Saint-Romain, Jean-Pierre
Biographie
Né le 17 vendémiaire an VIII (10 octobre 1799) à Lyon (Rhône), fils de Saint-Romain, Pierre, coffretier, et de Besson, Jeanne, son épouse. Ancien militaire, ayant servi six années au 15e régiment d’infanterie légère, où il était, selon un certificat de notoriété délivré en sa faveur connu « comme un parfait honnête homme […], sa conduite et l’exactitude à ses devoirs lui ont attiré l’estime de ses supérieurs et de tous ses camarades ». Il était ouvrier bardeur en 1830. Il participa, le 29 juillet, avec des camarades armés, à l’attaque du Louvre. Entré un des premiers, il avait déjà parcouru la moitié des bâtiments et se disposait à forcer les derniers retranchements des soldats royaux lorsqu’il fut atteint au bras (à l’avant-bras in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension et in Archives nationales F/1dIII/82 dans l’état imprimé) ou au doigt, par un coup de feu, peut-être venant de son propre pistolet. Il eut encore la force de tirer le coup dont son fusil était chargé. Le certificat médical suivant constatait les blessures qu’il avait reçues : « Je, soussigné, docteur médecin, professeur agrégé de la faculté, demeurant rue Baillet n° 5, certifie que le nommé Saint-Romain, Jean-Pierre, âgé de trente et un ans, ouvrier, a été reçu chez moi, le 29 juillet dernier, pour y être pansé à raison d’un coup de feu qu’il venait de recevoir au Louvre, en combattant et qui avait traversé la partie supérieure de l’avant-bras droit, en fracturant l’un des os de cette partie. » Signé, le 11 septembre 1830 : Briquet (voir Briquet, Pierre), médecin. Le dossier fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIe arrondissement. Il était porteur de plusieurs certificats. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Remillieux, Alexandre, demeurant place du Louvre n° 12, certifie que le sieur Saint-Romain, Jean-Pierre a participé, le 29 juillet, à la prise du Louvre et qu’il s’y est distingué par sa bravoure et son courage. Etant entré un des premiers, il l’avait déjà à moitié traversé et se disposait avec ses braves camarades à forcer les derniers retranchements lorsqu’il fut atteint d’une balle au bras droit, qui le blessa grièvement mais, au lieu de céder à ses douleurs, ce brave, dont le fusil était encore chargé dans ce moment, rassembla ses forces et eut assez d’énergie pour tirer encore ce dernier coup. C’est après ce trait de courage qu’il arriva jusqu’à mon domicile, où je lui donnai les premiers soins alors en mon pouvoir. » Signé, le 10 septembre 1830 : Remillieux, demeurant 12, place du Louvre. Suivaient les signatures de : Techener, libraire au 12, place du Louvre ; Vivien, lampiste, demeurant 12, place du Louvre, qui précisait avoir « vu panser ledit Saint-Romain chez le sieur Remillieux ; Thien, demeurant 42, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois ; Nollet, demeurant 48, rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois ; Pajard, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, Claude, Nicolas Lefevre, ancien militaire réformé et ancien employé de l’administration militaire aux anciennes armées, licencié et [ayant] obtenu une pension alimentaire, demeurant à Paris, rue Pagevin n° 16, certifie et atteste que le sieur Saint-Romain, Pierre (sic) a passé vers les 11 heures du matin le 29 juillet dernier dans ladite rue Pagevin avec un peloton armé et est entré chez moi pour se faire panser d’une petite blessure légère au doigt, provenant d’un coup de pistolet qu’il avait tiré lui-même et se dirigeait sur l’expédition du Louvre. » Signé, le 13 septembre 1830 : Lefevre, Claude, Nicolas. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le sieur Saint-Romain, Jean-Pierre s’est trouvé le 29 juillet 1830 à l’attaque du Louvre et qu’il s’est battu vaillamment jusqu’au moment où il fut blessé. » Signé, le 18 septembre 1830 : Cochon (voir Cochon, François, Charles, Fortuné), élève de l’Ecole polytechnique. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement (sous le nom de Saint-Romain, Pierre sur les listes du Bulletin des lois, sur celles du Moniteur universel et surtout in Archives nationales F/1dIII/39, faire le changement donc ?). Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 22 février 1831, la conclusion suivante : « A dit avoir été atteint, dans les journées de juillet 1830, d’une blessure par arme à feu, à l’avant-bras droit, de la partie moyenne et un peu inférieure de sa face dorsale vers l’olécrane, après avoir brisé le cubitus ; guérie mais avec grande difficulté dans les mouvements d’extension des doigts et de la main. » Il fut admis dans la 3e classe des blessés et pensionné de trois cent cinquante francs. Il lui fut accordé par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Il fut soigné à la Maison de convalescence de Saint-Cloud ; sachant lire et écrire, il sollicita une place de garçon de bureau. Il avait à charge son père, âgé de soixante et un ans. Il signa un certificat en faveur de Trouvé, Jean-Baptiste, Simon, Théodore pour attester que ce dernier avait lui-même été atteint d’un balle au genou peu après que son fils eut été tué le 29 juillet à l’attaque du Louvre. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il demeurait 5, rue Baillet puis 14, rue Marivaux, 2, impasse Pecquet en 1830 (mais 16, rue Marivaux in Archives nationales F/1dIII/77 in dossier Trouvé, Jean-Baptiste, Simon, Théodore ; mais bien 14, rue Marivaux in Archives nationales F/1dIII/36 et in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension et in Archives nationales F/1dIII/82 dans l’état imprimé). Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du VIIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 103 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 371 n° 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement (sous le nom de Saint-Romain, Pierre) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/74 ; Archives nationales F/1dIII/75 ; Archives nationales F/1dIII/77 in dossier Trouvé, Jean-Baptiste, Simon, Théodore ; Archives nationales F/1dIII/82, un état imprimé comprenant les noms et les secours ou pensions distribués aux veuves, orphelins, ascendants ou blessés du seul (ancien) VIIe arrondissement, p. 10-11 état des pensionnaires et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) VIIe arrondissement, blessés de 3e classe ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations.