le 21 février 1826. Votre lettre, mon cher camarade, m’a peiné, en apprenant la fâcheuse position dans laquelle vous vous trouvez par suite de la haine du citoyen Garnier. Cet homme devrait cependant être indulgent pour autrui, lui qui aurait plus que personne besoin de l'indulgence des autres : car si le ministre savait qu'il a été destitué à Guillestre, par arrêté du directoire exécutif, pour avoir détourné ou volé des effets et fournitures du gouvernement, un être aussi méprisable serait chassé à l'instant. Je m'étonne que le général l'ait laissait en place car je lui ai donné communication de la copie dudit arrêté, qui l’a chassé, avec son complice, en l’an VI ou VII. » Signé : comte de Tilly. Ou pour justifier de ses sentiments profondément monarchistes, cet Echantillon de mes ordres du jour à la 8e compagnie de fusiliers sédentaires, ainsi rédigé : « Ordre du 12 octobre 1823. J’informe la compagnie de l'heureuse nouvelle, arrivée cette nuit par extraordinaire. Cadix est prise. Sa Majesté le roi d'Espagne et son auguste famille, rendus au quartier général de Son Altesse Royale Mgr le duc d'Angoulême ; en un mot, ce respectable souverain est rendu à la liberté, par les succès de nos frères d’armes de l’armée d’Espagne, commandée par leur brave généralissime. Il n'y aura point d'inspection aujourd'hui, pour laisser la compagnie se livrer complètement à la joie que cette heureuse nouvelle doit inspirer à tout militaire français. MM. les officiers seront prévenus. A l'occasion de ce glorieux événement pour les armes de Sa Majesté le roi de France, je fais porter dans chaque ordinaire du bon vin, qui sera délivré aujourd’hui, à raison d'un demi-litre par chaque homme. Signé le capitaine-commandant de Saint-Martin. » Et cet autre du 10 avril 1824, relatif la semaine sainte : « Pour laisser à la compagnie la possibilité de se livrer aux actes de religion, qu’inspire à tous les honnêtes gens la sainteté de la semaine où nous allons entrer, il n'y aura point d'inspection demain dimanche ni d'exercice cette semaine. Il sera fait maigre aux ordinaires de la compagnie, surtout et de rigueur pour tous, les mercredi, vendredi et samedi, pour prouver son profond respect aux commandements de l'Eglise. Signé : le capitaine commandant Saint-Martin. » Enfin, ce certificat qui attestait qu’il avait réussi à persuader un vétéran, placé sous ses ordres, à faire sa première communion : « Le nommé Mathieu, âgé de quarante-neuf ans, soldat à la 8e compagnie des vétérans sédentaires, conduit à la religion catholique par les sages conseils de M. de Saint-Martin son capitaine, a fait avec la plus grande édification sa première communion en 1825, sous la direction de monsieur illisible, vicaire de l’église métropolitaine et paroissiale d’Embrun. » Signé, le 4 avril 1825 : Levacher, vicaire. Le 1er mars 1826, il adressa le Mémoire suivant au ministre de la Guerre : « Mémoire. Il y a dans l'organisation de certains hommes un travail de faculté intellectuelle qui porte chacun, selon ses fonctions, à diffamer les autres, par ressentiment de puissance et d'opinion : c’est une vérité d'évidence, que je vais prouver par l'analyse de l'injuste tort qu'on me fait éprouver. En 1815, je fus assez heureux pour avoir fixé l'attention de son Altesse Royale Monseigneur le duc de Bourbon, qui, dans une circonstance, fut un moment en péril. Honoré de l'éminente protection de ce prince, il voulut bien, le 8 septembre 1822, apostiller de la manière la plus favorable ma requête à Son Excellence le ministre de la Guerre, en qualifiant mon action de conduite courageuse. Cette protection me valut celle de son Altesse Royale Monsieur, aujourd'hui notre auguste souverain, qui ordonna l'envoi de ma requête avec recommandation spéciale à monsieur le duc de Bellune, alors ministre de la Guerre ; on verra par les réponses de ce ministre, sous les dates des 7 et 25 octobre 1822, à son Altesse Royale Monsieur, dont copies me furent adressées par son cabinet, l'intérêt que ce prince daignait m’accorder. Avec de pareils appuis, mérités par une conduite irréprochable et mon dévouement à la cause royale, connu depuis longtemps, peut-on croire que je me sois rendu coupable des faits avancés par mes ennemis, qui m'ont fait traduire par devant le conseil de guerre de la 7e division militaire, lequel, après