Simon, Jean, Antoine

Biographie


Né le 23 juin 1776 (mais le 23 août 1775 in Archives nationales F/1dIII/36 ; le 22 juin 1776 in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; en 1775 in Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, VI Extrait du registre contenant les décisions du jury médical à la Commission des récompenses nationales ; le 22 juin 1776 in Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI etc.) à Paris (ancien) VIIe arrondissement. Enrôlé volontaire le 23 août 1793, dans le 9e bataillon, il participa aux campagnes d’Allemagne et autres jusqu’en l’an II, blessé et rentré dans ses foyers, il s’enrôla de nouveau comme sergent de sapeurs au 3e bataillon du 7e régiment des grenadiers tirailleurs de la garde impériale, et participa aux campagnes de 1813 et 1814 dans ladite garde ; il fut blessé le 30 mars au pont de Flandres à La Villette et le 3 avril à Arcy-sur-Aube. Porté pour la croix par son colonel, le changement de régime empêcha qu’il fût décoré. Fait prisonnier, il reçut finalement son congé à la caserne de la Nouvelle-France. En juillet 1830, il était peintre-vitrier. Il fut blessé, alors qu’il combattait dès le matin, d’un coup de feu au bras gauche, le 28 entre 15 et 16 heures, porte Saint-Martin. Le Nouveau Journal de Paris, du 30 juillet 1830, L’Histoire de la mémorable semaine de juillet 1830, avec les principaux traits de courage, de patriotisme et d’humanité qui ont brillé au milieu de ces grands événements, et un appendice de ce qui s’est passé jusqu’à la proclamation de Louis-Philippe Ier, et Détails officiels de tous les événements qui ont eu lieu dans Paris dans les journées mémorables des 27, 28 et 29 juillet, relatent ainsi sa participation à la révolution : « Rue Sainte-Appolline, au coin de la rue Saint-Martin, un brave citoyen de Paris, qui était resté sur le boulevard, a tiré sur les gardes royaux depuis cinq heures jusqu’à huit. Chaque coup de fusil en faisait descendre un ; ils ont été forcés d’abandonner leur poste. » L’Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, apporte les précisions suivantes : « M. Jean, Antoine Simon, vitrier peintre, caporal à la sixième compagnie, était de service au coin de la rue Meslay. Malgré le feu et la mitraille, il n’a pas abandonné son poste, et a tiré constamment sur les gardes royaux de 5 heures jusqu’à 8. Ce brave citoyen avait déjà été blessé à l’affaire du 30 mars. » L’Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, ajoute encore que le général lui avait envoyé la croix de la Légion d’honneur et que Simon avait été blessé. Il signa le certificat suivant en faveur de Barbier, Jean, Nicolas et qui donne des informations sur sa propre conduite : « Moi, Jean, Antoine, Simon (voir Simon, Jean, Antoine), peintre-vitrier en bâtiments, demeurant rue Maubuée n° 28, atteste de sur mon honneur avoir vu le sieur Jean, Nicolas Barbier, confiseur, se battre en tirailleur dans la journée du 28 juillet 1830, à mes côtés, où moi-même je fus blessé et au même moment où le 6e régiment de l’ex-garde royale a battu en retraite, sur les 7 heures du soir, se dirigeant de la porte Saint-Martin où je fus blessé pour aller rejoindre les boulevards Saint-Denis et autres boulevards. Ce n’est que après leur retraite que le dénommé ci-dessus a bien voulu m’accompagner chez moi. Je certifie en outre qu’il était porteur d’une arme à feu et que lui-même avait tiré près de moi très longtemps. » Père de deux enfants, il reçut un secours de cent francs et un autre de soixante-dix francs en août 1830, sur les secours distribués par Le Constitutionnel. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) VIe arrondissement et aussi (ancien) VIIe arrondissement selon la couverture de son dossier in Archives nationales F/1 dIII/76. La mairie indiquait ainsi la nature de ses blessures : « Coup de feu au bras gauche avec lésion de l’humérus et sortie de plusieurs portions d’os. Ancienne blessure à la jambe gauche avec perte de sustance des muscles (reçue à Marengo). » Il reçut un secours de quatre-vingts francs, le 14 août, un secours de trente francs, le 31 août, un secours de trente francs, le 10 septembre, un secours de trente francs, le 20 septembre, un secours de trente francs, le 28 septembre, un secours de trente francs, le 7 octobre, un secours de cinquante francs, le 13 octobre 1830, un autre de quarante francs le 20 octobre 1830, un secours de