Saint-Martin, Pierre, Louis
Biographie
Né le 15 septembre 1798 à Caen (Calvados). Coiffeur patenté. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ve arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ve arrondissement. Le certificat suivant attestait la conduite qu’il avait tenue en juillet : « Nous, commissaire de police de la Ville de Paris et spécialement du quartier Saint-Martin-des-Champs, certifions qu’il est de notoriété publique que M. Saint-Martin, coiffeur patenté, demeurant rue de Lancry n° 6, s’est dévoué tout entier dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830 à la défense de la liberté ; que non seulement il a fait preuve d’un courage et d’un zèle raisonnés au-dessus de tout éloge mais encore qu’il a consacré tous ses soins aux blessés qui étaient frappés à ses côtés. » Signé, le 22 juillet 1831 : Cabuchet, commissaire de police. Il signa deux certificats en faveur de Caillet dit Janin, Jean-Baptiste. Le premier, en date du 10 août 1830, et ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions à qui il appartiendra qu’il est à notre connaissance que M. Cailliat […] est l’un des premiers citoyens qui se soient présentés en armes et en costume de garde national dans la matinée du mercredi 28 juillet 1830 ; qu’il a rallié à lui et a dirigé en divers lieux et sur divers postes une compagnie assez nombreuse d’hommes armés tant en uniforme qu’en bourgeois, lesquels se sont distingués par leur bravoure et leur fermeté, particulièrement contre les postes de la garde tant à pied qu’à cheval, à la porte Saint-Martin, au Château-d’eau et sur tous les boulevards. M. Cailliat a partout déployé une intrépidité sans exemple ; il a couru les plus grands dangers et ce n’est que par miracle qu’il y a échappé. Enfin nous savons qu’il faisait partie des citoyens qui se sont dirigés sur Rambouillet le 3 août. » Le second, le 23 juin 1831 et ainsi rédigé : « Nous, soussignés, habitants du (ancien) Ve arrondissement de Paris, certifions que le sieur Cailliat dit Jamain (sic), a été pendant plusieurs années établi loueur de cabriolets de remise, rue des Marais n° 27, qu’il est à notre connaissance que ledit sieur Cailliat (sic) a mérité l’estime et la confiance des personnes qui ont eu des relations avec lui et qu’il a laissé dans le (ancien) Ve arrondissement la réputation la plus parfaite sous tous les rapports. » Il participa à la Révolution de Février et fut blessé d’un coup de feu reçu au sommet de la tête, du côté droit, et d’une contusion à l’index gauche occasionnée par un coup de sabre, le 24 février sur la place du Palais-Royal. Plusieurs certificats attestaient sa participation à la révolution. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Les soussignés certifient que M. Saint-Martin, coiffeur, rue Hauteville n° 43, dans la soirée du 23 février 1848 vers les 8 heures et demie du soir, parcourait les rues Saint-Denis et Saint-Martin, en recommandant aux citoyens de ne pas défaire leurs barricades et qu’au contraire il fallait en élever d’autres. ”Ce n’est pas fini, nous disait-il, on nous trompe, ce changement de ministère n’est que pour vous calmer. C’est un os que l’on vient de donner à ronger au peuple, pour l’amuser. Ainsi donc, préparez-vous à combattre demain pour soutenir vos droits“ Il s’écriait : “Il nous faut une réforme et ce n’est que par les armes que nous pourrons l’obtenir.” A ces paroles, toutes les personnes qui l’entouraient ainsi que nous lui dirent “Mais nous n’avons pas de chef pour nous commander et nous ne savons à qui nous rallier. » M. Saint-Martin répondit : “Si vous voulez avoir confiance en moi (et il donna son adresse), trouvez-vous demain à 5 heures et demie du matin à la porte Saint-Denis, je vous commanderai et je marcherai à votre tête.” A ces mots, les cris de Vive la Réforme ! se firent entendre, l’on se serra la main, en se disant A demain matin. “Surtout, nous dit-il, avec des armes, mes amis. Que ceux qui n’en ont pas tâchent de s’en procurer” et l’on se quitta aux cris de Vive la Réforme ! » Signé, le 12 juin 1848 : Bro, E., demeurant 19, bd du Temple ; Besnard, Félix, demeurant 72, rue des Fossés-du-Temple. Suivait l’apostille suivante : « J’atteste que les faits énoncés ci-dessus sont à ma connaissance et vrais, que le citoyen Saint-Martin était, le 24 février 1848 dans la matinée à la barricade du boulevard et du faubourg Montmartre, lors de la prise de deux pièces de canon et des distributions de cartouches qui étaient dans les caissons. Le citoyen Saint-Martin était armé et peu de temps après cette distribution de cartouches il nous a quittés pour aller au Palais-Royal. » Signé : Villeroy, demeurant 36, rue du Poitou. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Les soussignés certifient que M. Saint-Martin, coiffeur patenté, rue Hauteville n° 43, a, le 23 février 1848, fait preuve de courage en incitant l’un des chefs du poste du boulevard Bonne-Nouvelle pour qu’il soit mis en liberté deux jeunes gens qui avaient été arrêtés pour avoir crier Vive la Réforme ! Sur le refus du sergent qui commandait le poste, le sieur Saint-Martin fut trouver un chef de bataillon du 45e, qui était en face la porte, à la tête de son bataillon, pour le prier d’intercéder près du sergent pour que les deux prisonniers soient rendus. Le chef de bataillon et le sieur Saint-Martin se présentèrent à la porte du poste mais le sergent ne voulut rien entendre. C’est alors que le sieur Saint-Martin et plusieurs autres s’emparèrent des échelles qui étaient le long du mur du poste, qui bientôt fut envahi. Il est de plus à notre connaissance que le sieur Saint-Martin après cette action n’a cessé de parler à la foule, en lui disant que ce n’était pas un ministère Molé qu’il nous fallait, que c’était une réforme et un changement de système et que pour l’avoir il fallait élever de nouvelles barricades. » Signé, le 12 juin 1848 : Bellet, demeurant 20, rue Bonne-Nouvelle ; Caltat illisible, demeurant 24, rue Hauteville. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Les soussignés déclarent que M. Saint-Martin, coiffeur patenté demeurant rue Hauteville n° 43, dans la journée du 23 février 1848, a courageusement défendu la cause de la liberté, en protestant de tout son pouvoir contre la nomination du ministère Molé. Cette nouvelle venait d’être communiquée vers les 3 heures et demie à la mairie du (ancien) Ve arrondissement, rue de Bondy. Le sieur Saint-Martin, qui se trouvait là en ce moment adressa la parole à plusieurs gardes nationaux qui étaient de piquet et leur dit qu’il était de leur honneur de ne point accepter un pareil changement, que c’était toujours les mêmes hommes qui nous gouvernaient et qui nous exploitaient depuis 1830 et que cela ne pouvait plus nous convenir ; qu’il nous fallait une réforme, un changement de système et des hommes nouveaux. Il ajouta : “Je viens de voir Vieille-rue-du-Temple couler le sang de braves citoyens qui demandaient la Réforme. Croyez-vous, leur dit-il, que la retraite de Guizot remplacera ce sang versé ? Croyez-vous qu’un changement de ministère peut réparer cette perte ? Non. Et bien donc, en bas les Guizot, les Molé et Vive la Réforme !” » Signé : Dufaÿ, Auguste, demeurant 16, rue de Bondy ; Guillaume, demeurant 26, rue de Bondy ; Rivel, demeurant 14, rue de Bondy ; Casalet, demeurant 16, rue de Bondy. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le 24 février 1848 le citoyen Saint-Martin, coiffeur rue Hauteville n° 43, était au nombre des combattants à la prise du poste du château d’eau, place du Palais-Royal. J’ajoute que j’ai parlé au sieur Saint-Martin au moment où il venait d’être blessé et que malgré sa blessure il n’a pas quitté le lieu du combat. » Signé, le 14 juin 1848 : Bocquin, F., blessé de Février, demeurant 12, rue de Meaux à la barrière du Combat. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le 24 février 1848, vers les 4 heures et demie du soir, M. Saint-Martin, coiffeur patenté, rue Hauteville n° 43, était au nombre des citoyens armés qui accompagnaient rue d’Astorg n° 55, mon gendre Pierre Romieux, qui a été tué le 24 février en combattant place du Palais-Royal. Je déclare aussi que le sieur Saint-Martin m’a demandé les nom et prénoms de mon gendre, pour, me dit-il, envoyer une note au journal le National, afin de faire obtenir des secours pour la veuve. M. Saint-Martin était blessé à la tête. » Signé, le 15 juin 1848 : Vinche, fruitier, demeurant 31, rue Caumartin. Il fut soigné durant un mois par le docteur Tenain, demeurant 30, rue de Paradis-Poissonnière, et qui lui délivra un certificat médical attestant les blessures qu’il avait reçues. Il resta en fait trois mois sans pouvoir travailler à cause de la blessure qu’il avait reçue