Seguin, Paulin
Biographie
Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, une convocation de Plougoulm (voir ce nom), chargé de la relation officielle des événements de Juillet (relation qu’il ne fera d’ailleurs jamais), et qui l’invitait à passer à son domicile, 1, rue du Sentier, pour lui donner des renseignements « sur la belle conduite qu’il a tenue ». Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, lieutenant de la garde nationale de Paris, commandant après l’avoir organisé le poste des Petits-Pères dès le 28 juillet au matin, certifie, pour rendre hommage à la vérité que M. Paulin Seguin s’est montré en parfait citoyen dans les journées de Juillet et qu’il est à ma connaissance que le 28 juillet il réunissait tous les citoyens qu’il pouvait rencontrer et les conduisait au secours des défenseurs de la liberté et notamment pour construire des barricades dans tous les quartiers de Paris. C’est lui qui s’est entendu avec moi le 28 au soir pour faire élever (sic à partit de là) qui couvraient le poste des Petits-Pères et fait monter des pavés dans les maisons au moins estimatifs, ce qu’il fit avec le plus grand zèle. Je dois déclarer que je n’en ai vu aucun qui se soit mieux montré que lui en cette occasion, où il s’est fait beaucoup de choses admirables. » Signé, le 15 septembre 1830 : Odieuvre, A., J.-B. (voir Odieuvre, Louis, Jean), demeurant 31, rue des Deux-Portes-Saint-Sauveur. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que le 28 juillet de notre sublime révolution, sur les 3 heures environ, lorsqu’on annonçait que la troupe entrait dans notre rue, tout le monde fermait les portes et se sauvait, M. Seguin est resté seul au milieu de la rue, armé d’un fusil de munition, et prêt à faire feu sur la troupe qu’on attendait. Voyant M. Seguin aussi seul et isolé et voyant aussi en outre qu’après avoir tiré son coup il ne pouvait éviter une mort certaine, j’ai ouvert une porte de ma boutique et ai offert à M. Seguin de venir s’embusquer à ma porte pour qu’il rentrât chez moi après avoir fait feu. En certifiant les faits, je rends hommage au généreux dévouement de M. Seguin, qui peut être attesté par toutes les personnes qui étaient dans mon arrière-boutique. » Signé, le 5 octobre 1830, Garin, demeurant 48, rue Neuve-Saint-Eustache. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je, soussigné, certifie que parcourant divers quartiers de Paris, le mercredi 28 juillet dernier, pour voir ce qui se passait et pouvoir au besoin offrir mes soins, en passant vers les 2 heures dans la rue Notre-Dame-des-Victoires, je reconnus M. Seguin, armé d’une épée et d’un fusil de munitions vers le milieu de la rue Joquelet, au coin de laquelle je le vis se poster et faire feu dans la rue Montmartre. Revenant de suite sur ses pas, je voulus l’arrêter pour le complimenter sur sa conduite courageuse, il me répondit, très ému et tout en courant : “Je viens de prendre un fusil, je n’ai pas le temps, je vais chercher des cartouches.” » Signé, le 10 octobre 1830 : Vigreux, médecin accoucheur, demeurant 75, rue de Ménilmontant. Le cinquième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avec plaisir que M. P. Seguin, étant sous mes ordres à la caserne de la Nouvelle-France, s’est distingué par son zèle et son courage. Il a été chargé par moi de plusieurs missions, entre autres d’une ordonnance pour le gouvernement provisoire, dont il s’est bien acquitté. Il a de plus sauvé un garde national qui allait être victime d’une émeute populaire. Enfin, M. Seguin s’est porté partout où besoin était et a servi en bon patriote. » Signé, le 16 octobre 1830 : Flandin (voir ce nom), capitaine commandant la caserne de la Nouvelle-France, demeurant 9, rue Hauteville. Le sixième certificat, ainsi rédigé : « Monsieur, nous venons d’apprendre que vous désirez certifier le patriotisme que vous avez démontré dans nos trois journées de juillet […] Il est surprenant que vous, monsieur, qui avait montré tant de dévouement vous n’eussiez pas cherché plus tôt à vous faire connaître […]. C’est avec le plus grand plaisir que nous vous prévenons que […] nous sommes à même de certifier, non seulement nous mais encore beaucoup de voisins qui vous ont vu, que le premier jour de nos trois immortelles journées, vous étiez à la tête des rassemblements et les excitant et les dirigeant du côté de la rue des Victoires et que, un instant après, le télégraphe des Petits-Pères, disparu, et le tocsin sonna. » Signé, le 6 septembre 1830 : Lefevre, demeurant dans le quartier du Mail. Le sixième certificat, ainsi rédigé (sic) : « Nous, soussignés, certifions que M. P. Seguin n’est pas venu, comme à son habitude, prendre ses repas à la pension durant nos trois immortelles journées, qu’il en est parmi nous [qui l’avons] rencontré armé le mercredi, allant se battre du côté de la porte Saint-Denis et que pour douter de son patriotisme et de son dévouement à la liberté, il faut être son ennemi ou ne pas le connaître. Nous certifions en outre que le maître de la pension, le mardi soir, a vu tomber des ses croisées, bien loi derrière lui, deux personnes dont l’une était grièvement blessée et l’autre morte et qu’il était parmi le groupe qui portait le cadavre lorsqu’on fut le présenter au poste de la Banque. » Signé, le 10 octobre 1830 : Girard, demeurant 56, rue Croix-des-Petits-Champs ; Mudot illisible, demeurant 9, rue de Lille ; Lendinoc ; Massière illisible ; Durand... illisible, demeurant 26, rue... Seguin demeurait 29, rue du Mail en 1831. Archives de la préfecture de police AA 413. Il y a in Archives nationales F/1dIV/S/4 Récompenses honorifiques, un Séguin, Paulin, garde national dans la IIIe légion en 1848, blessé de trois coups de feu pendant la répression de l’émeute de juin 1848, demeurant 3 bis, rue du Coq-Héron, pour qui on sollicitait, en ces termes dans une lettre adressée en 1848 au général Cavaignac, la décoration de la Légion d’honneur : « Les soussignés se joignent à moi pour vous demander justice en faveur du citoyen Seguin Delahoussaye, Paulin, blessé de juin, demeurant rue coq-Héron 3 bis. Le 25 juin dernier, le citoyen Paulin Séguin, chargé d’éclairer la marche de son bataillon sous le feu des insurgés, le dirigea avec intelligence et courage, prit une position en avant bien combinée, débusqua les insurgés de la barrière Poissonnière, en prévint de suite son chef de bataillon, qui fit battre la charge, s’empara avec impétuosité, le premier, de cette barrière et successivement de trois barricade ; enfin, marchant sur la quatrième, tomba glorieusement frappé de balles qui lui traversèrent les cuisses et le bas-ventre. Revenu miraculeusement à la vie, estropié pour le reste de ses jours, son chef de bataillon, témoin de sa bravoure, le porta pour la pension et la croix ; mais des lettres furent écrites contre lui, la Commission ajourna sa décision à son égard et fit sa distribution de croix. Plus tard, l’enquête ordonnée prouva qu’il était victime de basses calomnies. Moi-même je voulus m’assurer exactement, non seulement des faits mais encore de ses antécédents. J’acquis la certitude de sa belle conduite et je vis de plus, sur pièces irrécusables que cet estimable citoyen, ancien négociant, s’était retiré honorablement du commerce avec une fortune indépendante ; que dès 1830, par les sacrifices qu’il fit à son pays, des offres de places les plus élevées lui furent faites ; que M. Rousseau (voir Rousseau, Jean, Joseph), doyen des maires de Paris, le voyant continuellement chef de poste dans les quartiers les plus périlleux, frappé de son dévouement, le porta pour la croix d’honneur avec indemnité ; que sa position de fortune et un sentiment tout honorable lui firent refuser toutes faveurs ; que ce fut sa probité politique qui lui attira des ennemis qui imaginèrent toutes espèces de persécutions pour le perdre et le ruiner, en lui faisant intenter des procès et déposer des plaintes par des gens de mauvaise foi qui ne reculèrent devant aucun méfait ni aucune calomnie pour induire l’autorité et les honnêtes gens en erreur sur son compte ; qu’on parvint par ces coupables manœuvres à le dépouiller de ses propriétés en vertu d’un titre frauduleux, etc. ; que les lettres malveillantes adressées à la Commission sont la continuation de ces machinations ; que toute son existence a été consacrée au plus pur patriotisme et qu’enfin porté à la députation de la Seine par vingt-deux clubs, il employa continuellement toute son influence pour empêcher les clubs exaltés de se porter à des excès et les ouvriers de prendre part à la déplorable insurrection de Juin. Comme la commission a statué sur les croix avant que cette enquête soit terminée et qu’il ne peut pour cette récompense être compris dans l’arrêté du générale Changarnier, je demande pour ce brave et digne citoyen la pension et la croix qui lui sont si légitimement dus ; car, vous le voyez, il n’est pas dans toute la légion un garde national qui ait rendu plus de services à son bataillon et qui plus que lui ait mérité de son pays. Attaqué dans toute son existence, des sommes, uniques débris de sa fortune, viennent encore de lui être enlevées faute d’avoir pu vaquer à ses affaires. Il se trouve dans le plus grand dénuement et, étant toujours souffrant, il réclame des secours en harmonie avec ses besoins, une bourse pour son enfant, une place si la santé lui revient, et protection contre les méfaits et les calomnies dont on cherche toujours à le rendre victime. » Signé : Soyer, médecin, membre du conseil municipal, chirurgien de l’escadron de lanciers de la IIe légion de la garde nationale de Banlieue. Suivaient plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « J’ai examiné les différents pièces qui m’ont été soumises par le citoyen Séguin ; il résulte de cet examen que j’ai la conviction que le citoyen Séguin a été victime de la calomnie la plus indigne. Je verrais avec le plus grand plaisir sa demande, accueillie. » Signé : Hamelin, maire du (ancien) IIIe arrondissement. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « Je recommande le citoyen Séguin à l’autorité supérieure. » Signé : de Bar, général, colonel de la IIIe légion. La troisième apostille, ainsi rédigée : « Après avoir vu toutes les picèes justificatives du citoyen Paulin Séguin, je me fais un devoir de signer le présent et serais heureux de voir rendre justice à ce brave citoyen, ayant été témoin de sa belle conduite. » Signé : Robert, chef de bataillon de la IIIe légion. La quatrième apostille, ainsi rédigée : « Je me joins à mon camarade de la IIIe légion pour recommander à l’autorité supérieure le citoyen Paulin Séguin. » Signé : Hovyn, J., L (voir ce nom ?), lieutenant-colonel de la IIIe légion. La cinquième apostille, ainsi rédigée : « Je connais depuis longtemps le dévouement du citoyen Séguin aux principes de la démocratie. Ce long dévouement et les blessures graves reçues dans les fatales journées de l’insurrection appellent sur lui l’attention particulière du gouvernement de la République, qui lui doit une récompense éclatante. » Signé : Guinard, représentant du peuple, président des Récompenses nationales. La sixième apostille, ainsi rédigée : « Il est à ma connaissance que M. Paulin Séguin, ancien négociant, obtint, il y a quelques années, par intervention d’arbitres, une satisfaction entière contre des calomnies qui attaquaient son honneur et sa délicatesse. Pendant que j’étais ministre de la Justice, M. Séguin m’a souvent donné sur les réunions des clubs des détail qui m’ont prouvé son patriotisme et son dévouement pour le pays. Je lui donne avec plaisir cette attestation. » Signé, le 15 septembre 1848 : Crémieux, représentant du peuple. La septième apostille, ainsi rédigée : « Je déclare avoir vu M. Séguin dans une maison crénelée contre la barrière Poissonnière et de là diriger sur les insurgés, avec quelques autres citoyens qui étaient avec lui dans ce poste avancé, un feu bien nourri, qui les maintenait en respect. » Signé, le 27 septembre 1848 : d’Adelward, P., représentant du peuple. La huitième apostille, ainsi rédigée : « Je déclare avoir été témoin de la belle conduite de M. Séguin à l’attaque de la barrière Poissonnière extérieure. Je ne pense pas qu’il y ait eu parmi les citoyens qui se sont distingués pendant les journées de juin un plus brave et énergique combattant. » Signé, le 27 septembre 1848 : Rancé, représentant du peuple. La neuvième apostille, ainsi rédigée : « Chargé de faire une enquête sur le sieur Paulin Séguin, je déclare n’avoir trouvé aucune preuve des calomnies tenues contre lui. » Signé, le 27 septembre 1848 : Chavant, propriétaire, demeurant 111, rue du Faubourg-Saint-Denis. La dixième apostille, ainsi rédigée : « Je, soussigné, chef de bataillon en premier de la IIIe légion, chargé conjointement avec M. Chavant de faire une enquête sur la conduite du citoyen Séguin, atteste que tous les rensiegnemnts pris ont prouvé que non seulement le citoyen Séguin n’a jamais failli à l’honneur mais qu’il a été victime d’indignes machinations. » Signé : Fallet, commandant en premier de la IIIe légion. Rancé, représentant du peuple, écrivait, le 4 février 1849, la lettre de recommandation suivante : « Je sais que vous avez pris la peine de faire un examen bienveillant du dossier qiu concerne M. Seguin, blessé de trois coups de feu aux journées de Juin, encore hors d’état de marcher aujourd’hui et rappelé miraculeusement à la vie tant étaient affreuses les blessures qu’il a reçues. J’ai vu [souligné par l’expéditeur, N.D.A.] M. Séguin au faubourg Poissonnière, aux avant-postes, conduisant les plus braves, en prodigant sa vie avec une admirable abnégation. Il serait vraiment déplorable qu’un pareil dévouement ne soit pas récompensé et que la croix des braves ne soit pas accordée à celui qui mérite si bien ce titre, ainsi que le prouve trop l’état auquel il est aujourd’hui réduit. Je vous supplie, M. le secrétaire général, de mettre mon attestation de visu sous les yeux de M. le ministre de l’Intérieur. Il sait que je ne permettrais pas une pareille recommandation si je n’avais pas été témoin de la remarquable conduite de M. Séguin, dont j’avais pris le nom sur le champ du combat. » Signé : de Rancé, représentant du peuple.