quarante francs le 3 novembre, un autre secours de quarante francs, le 10 novembre 1830, un secours de quarante francs, le 22 novembre 1830, un secours de cinquante francs, le 29 novembre 1830, un secours de cinquante francs, le 13 décembre 1830, un secours de cinquante francs, le 20 décembre 1830, un secours de cinquante francs, le 10 janvier 1831, un secours de cinquante francs, le 31 janvier 1831, un secours de quarante francs, le 14 février 1831, un secours de quarante francs, le 28 février 1831, un secours de quarante francs, le 16 mars 1831, un secours de quarante francs, le 28 mars 1831, un secours de quarante francs, le 11 avril 1831, un secours de trente francs, le 25 avril 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 9 mai 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 2 juin 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 25 juin 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 1er août 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 1er septembre 1831, un secours de vingt-cinq francs, le 1er octobre 1831, auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales des anciens VIe et VIIe arrondissements. Il était porteur du certificat suivant : « Le commandant supérieur de l’Ecole militaire, ex-colonel du 7e régiment de la garde impériale, certifie à tout qu’il appartiendra que le sieur Simon, Jean, Antoine, sergent sapeur, a servi sous mes ordres ; que sa conduite dans plusieurs affaires avait été tellement louable que je lui rendis la justice de le porter pour l’obtention de la décoration de la Légion d’honneur, qu’il ne reçut point à cause des événements qui amenèrent la Restauration. Les faits d’armes dudit sieur Simon, avant le 28 juillet, lui méritaient cette décoration mais cette journée dans laquelle il fut blessé pour le triomphe de la liberté ajoute incontestablement à ses droits. » Signé, le 10 août 1830 : Pailhès (voir Pailhès baron, Antoine). Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et il apparaît aussi sur les listes de décorés de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIe arrondissement (mais pas dans la liste officielle de Archives nationales F/1dIII/39). Le jury médical, chargé de juger la nature et les conséquences des blessures pour chacun des blessés, donna à son sujet les conclusions suivantes : « A été atteint d’une blessure par arme à feu au bras gauche, de la partie antérieure et inférieure vers la partie postérieure, avec atteinte superficielle à l’humérus, cicatrisée mais avec quelques difficultés et quelques douleurs dans les mouvements du membre. En conséquence, nous estimons qu’il a été atteint d’une blessure qui a entraîné une incapacité durable mais incomplète d’un membre et qu’il doit être rangé dans la troisième classe des blessés. » Il fut admis dans la 3e classe des blessés auprès des mairies des (anciens) VIe et VIIe arrondissement et pensionné de trois cents francs. Il reçut de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rente perpétuelle de soixante-quinze francs. En 1830, il était porte-drapeau du 1er bataillon de la VIe légion de la garde nationale et, en 1830 sergent, en 1831, caporal à la 2e compagnie du 1er bataillon de cette même légion. Il apostilla la lettre adressée, le 25 janvier 1831, par Remy, Jean-Pierre, à la Commission des récompenses nationales, pour obtenir un grade de maréchal des logis dans la garde municipale en récompense de sa conduite en juillet ; de la même manière, il avait signé, le 18 septembre 1830, en faveur de ce dernier un certificat de bonnes vie et mœurs. Si la loi du 13 décembre 1830 instaura les récompenses de Juillet, une ordonnance, en date du 30 avril 1831, voulut changer les règles de la distribution et stipuler, entre autres, que la Croix de Juillet porterait gravée la légende Donné par le roi des Français, que la couleur du ruban serait bleue avec des lisérés rouges et que les citoyens décorés de la Croix de Juillet prêteraient serment de fidélité au roi des Français, et d’obéissance à la charte constitutionnelle et aux lois du royaume. Cette nouvelle ordonnance souleva des protestations chez les décorés de Juillet. Ces derniers trouvaient en effet cocasse de prêter serment à un roi qui, lui, n’avait pas combattu sur les barricades ! Et le journal la Révolution de demander : « Que parlez-vous donc de serment à des gens qui vous ont fait ce que vous êtes, et qui seraient plutôt