avoir examiné les griefs qu’on m’imputait, m’a complètement acquitté et renvoyé à mes fonctions. Jugement qu’on paraît mépriser parce qu’il prouve mon innocence. Je dois remonter aux causes qui m'ont attiré la haine de ceux qui, devant penser comme moi dans l'intérêt de la royauté, auraient dû m'applaudir de mes opinions religieuses et politiques. En septembre 1823, je fus nommé capitaine en premier de la 8e compagnie de fusiliers sédentaires, en garnison à Embrun ; j’y arrivais le 22 ; m’occupant aussitôt de l’exécution de mes devoirs, j’aperçus que j’avais à établir quelque chose de plus que ce qui concernait la partie militaire, c’était d’inspirer à mes vieux soldats le sentiment de la reconnaissance qu’on doit à son roi, duquel on ne parlait jamais ; je me crus même un moment hors de son royaume. M. Combe, premier lieutenant de la compagnie, à qui je fis part de ma surprise, m’apprit que cette indifférence était causée par la mise en retraite du capitaine que je remplaçais et celle du capitaine en second ; que le commandant de la place, le sieur Garnier, que je ne puis me résoudre à appeler lieutenant du roi, était éloigné de penser comme moi et qu’il en était de même du sieur Bouton, son adjudant de place. Cette découverte me détermina à prendre quelques informations ; je fus instruit qu’en 1815, pouvant se défendre ou au moins refuser l'entrée de sa place à une poignée de Piémontais, le colonel Garnier la rendit et leur fournit des vivres ; leur laissa aussi frapper une contribution de quinze mille francs sur les habitants et enlever, des magasins de l'artillerie, toutes les munitions et tout le matériel qu'ils purent emporter. On sait que cette conduite ne fut pas imitée par les commandants de Mon-Dauphin et de Briançon ; elle fit mépriser le commandant Garnier, qui fut interdit et conduit à Grenoble, mais on dit qu'une protection le fit remettre ensuite en fonctions. Cette indulgent protecteur ignorait sans doute que son protégé avait été destitué à Guillestre, avec un complice, en l'an VI ou VII, par arrêté du Directoire, pour avoir détourné ou volé des effets appartenant au gouvernement. M. le comte de Tilly a donné connaissance au général commandant le département des Hautes-Alpes de cet arrêté. Le sieur Garnier, être immoral sous tous les rapports, donne à ses enfants l'exemple de la conduite la plus scandaleuse, en renvoyant ses servantes embarrassées de ses œuvres ; il joint à ce vice le défaut d'être inabordable après dîner et de ne pas savoir son métier ; l'adjudant Bouton, plus ignorant encore que son digne chef, ne sait pas même écrire ni de donner exactement les mots d'ordre ; je l'ai plus d'une fois redressé là-dessus ; toujours habillé en bourgeois et continuellement ivre, c'est alors qu'il va surprendre le soldat, pour le punir, et prouver, à ce qu'il dit, par ce manège, qu'il est adjudant de place et qu'il sait gagner ses appointements. Voilà les hommes avec lesquels je me suis trouvé et pourtant je ne dis pas tout. M. Cavalier, mon capitaine en second et aussi mon ami, venait d'obtenir son changement de compagnie pour se rapprocher de la capitale, où il avait laissé sa famille, son successeur fut M. le comte de Tilly-Blaru. Cet officier, pour une cause de peu d'importance, est rayé par le commandant Garnier ; instruit de la basse extraction de ce dernier, M. de Tilly lui reproche entre autres choses d'avoir reçu des coups de queue de billard dans un café ; il est mis aux arrêts de rigueur, avec sentinelle, mais il a fait trembler ledit Garnier qui s'empresse de lever les arrêts qu'il a infligés, non pour faute de service mais bien pour cause à lui personnelle. Ici sujet de haine contre moi parce que je recevais journellement M. le comte de Tilly. Je m'occupais sans relâche de ma compagnie ; tous les jours je passais des heures au quartier, j'exposais à ces vieux et braves vétérans toutes les obligations qu'ils avaient au roi, je leur montrais leurs vêtements, leur nourriture, leur couchage, la régularité à recevoir leurs soldes, que tout était bon, commode, exact, qu'ils étaient moins assujettis à la sévérité des règlements militaires, qu'il servait doucement, étaient administrés et commandés paternellement, qu’ils attendaient avec certitude l'hôtel des Invalides ou la retraite, et que cette foule de bienfaits était