Séné, Adolphe, Louis, Baptiste
Biographie
Né le 28 mars 1809 à Versailles (Yvelines), fils de Séné, Jean-Baptiste, Fleury, homme de confiance, et de Forcuit, Françoise, Henriette, son épouse. Mécanicien (menuisier sur les listes du Constitutionnel). Il fut gravement blessé d’un coup de feu au genou et d’un coup de sabre à l’épaule gauche, le 28 juillet rue Montmartre à la pointe Saint-Eustache. Il fut soigné à l’ambulance de la Bourse. Soutien de ses parents, il reçut un secours de cent vingt francs et un autre de trente francs (sous le nom de Séné, A., H., A.) en septembre 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Il mourut des suites de ses blessures le 21 octobre suivant à l’hôpital Beaujon. Le certificat médical suivant, à en-tête de cet hôpital, constatait les circonstances de son décès : « Je, soussigné, chirurgien en chef dudit établissement, certiife que le nommé Séné, Adolphe […] a été reçu dans cet hôpital, le 10 octobre 1830, pour y être traité d’un abcès profond de la cuisse droite, suite d’un coup de feu de l’articulation (sic) du genou, reçu pendant les journées de Juillet et par lequel il était en traitement à l’ambulance de la Bourse lors de son entrée ; dans cet hôpital, il a succombé aux suites de cette blessure le 21 du même mois. » Signé, le 3 novembre 1830 : Marjolin (voir ce nom). Le dossier des droits que son décès entraînait fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) IIe arrondissement. Le 16 février 1831, devant le juge de paix du (ancien) IIe arrondissement, comparurent : Faÿs, Charles, Nicolas, marchand de vins, demeurant 7, cour des Fontaines ; Durand, Charles, Louis, Henry, Quentin, mécanicien, demeurant 1, cour des Fontaines ; Poigneux, Henry, Honoré, bijoutier, demeurant 1, cour des Fontaines. Ils attestèrent avoir parfaitement connu Séné, Adolphe, Louis, Baptiste et savoir qu’il avait « été blessé d’un coup de feu au genou et d’un coup de sabre sur l’épaule, rue Montmartre, dans les combats qui ont eu lieu à cette mémorable époque, le 27 juillet 1830, et qu’il est décédé par suite des blessures qu’il a reçues ledit jour, le 21 octobre dernier à 4 heures du matin à l’hospice Beaujon ». Il laissait ses parents, Séné, Jean-Baptiste, Fleury, né le 19 avril 1782 à Bussy-lès-Daours (Eure), ancien soldat d’Austerlitz et devenu domestique, et Forcuit, Françoise, Henriette, née le 12 juin 1782 à Verneuil (Eure). Le 21 février 1831, devant le maire du (ancien) IIe arrondissement, comparurent : de Chevalier Peicam, Pierre, propriétaire, demeurant 15, rue Gaillon ; Laurent, Olivier, Hyacinthe, Marie, serrurier, demeurant 5, rue d’Antin ; Préau, Jacques, François, Florent, vétérinaire, demeurant 31, rue Neuve-Saint-Augustin. Sur leur attestation, le maire délivra un certificat comme quoi Séné, Jean-Baptiste, Fleury « quoique non inscrit au bureau de bienfaisance, est dans une position malheureuse, que rend encore plus pénible la dureté de l’ouïe dont il est affligé et qui l’empêche de travailler pour subvenir à son existence ». Il présenta un certificat médical, attestant qu’il souffrait « d’une surdité très intense […et] qu’il porte à la jambe gauche les traces d’une blessure ancienne, qui a produit une fracture à la partie moyenne du tibia et de laquelle il est résulté une difformité et un raccourcissement dudit membre […], ces deux infirmités le mettent hors d’état de pouvoir continuer sa profession de cocher ». Signé, le 20 février 1831 : Boucher-Dugua (voir Boucher-Dugua, Nicolas), docteur en médecine, chirurgien-major de la IIe légion de la garde nationale. Ils furent pensionnés et reçurent de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. Les parents s’étaient mariés le 1er décembre 1808 à Versailles ; sur l’acte de mariage, Séné, Jean-Baptiste, Fleury est indiqué comme né vers 1782 à Bussy-les-Dours (Somme) (sic), fils de feu Séné, Jean-Baptiste, manouvrier (dans l’acte de naissance de Séné, Jean-Baptiste, Fleury) et de