en droit de vous demander compte de vos promesses...? » Alexandre Dumas, quant à lui, dans ses Mémoires, ajoutait la précision suivante : « Le droit acquis à la place de Grève, au Louvre et à la caserne de Babylone, est antérieur à tous autres droits : on ne peut, sans tomber dans l’absurde, supposer la décoration donnée par un roi qui n’existait point à cette époque, et pour la personne duquel, nous l’avouons hautement, nous ne nous battions point alors. » Une réunion eut lieu, à ce sujet, le 6 mai 1831, dans la salle de la Grande Chaumière, passage du Saumon, qui réunit un millier de décorés. Elle fut présidée par Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), avocat et qui représentait le (ancien) VIIe arrondissement. Avec au bureau : Lamoure (voir Lamoure, Auguste), représentant le (ancien) Ier arrondissement ; Arago (voir Arago, Etienne, Vincent), représentant le (ancien) IIe arrondissement ; Trélat (voir Trélat, Ulysse), représentant le (ancien) IIIe arrondissement ; Moussette (voir Moussette, Paul, Benoît), représentant le (ancien) IVe arrondissement ; Higonet (voir Higonet, Guillaume, Philippe, Joseph), représentant le (ancien) Ve arrondissement ; Bastide (voir Bastide, Jules), représentant le (ancien) VIe arrondissement ; Garnier-Pagès (voir Garnier dit Pagès, Etienne, Joseph, Louis), représentant le (ancien) VIIe arrondissement ; Villeret (voir Villeret, Antoine, Médéric ), représentant le (ancien) VIIIe arrondissement ; Gréau (voir Gréau, Anne, Louis), représentant le (ancien) IXe arrondissement ; Cavaignac (voir Cavaignac, Godefroy, Jacques, Eléonore), représentant le (ancien) Xe arrondissement ; Raspail (voir Raspail, François, Vincent), représentant le (ancien) XIe arrondissement ; Bavoux (voir Bavoux, François, Nicolas), représentant le (ancien) XIIe arrondissement ; Geibel (voir Geibel, Antoine, Benoit), représentant le (ancien) XIIIe arrondissement (arrondissement de Saint-Denis) ; Dumas (voir Dumas, Alexandre), représentant le (ancien) XIVe arrondissement (arrondissement de Sceaux). Voici comment Le Constitutionnel, du 7 mai 1831, rapporta le déroulement de cette réunion : « Les citoyens désignés pour la décoration de Juillet avaient été invités à se rendre aujourd’hui à la Grande-Chaumière, passage du Saumon, pour délibérer sur plusieurs questions relatives aux dispositions de l’ordonnance du 30 avril, qui détermine la couleur du ruban, décide que ces mots donné par le roi seront inscrits sur la décoration et prescrit un serment aux citoyens désignés. La réunion était très nombreuse. Un projet de résolution a été mis aux voix, article par article, et adopté sans discussion et sans réclamation. Voici l’acte proposé à l’approbation de l’assemblée : “Considérant que le serment en France ne peut être demandé que par une loi ; que nul article de la loi du 13 décembre 1830, qui a institué la décoration de Juillet, ne prescrit de serment ; que reconnaître au gouvernement le droit d’imposer une condition quelconque en dehors de la loi du 13 décembre 1830 ce serait lui reconnaître celui de modifier arbitrairement cette loi, et par conséquence de refuser les décorations acquises ou d’en distribuer de nouvelles sans le concours de la Commission ; que le roi, comme représentant de la nation, peut remettre aux décorés de Juillet, qui alors la recevraient de sa main, l’étoile qu’ils doivent porter mais que rien de l’autorise à la donner en son nom ; que ces mots donné par le roi, changeraient la nature de la récompense, qui cesserait d’être une récompense nationale, pour devenir une faveur royale ; que les faits à raison desquels la décoration a été instituée sont antérieurs à l’existence même du gouvernement du roi ; que le seul serment à exiger, en ce cas, serait celui de fidélité aux principes qui ont mis les armes à la main et valu la décoration nationale. Par ces motifs, les citoyens présents à la délibération s’engagent à ne pas se soumettre à la condition du serment, qu’ils considèrent comme illégale. Ils s’engagent, en outre, à porter immédiatement, après la décision prise par l’assemblée, la décoration spéciale, telle qu’elle a été fabriquée sur le modèle donné par la Commission.” La commission qui avait rédigé cette déclaration étant d’avis qu’il ne convenait pas à des citoyens, surtout à des citoyens de Juillet, d’attacher de l’importance à la couleur d’un ruban, le premier article a été adopté à la presque