le résultat de la sollicitude infatigable du roi. Mon exemple, mes actions et mes discours, à l'appui des vérités tracées plus haut, ne tardèrent pas à me convaincre que j'avais parlé à des braves, à d'honnêtes gens, tous devinrent royalistes et religieux ; j'eus même la satisfaction de faire faire la première communion au nommé Mathieu, âgé de 49 ans. Pour peindre par nuance les degrés de la haine que m’a vouée ledit commandant Garnier, je suis les événements. On y ne disait point de messe pour la troupe à Embrun, je me suis remué de toutes mes forces pour en avoir une le dimanche ; elle se célèbre depuis environ un an ; encore élude-t-on d'y aller chaque fois qu'il se présente le moindre petit incident. Par exemple, je ne sais pas bien si mes démarches sont venues à la connaissance du sieur Garnier et qu'il m’en ait voulu à cet égard ; mais toujours est-il vrai que c'était à lui de demander la messe militaire. Voici une autre circonstance qui m'a fait tourner en ridicule par lui et ceux qui lui ressemblent. Sa majesté Louis XVIII était dangereusement malade, je revenais avec ma compagnie des prières de quarante heures ; avant de la faire retirer, je l'arrête dans la cour du quartier et, sous les armes, je lui adresse ce peu de mots “Soldats de la 8e compagnie, notre bon roi est très malade. Nous venons de prier pour sa conservation à l'église. Prions également de nos chambres ; sachez que le vœu du bon soldat est efficace et qu'il monte directement au pied de l'Eternel ; que chacun de nous prie le Dieu tout-puissant de nous accorder le rétablissement de la santé de Sa Majesté.” J'édifiai ma compagnie ; elle se retira en silence ; je fus pleinement satisfait de l'avoir pénétrée de mes principes ; on se moqua de moi. A la saint Louis il y a deux ans, il eut un banquet composé du peu d'officiers de la garnison et de quelques retraités chez le commandant Garnier, qui prêtait seulement le local. Il y eut un seul toast pour le roi ; mon lieutenant en premier, M. Combe, proposa la santé de notre généralissime M. le duc d'Angoulême ; on lui répondit sèchement que le premier toast renfermait toute la famille des Bourbons. Jamais réunion ne fut plus triste, on s'empressa de manger pour son argent et chacun se retira bien vite ; certes ce n'est pas là de l'enthousiasme pour la royauté. Lorsque son Altesse Royale Mgr le duc d'Angoulême prit Cadix et délivra le roi d’Espagne, toute la France retentit de cette glorieuse action. Embrun fit exception à la joie universelle. Le sieur Garnier observa un profond silence. Je ne pus limiter, je fis porter à mes frais dans chaque ordinaire de la compagnie du bon vin pour être distribué à raison d'un demi-litre par homme. Mon action fut blâmée Au conseil de guerre le commandant Garnier me reprocha ma générosité ; je répondis qu’on ne faisait jamais trop pour honorer son roi. Cette générosité qu'on m'a reprochée m'a porté cependant à d'autres dépenses et je m'en applaudis. L'hôpital civil d'Embrun ayant une pharmacie très incomplète, je faisais de mon argent fournir à mes vieux soldats qui étaient malades, par M. Motte, homme digne de foi et pensant bien, tous les médicaments nécessaires à leur rétablissement. On enterrait aussi ces vieux soldats dans une serpillière, souvent pourrie. Je leur faisais aussi, à mes frais, donner des cercueils en bois ; le vieux serviteur mort doit inspirer du respect, mon cœur me portait à ce sacrifice. Enfin il manquait à mes deux ennemis, Garnier et Bouton, un renfort dans la compagnie ; il arriva. M. le comte de Tilly, mon capitaine en second, venait de passer à la 18e compagnie de la même arme. Le 1er janvier 1825, son successeur se présenta dans la personne du sieur Bonnefoy. Je l'accueillis de mon mieux, le reçus à la tête de la compagnie et lui offris en frère, jusqu'à ce qu'il trouve à s'installer convenablement, ma maison et ma table. Il use de mon offre pendant quinze jours, passant chez moi tous ces loisirs, surtout ces soirées. Je m'aperçois bientôt, par ses discours, qu'il ne pouvait me convenir ; il me fit d'abord la confidence qu’étant employé à l'hôpital militaire de Dantzig il avait détourné et vendu à son profit pour mille francs de toiles, draps, couvertures et matelas confectionnés. Je baissais les yeux, il ne m'en parla plus. Il a dit la même chose au lieutenant