Sablon, Scholastique son épouse, comme exerçant la profession d’homme de confiance et comme demeurant rue de Paris (61, rue de Paris dans l’acte de naissance de Séné, Adolphe, Louis, Baptiste) à Versailles ; Forcuit, Françoise, Henriette est indiquée comme la fille de Forcuit, George, Simon, maître cordonnier (dans l’acte de naissance de Forcuit, Françoise, Henriette) et de Vallé, Marie, Marguerite (mais Vallée, Marie, Marguerite dans l’acte de naissance de Forcuit, Françoise, Henriette) son épouse, comme femme de chambre, comme demeurant 29, rue Saint-Honoré à Versailles. Séné est représenté dans le tableau de Gosse, exposé pour la première fois en 1833 et conservé au Musée du Carnavalet, Sa Majesté la Reine des Français visitant les blessés de Juillet à l’ambulance de la Bourse, le 25 août. Les Annales du Musée et de l’Ecole moderne des Beaux-Arts donnèrent, à l’occasion de sa première exposition, le commentaire explicatif suivant sur le tableau : « Tous les personnages, ainsi que tous les détails de ce tableau, sont historiques. En donnant ici un court récit de la scène qu’il représente, nous aurons fait connaître sa composition et les diverses figures que l’auteur a dû y faire entrer. “Après les mémorables journées de Juillet, dit M. Gosse dans la notice du livret, S.M. la reine, accompagnée de S.A.R. Mme Adélaïde, du prince de Joinville, des princesses Louise et Marie, et de Mme la marquise de Dolomieu, alla visiter l’ambulance établie à la Bourse dès les premiers jours des combats, et prodigua aux blessés et aux personnes qui leur donnaient leurs soins, des secours et des consolations.” La reine fut reçue par MM. Ruffin, greffier en chef du tribunal de commerce, Vassal (voir Vassal, Jacques, Claude, Roman), Richebourg (voir Baudesson de Richebourg), Novins (voir Novince, Pierre, François), Rousseau (voir Rousseau, Jean, Joseph), et un jeune Anglais nommé Schripton (voir Shrimpton, Charles), naturalisé français depuis la révolution de Juillet, et qui, pendant les trois jours, ne cessa de prodiguer ses soins aux blessés de la Bourse. Parmi ces blessés, on remarque Julien (voir Julien, Fortuné), vieux soldat de la garde impériale : c’est celui dont la reine prend la main ; M. Guillaume (voir Guillaume, Henri, François, Guillaume), cousin de M. le préfet de police ; il reçut vingt blessures ; M. le docteur Marc est auprès de lui. Viennent ensuite Hureaux (voir Hureau, Julien, Charles), près duquel est Mme Novins ; Gravey (voir Gravey, Thomas, Bernardin), cocher de cabriolet, et sa famille ; Brisset (voir Brisset, Jean, François), ciseleur ; Bouvier (voir Bouvier, Benoist, Marie), Chambron (voir Chambeiron, Pierre, Antoine), Séné (voir Séné, Adolphe, Louis, Baptiste), tous blessés, et les personnes qui ont pris une part plus ou moins active aux soins qui leur ont été donnés, et parmi lesquelles il faut principalement remarquer Mlle Pelletier (voir Lepelletier, Angélique, Adélaïde, Suzanne), marchande de modes ; c’est elle qui est placée près de Mme la marquise de Dolomieu. Sur le premier plan, on remarque le nommé Marquet, garde royal ; et près du vieux Julien, M. le docteur Guillon (voir ce nom), médecin en chef de l’ambulance, à qui, la veille de l’arrivée de la reine, M. de Lafayette avait remis une médaille d’or. Dans le fond est le drapeau national, et une affiche aux trois couleurs portant ces mots : Aux braves blessés pour la patrie. Tels sont à peu près les nombreux personnages de cette riche composition que quelques personnes, par un esprit de parti plus qu’injuste et fort mal entendu, avaient d’abord sévèrement critiquée. Placé sous un faux jour lors du premier mois de l’exposition, ce tableau n’avait pu être sainement jugé : mais enfin, lorsqu’il a pu être offert aux regards des connaisseurs sous un jour favorable, il a été pleinement vengé de l’injuste rigueur des censeurs. Nous ne voulons pas dire cependant que toutes leurs critiques aient porté à faux. On a