à l’index gauche, et le dossier qu’il déposa devant la nouvelle Commission des récompenses nationales et les demandes de secours qu’il fit nous laissent de nombreuses indications biographiques. Il avait participé à l’insurrection de 1832, avait été blessé et emprisonné. Il expliquait ainsi : « […] Lors de ma sortie de Sainte-Pélagie la réaction dans le quartier que j’habitais était si forte contre les combattants de juin, que je me vis forcer de quitter mon établissement, l’un des plus importants du quartier. Je vins me fixer rue d’Hauteville, où grâce à mon courage et mon travail, j’ai refait une maison qui me donna les moyens d’élever treize enfants, dont il m’en reste malheureusement que six, et cinq seulement à ma charge. Je dis malheureusement attendu que dans les sept que j’ai perdus j’en ai perdu quatre de douze à seize ans, ce qui ne laisse pas de coûter beaucoup pour l’élever jusqu’à ces âges […]. » Expliquant aussi : « […] Toujours fidèle à mes principes républicains, ne cherchant à faire de mal ni de tort à qui que ce soit, toujours au contraire prêt à obliger, à rendre n’importe quel service lorsqu’il est en mon pouvoir et pourtant bien des personnes me quittent et cela parce que j’ai le tort d’avoir l’étoile de Juillet sur la poitrine, parce que j’ai le tort d’être combattant et blessé de février 1848. Parce qu’en un mot je veux la république, ce qui n’est pas en harmonie dans le quartier que j’habite. Et sur ce point je ne me trompe pas, je serai forcé, par la force des circonstances, du manque de travail, de faire comme malheureusement j’ai fait rue de Lancry, en 1833, de quitter ma maison […]. » Il était porteur du certificat suivant, signé en date du 1er avril 1848, par le docteur Poulletier, demeurant 23, rue de Lancry en 1848, qui attestait la blessure qu’il avait reçue pendant l’émeute de 1832 : « Je, soussigné, docteur en médecine de la faculté de Paris, domicilié rue de Lancry 23, certifie avoir donné mes soins à M. Saint-Martin, en 1832, pour une blessure qu’il avait reçue dans la partie inférieure du ventre. Mes soins n’ont été continués que pendant huit jours, attendu que le malade a été arrêté et conduit à la prison de Sainte-Pélagie. » Saint-Martin fut de nouveau blessé par une balle, le 24 juin dans le clos Saint-Lazare, dans la répression de l’émeute. Sur les conditions dans lesquelles il avait reçu ses blessures, il expliquait : « […] Je n’ai pas été blessé en curieux. J’ai été blessé en combattant, comme je l’ai été en 1830, en 1832 et détenu politique, et comme je viens encore d’être blessé au 24 juin dernier en combattant pour soutenir la république ». Il fut examiné par le jury médical dans sa séance du 17 août 1848 puis classé dans la 6e classe des blessés, dans la séance du 27 octobre 1848 du jury médical de révision. Il reçut un secours de vingt-cinq francs le 3 juillet, un secours de vingt-cinq francs le 10 juillet, un secours de cent cinquante francs le 17 juillet, un secours de cent francs le 27 novembre 1848 à l’Hôtel de ville. Le certificat suivant attestait les longs mois au cours desquels il était resté sans travailler, suite à ses blessures : « Les soussignés certifient que M. Saint-Martin, coiffeur, domicilié rue Hauteville n° 43, a été, à la suite des blessures qu’il a reçues en février dernier près de trois mois sans pouvoir reprendre ses travaux. » Signé, le 18 octobre 1848 (pour les noms lisibles) : Augey, demeurant 43, rue Hauteville ; femme Lemire, demeurant 43, rue Hauteville ; Labbaye, Auguste, demeurant 43, rue Hauteville ; Dieudonné, demeurant 43, rue Hauteville ; femme Robert, demeurant 49, rue Hauteville ; Guibert, demeurant 43, rue Hauteville ; Roche, demeurant 41, rue Hauteville ; Dorin, demeurant 43, rue Hauteville ; Dauner, demeurant 40, rue Hauteville. Il était marié et père de six enfants en 1848. Il demeurait 6, rue de Lancry en 1831-1833 ; 43, rue Hauteville en 1848. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 334, liste des médaillés de Juillet du (ancien) Ve arrondissement (sous le seul nom de Saint-Martin) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ve arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/48 in dossier Caillet dit Janin, Jean-Baptiste ; Archives nationales F/1dIII/97 ; Archives nationales F/15/3884, Commission des récompenses nationales, détenus politiques 3e catégorie, indemnités.