Combe et Nerva, qui m'en ont parlé ainsi que le sergent-major Canon. Je reconnus aussi que le sieur Bonnefoy était un impie et un athée. Par ses propos contre notre sainte religion et ses respectables ministres, qu'il déteste jusqu'au point de dire que s'il en avait le pouvoir il les exterminerait tous depuis le pape jusqu'au dernier sacristain ; reprochant du reste au roi et à sa famille de soutenir et protéger cette canaille. J'aurais dû le dénoncer, mais à qui ? au commandant Garnier ? je serais bien tombé. Je me bornai à lui fermer ma porte, ne voulant le voir que pour le service. Ces horribles blasphèmes ont été également entendus de mes deux lieutenants, de mon sergent-major et autres. C’est alors que ledit Bonnefoy, qui pourtant ne l’est que de nom, se livra au sieur Garnier, qu'il anima encore contre moi, en lui répétant sans doute ce que j'avais pu dire relativement à son opinion. Je ne pouvais manquer d'y être pris. Je vois Bonnefoy décoré de la croix de Saint-Louis. Pouvais-je m'imaginer qu'avec cet insigne on fût ennemi de son Dieu et qu'on parlât mal de son prince ? C'est vers ce temps que, par une circonstance impérieuse indépendante de ma volonté, je fus dans le cas de réaliser une somme assez considérable ; je fis usage de mes ressources, des sacrifices majeurs et, entre autres emprunts, j'en fis un de mille francs environ à ma caisse ; je ne m’en cachais point ; aussi fus-je dénoncé. M. le sous-intendant Verne, à une inspection sut de moi ce qu’il en était sans-détour, me demanda mes moyens, fut satisfait de ceux que je lui exposais pour parvenir à promptement m’acquitter. Il approuva ma comptabilité et arrêta mes registres, comme d'usage, sans ajouter la moindre observation. Des rentrées et quelques portions de mes appointements me mirent à même de tenir ma parole donnée. Je comblai le pécule et continuai mon administration bien des mois ensuite, sans penser que beaucoup plus tard cette circonstance servirait à mes ennemis de motif pour m’accuser de détournement de fonds. Le second chef d’accusation, ainsi qu’on le verra dans mon jugement, est qualifié d’abus de pouvoir. Comme je n’ai jamais su où cela portait, puisque j’ai été traduit en conseil de guerre sans plainte directe, je ne peux attribuer aucun motif à cette accusation, si ce n’est d’avoir mis aux arrêts, pour faute récidivée dans le service, le capitaine Bonnefoy, qui s’en plaignit au commandant Garnier, lequel me mit moi-même aux arrêts ; mais, par une prompte réflexion de ce chef, dont l’injustice était criante, mes arrêts furent levés presqu’en même temps qu’infligés. Le troisième chef d’accusation est taxé d’abus de confiance ; il n’a pu avoir cette qualification que dans l’esprit noir et méchant, pour ne pas dire infâme, du sieur Garnier, qui, connaissant la chose, l’a envenimée. Il avait même en mains tout ce qu’il fallait pour ôter à ma position toute idée de délit. Mais sa haine pour moi, qui, je le répète, n’a d’autre motif que mon opinion, échauffée encore par celle de son adjudant Bouton et de mon capitaine en second, Bonnefoy, qui convoitait ma place, encouragé par le sieur Garnier, détermina ce dernier à me dénoncer à l’intendant divisionnaire, M. Thomas, qui passait à Embrun, revenant de Briançon. Cet intendant, sans me faire appeler ni entendre, repartit pour Grenoble, d’où il s’adressa au sieur Garnier, qui s’empressa de se servir du pouvoir qu’il lui transmettait pour illisible mon administration. Pourtant je ne devais rien au Trésor ni à l’administration de la compagnie, le certificat est ici joint aux autres pièces. Sans entrer dans de plus longs détails, il a été prouvé et reconnu par le premier conseil de guerre permanent de la 7e division militaire, dans sa séance tenue à Grenoble le 6 décembre dernier, que si j'avais été généreux c'était de ma propre bourse, que je ne m'étais jamais approprié la moindre chose qui ne m'appartenait pas et que je n'avais jamais cessé un moment d'être honnête homme. Il m'a acquitté complètement et renvoyé à ma compagnie pour y reprendre et continuer mes fonctions, comme par le passé. Ce jugement n’est pas suivi, pourquoi ? Est-ce qu'il n'y aurait que ceux portant condamnation qui serait mis en exécution ? non, tout jugement est rendu au nom d'un roi équitable ; il doit être exécuté à la minute et dans toute