Senard, Jules

Biographie


Avocat. Il fut un des membres de la Commission des récompenses nationales pour le département de la Seine-Inférieure. Par délicatesse, il ne crut pas devoir faire statuer cette Commission, à laquelle il appartenait, sur ses propres droits. La Commission des récompenses nationales pour le département de la Seine-Inférieure donnait l’avis suivant à son sujet : « Personne plus que MM. Senard et Daviel n’a mérité la Croix de Juillet. Par une louable modestie, ils se sont refusé à ce que la Commission les proposât au choix du roi ; cela ne doit pas les priver d’une récompense à laquelle ils ont de justes titres, seulement à cause de la publicité donnée à leur refus.[…]. » De même, la Division des gardes nationales et des affaires militaires du même département : « La Commission, ayant été assemblée, moins MM. Senard et Daviel, a reconnu à l’unanimité que la conduite ferme et énergique de ces deux citoyens pendant la révolution de Juillet, les plaçait en première ligne pour recevoir cette marque de la récompense nationale. » Et aussi : « Au nombre des membres nommés par Monsieur le préfet de la Seine-Inférieure pour faire partie de la Commission des récompenses nationales, se sont trouvés deux honorables citoyens qui, ayant pris une grande part aux événements des 28 et 29 juillet, avaient, autant qu’aucun de nous, fait preuve de courage et de patriotisme. Par une généreuse abnégation de leurs droits, ils ont accepté la mission qui leur était donnée et ont été les premiers à proposer à leurs collègues de décider qu’aucun membre de la Commission ne serait désigné pour les récompenses qu’elle avait à décerner. Leur intention était d’assurer à cette distribution, à laquelle ne prendrait part aucun intéressé, un plus haut caractère d’impartialité et par suite un plus grand effet moral. Nous ne saurions accepter un sacrifice d’où dériverait un droit de plus à la distribution dont resteraient privés MM. Alfred Daviel et Senard. Nous désirons vivement, Monsieur le Président du Conseil, que justice soit rendue à tous et, désignés que nous sommes pour la décoration de Juillet, nous avons qualité sinon pour la rendre, du moins pour demander hautement qu’elle soit rendue à Messieurs Daviel et Senard. Nous joignons à cette réclamation une notice succincte des faits particuliers à chacun d’eux, qui la justifie, et nous espérons, Monsieur le Président du Conseil, que, juste appréciateur du courage et du patriotisme dont vous même avez donné l’exemple, vous n’hésiterez pas à y faire droit. » Signé : Barbet, Henry, maire et député ; Aroux, Eugène, député (voir ce nom) ; Roger, avocat ; Baudry, copropriétaire du Journal de Rouen ; Brière, copropriétaire du Journal de Rouen ; Mignon, A. ; Daux, capitaine d’artillerie en retraite, chevalier de la Légion d’honneur ; Barbet, Auguste. Les mêmes personnes récapitulaient ainsi la participation de Jules Senard aux événements de Juillet à Rouen : « Le 28 juillet 1830 au matin, M. Senard fut l’ingénieur des barricades établies à l’entrée de l’imprimerie du journal devant laquelle venait de se ranger un escadron de gendarmerie. Ce fut chez lui (il occupe le corps de logis sur la rue au-dessus des portes de cette imprimerie) que se réunirent les députés et les notables citoyens qui venaient appuyer de leur présence la résistance du rédacteur et des propriétaires. Sa maison devint ainsi l’état-major de l’insurrection, dont il se constitua tout d’abord l’un des chefs les plus actifs et les plus influents. Ce fut par chez lui que fut faite en partie la distribution du journal dont plusieurs éditions étaient tirées au fur et à mesure des événements de la journée ; chez lui que les citoyens vinrent prendre le mot d’ordre et des instructions nécessaires, chez lui que furent apportés les clés du Tocsin, chez lui enfin que se réunirent les gardes nationaux qui, durant la nuit du 28 au 29, bivouaquaient dans ses appartements pour être prêts à défendre l’imprimerie en cas d’attaque nocturne de la garde royale. Du 28 juillet au 1er août M. Senart se fit remarquer entre tous par son courage et son patriotisme. Il prit part à la formation des commissions municipale et départementale provisoires. Membre distingué de cette dernière, il y apporta le tribut de ses talents et de son dévouement et concourut puissamment aux mesures d’ordre qui pendant cette administration de douze jours assurèrent dans le département de la Seine-Inférieure le triomphe paisible de la révolution de 1830. » Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la Commission des récompenses nationales réunie dans le département de Seine-Inférieure. Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances n° 26, 2e section, ordonnance n° 1137 du 17 juillet 1832, Paris, Imprimerie royale, mars 1833, p. 2, ordonnance du roi qui décerne la Croix de Juillet à quarante-deux citoyens et la médaille de Juillet à cinquante-huit citoyens (sous le nom de Sénard, Jules) ; Archives nationales F/1dIII/81, dossier Seine-Inférieure.

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