remarqué avec raison que l’ensemble du tableau, d’ailleurs bien composé, manquait de vigueur d’effet, principalement le côté droit ; que peu de figures avaient l’énergie d’expression que le sujet comportait. Excepté le soldat à qui la reine prend la main, l’opposant qui se couvre le visage de ses mains pour cacher son émotion à la vue d’une princesse dont la bonté le confond ; excepté encore la jeune femme en marmotte, la figure du jeune prince, et surtout celle de la reine des Français, dont les traits respirent la bonté et la compassion, presque tous les personnages de cette scène sont peu animés, peu expressifs, même la reine des Belges, dont l’artiste n’a fait, à bien dire, qu’un portrait hors d’œuvre. Toutefois, il faut convenir que donner l’expression convenable à une scène où la douleur physique et la satisfaction morale devaient se peindre sur les traits de nombreux personnages qui, étant tous historiques, devaient être tous ressemblants, était une tâche difficile à remplir, et que plus d’un des hommes de mérite qui ont critiqué le tableau de M. Gosse, ne l’aurait probablement pas accompli avec autant de bonheur que lui. » Séné, Adolphe demeurait 1, cour des Fontaines ; ses parents, 15, rue Gaillon en 1831 ; sa mère, 1, rue du Hasard à Versailles en 1831. Le nom de Sené (L.-B.-A. Sené) est inscrit sur la colonne de Juillet, place de la Bastille, et sur les tables du Panthéon. Deuxième état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; Troisième et dernier état de distribution des secours patriotiques versés au Constitutionnel ; La Liberté reconquise ou histoire complète et détaillée de la révolution de Paris en juillet 1830, J.-B. Ambs, troisième édition revue et corrigée, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal, galerie de Valois, n° 185, 1830, p. 258 ; Liste n° 6, des ascendants de victimes de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Ascendants de citoyens qui ont succombé pendant ou à la suite des trois journées et qui ont obtenu une pension, Le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative ascendants auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du IIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 95 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux ascendants pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre, comprenant les arrérages à partir du 1er août 1830 ; Archives nationales F/1dIII/38 B, Commission des récompenses nationales, Ascendants des citoyens tués dans les journées de Juillet (5 états pour un total de 325 ascendants) ; Archives nationales F/1dIII/75 ; Archives nationales F/1dIII/82, état des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de Juillet, aussi liste des victimes de Juillet 1830, colonne de Juillet et aussi liste générale des citoyens morts dans les journées de juillet 1830, en combattant pour les libertés publiques et dont les noms sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (sous le nom de Séné, Louis, Baptiste, Adolphe) et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) IIe arrondissement, ascendants ; Bulletin des lois, IXe série, tome 21, n° 746, Paris, imprimerie royale, février 1841, p. 85 (sous le nom de Séné, Louis, Baptiste, Adolphe), liste générale des citoyens morts ou blessés mortellement dans les journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, en combattant pour la défense des lois et des libertés publiques, les noms de ces citoyens sont inscrits sur les tables du Panthéon et sur la colonne de Juillet (et aussi Archives de Paris D1K1 138, qui contient les mêmes informations puisqu’il s’agit de ce même numéro du Bulletin des lois) ; Colonne de Juillet, liste officielle et par ordre alphabétique des citoyens tués ou blessés mortellement dans les journées de juillet 1830, Paris, chez Vve Demoraine et Boucquin, 1841 ; Annales du Musée et de l’Ecole moderne des Beaux-Arts, Landon, Salon de 1833, Paris, chez Pillet, 1833, pp.73-75.