son étendue ; il est très malheureux de passer devant un tribunal quelconque sans doute, mais les honnêtes gens ne sont point exempts de cette humiliation ; on sait que ceux-ci sont plus exposés que d'autres aux poursuites des méchants. Il est encore prouvé que mes hommes, qui tous m'appelaient leur père et qui me regrettent m’attendaient avec impatience ; chaque jour qu'il croyait me voir arriver, un vieux soldat, ainsi que beaucoup d'habitants d'Embrun, venaient au-devant de moi pour me complimenter et m'embrasser les premiers. Cet empressement fut connu de toute la ville. Cependant les sieurs Garnier et Bonnefoy, qui étaient venus à Grenoble, furent trouver M. le lieutenant-général commandant la division, qui a daigné me donner des marques de la plus grande bonté, dans mon malheur ; ils trompèrent sa religion, par leur artifice, le persuadant que retournant à Embrun je m'y trouverai dans une fausse position, quant au contraire j'y aurais été bien reçu et parfaitement accueilli. Cet officier général me retint à Grenoble, pour y attendre la réponse du ministre de la Guerre, auquel il me dit avoir demandé pour moi une autre compagnie ou une adjudance de place de mon grade. Cette réponse arrive, c'est une nouvelle punition : je suis mis en traitement de réforme. Cette fâcheuse décision me parut beaucoup affecter M. le lieutenant général et M. le colonel comte de Birague, lieutenant du roi, commandant la place de Grenoble, ne put s'empêcher de me dire que j'avais été joué d'une manière infâme. A ma visite pour prendre congé, ces deux chefs m'engagèrent à réclamer avec instance sitôt que je serais rendu dans mes foyers à Paris. Je termine cet exposé sincère par invoquer la justice qui m'est due. Je demande ma réintégration entière dans mes fonctions soit de préférence dans ma compagnie, ou une autre, soit comme adjudant de place, service que je connais bien ; un dédommagement honorable pour plus d'un an de maux, peines, angoisses, amertumes et punitions aussi injustes et humiliations, ainsi que la punition de mes ennemis, que je déclare ici dans mon âme et conscience, comme je le ferai au moment de paraître devant l’Eternel, n’être point les amis de la légitimité et qu’ils seront toujours, avec leur manière d’être et de penser, les ennemis de tous ceux qui sont et seront comme moi, franchement dévoués à la cause royale et prêts à défendre, au péril de leur vie, le roi et son auguste famille. Je suis craignant Dieu, aimant mon roi ; j’ai dit la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, et j’attends avec confiance et une religieuse résignation, justice et satisfaction. » En février 1827, arrivé « au suprême degré du malheur », il sollicitait un emploi qui pût le sauver du désespoir, auprès du ministre de la Guerre ; il se plaignait qu’on avait pas cru devoir faire droit au jugement du conseil de guerre qui l’avait acquitté à l’unanimité et l’avait renvoyé à ses fonctions. Capitaine en juillet 1830. Il reçut, après la révolution, un total de cinquante (en fait sans doute deux cents puisqu’il est inscrit aussi pour cent cinquante ailleurs) francs de secours auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ve arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut l’un des signataires, comme « capitaine d’infanterie », et ajoutant la mention suivante J’attache le plus haut prix à recevoir du roi la décoration de Juillet (voir la liste à Palbra, Armand, Pierre) de la pétition qui, le 9 mai 1831, protestèrent contre les conditions dans lesquelles s’était faite la réunion du passage Saumon et réaffirmaient sa fidélité à Louis-Philippe. Cette pétition était ainsi rédigée : « Les soussignés, décorés de la Croix de Juillet, considérant qu’ils doivent à leur conscience de manifester leur opinion sur le résultat de la séance tenue au passage du Saumon, le 6 mai dernier, ont arrêté de rendre publique la déclaration suivante. Les hommes de Juillet, dévoués avant tout à leur pays ont combattu pour renverser l’arbitraire, secouer le joug qu’on voulait imposer à la liberté, renverser du trône le roi parjure. Déposant les armes immédiatement après leur victoire, ils accompagnèrent de leurs acclamations le lieutenant-général du royaume à l’Hôtel de ville et bientôt après reconnurent en lui le roi des Français, le roi citoyen. Fidèles à leur dévouement, ils ne demandèrent, ils ne sollicitèrent aucune faveur ; la loi du 13 décembre 1830 décerna des récompenses nationales à ceux qui dans les grandes journées de Juillet avaient sauvé la patrie, versé leur sang pour elle et mérité par leur conduite de voir leurs noms inscrits aux tables de nos lois. Une commission dont les membres choisis parmi les citoyens qui avaient pris la part la plus glorieuse aux événements de la grande semaine fut instituée ; un travail long et consciencieux fut le résultat de recherches et d’investigations pénibles ; le zèle des commissaires et des jurés quoique toujours à l’épreuve ne se ralentit pas ; enfin 1528 citoyens furent désignés par la Commission pour recevoir la décoration spéciale que leur accordait la loi. Immédiatement un rapport présenté au roi par le président du Conseil des ministres lui proposa de décerner lui-même ces récompenses au milieu des trophées de notre gloire militaire, sous les yeux de nos héros mutilés, dans le temple même où Napoléon voulut rehausser l’éclat de l’ordre qu’il avait fondé, par la vue de nombreux étendards conquis par le courage français, au nom de la patrie et de la liberté. Le rapport du ministre fut suivi d’une ordonnance qui apporte deux modifications dans la proposition de la Commission, l’une repose sur la couleur du ruban, l’autre sur l’inscription ajoutée à la décoration ; l’ordonnance prescrit en outre la formule suivante du serment que doit prêter chaque décoré : “Je jure fidélité au roi des Français, à la charge constitutionnelle et aux lois du royaume.” Les soussignés n’entreprendront point de combattre les motifs qui ont engagé leurs camarades à repousser les dispositions qui viennent d’être énoncées, ils se contenteront seulement de manifester leur opinion quant à ces dispositions. Les soussignés auraient vu avec satisfaction que l’ordonnance du roi maintînt la couleur du ruban proposé par la Commission, attendu que celui adopté est identiquement semblable aux deux ordres espagnols créés en 1808 et 1809 (Voyez la Collection historique des ordres de chevalerie par Perrot, Paris, 1820, deux volumes in 4° n° 42 et 45). Ils déclarent que ces mots Donné par le roi ne changent pas à leurs yeux la nature de la récompense, qui est et ne peut être qu’une récompense nationale et non une faveur royale ; qu’ils ne voient dans ces mots Donné par le roi que l’expression manifeste du désir de Sa Majesté d’associer son nom aux événements glorieux de Juillet, attendu que le roi ne peut aux termes mêmes de la loi ajouter ni retrancher aux noms inscrits par la Commission des récompenses nationales. Quoique, selon eux, aucune disposition législative ne les contraigne à la prestation du serment déterminé par l’ordonnance du 30 avril dernier, ils déclarent qu’ils prêteront serment de fidélité au roi des Français, gardien de la liberté, à la charte constitutionnelle qui la consacre, aux lois du royaume qui la présenteront enfin dans tout son éclat ; ils ne voient dans ce serment ni un acte de féodalité, ni un souvenir du Moyen Age, ni un lien de vassalité. Ils ont trop de franchise pour ne pas déclarer qu’armés pour la liberté, ils ont déposé les armes lorsqu’elle fut reconquise et qu’ils sauraient les reprendre de nouveau si jamais elle était menacée. » Il fut aussi l’un des signataires, comme « capitaine réformé », (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Il était le père de Saint-Martin, Jean, Paul, Hippolyte, Godefroy, son fils aîné, élevé dans la troupe ; ce fils quitta le corps avec lui quand il fut admis dans les états-majors de place et servit son père comme secrétaire de place. Il servit ensuite au 3e régiment des gardes d’honneur. Blessé à Leipzig, son père sollicita pour lui, en 1813, une sous-lieutenance dans l’infanterie. Il demeurait 132, rue Saint-Maur en 1827 ; 20 bis, rue du Buisson-Saint-Louis (mais 13 bis, rue du Buisson-Saint-Louis sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 B) en 1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement (cité deux fois sur les listes), état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) Ve arrondissement ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Archives du ministère de la Défense, 2Y E 3677 61 (sous le nom de De Saint-Martin).

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