unanimité. Sur la question de l’inscription Donné par le roi, il a été clairement expliqué qu’il ne pouvait être dans la pensée d’aucun des patriotes de Juillet de refuser la décoration de la main du roi, et que la résolution n’était proposée que dans l’intérêt des principes et de la loi. La troisième question, celle du serment, a été résolue pour des motifs semblables. L’ordre le plus parfait a été observé dans cette délibération. Parmi cette élite des patriotes de Juillet, plusieurs portaient des marques glorieuses de leur courage. On a distingué avec intérêt un vieux citoyen (voir Decombis, Antoine) blessé une première fois, le 14 juillet 1789, devant la Bastille, et blessé de nouveau, le 28 juillet 1830, devant l’Hôtel de ville. Il avait obtenu la médaille commémorative de la victoire du 14 juillet 1789. Toute l’assemblée s’est empressée de rendre honneur à ce vétéran de la liberté. La séance levée, plusieurs des assistants se sont empressés de se séparer du ruban bleu bordé de rouge. Une quête a été faite au profit des détenus politiques. » Il fut cependant l’un des signataires (voir la liste des signataires à Fribourg, François) de la pétition suivante, qui protestait contre les différentes contestations qui repoussaient les délais de remise des décorations : « Sire, les combattants de Juillet s’attendent depuis longtemps à voir briller sur leur poitrine un signe de liberté et d’honneur. La Commission des récompenses nationales avait arrêté le modèle des décorations et même le ruban, il était rouge avec deux raies noires. Elle avait voulu sans doute, par un signe perpétuel de deuil, rappeler le souvenir de nos braves camarades qui ont succombé dans la glorieuse lutte de la liberté contre le despotisme. Cette décision a reçu son exécution, la croix et le ruban ont été fabriqués et, la Commission ayant terminé son travail, rien ne s’oppose à ce que les décorations soient distribuées dans les premiers jours de mai et que cette distribution soit l’épisode le plus glorieux de la fête de Votre Majesté. Mais, Sire, il n’en n’est pas ainsi : on croit aujourd’hui devoir ôter de la décoration les mots qui la caractérisent, la date de nos immortelles journées, changer la couleur du ruban et prolonger ainsi indéfiniment l’exécution des promesses sacrées. Les blessés et tous les combattants de Juillet sont persuadés, Sire, que vous ignorez ces misérables tracasseries et que jamais vous n’avez eu l’intention de déprécier une récompense acquise au prix de leur sang et d’empoisonner ainsi la joie qu’ils éprouvent de recevoir de votre main un signe si glorieux. Ils vous supplient, Sire, de donner des ordres pour que rien ne soit changé aux dispositions arrêtées par la Commission et déjà exécutées et de fixer le jour le plus prochain pour cette distribution. Ils sont, Sire, de Votre Majesté, les très fidèles sujets. » Il participa à l’émeute des 5 et 6 juin 1832, un des premiers travailla aux barricades, fut arrêté et emprisonné. Puis ses coaccusés, restés en prison, le virent libéré et, le 26 septembre 1832, entré aux Invalides. Il comparut, en octobre 1832 devant la cour d’assises de la Seine pour témoigner contre ses anciens camarades. Voici comment ses dépositions furent retranscrites dans les journaux : « M. Simon père, décoré de la Croix de Juillet, se présente revêtu de l’uniforme des invalides ; il déclare avoir été admis à l’hôtel il y a un mois : “J’ai été, dit-il, victime de la révolution de juin par un zèle mal interprété ; je fus incarcéré pendant une quarantaine de jours, mais j’en suis sorti blanc, je l’espère, comme neige. Enfin, bref, pour ne plus parler de moi, je vous dirai que le 5 juin j’ai vu des personnes aller et venir de la rue dans le café Fournier ; quand une victime tombait, on applaudissait du café, j’ai vu madame Alexandre descendre du bouillon dans lequel il y avait du vin à ceux qui étaient dans la barricade.” M. le président. Vous étiez le 5 avec le rassemblement qui a formé la barricade ? R. Oui, j’étais convoqué pour me réunir à ma compagnie à l’hôtel Jabach, où j’arrivai le premier. Après il vint à passer un général… Quand je dis un général, c’était un général de façon… Il boitait de la jambe gauche, avait des favoris blancs et un béquillon à la main ; il avait des graines d’épinards sur un frac. Cet homme dit aux jeunes gens qui étaient assemblés : “Allons, mes amis, voilà le moment, faisons une barricade.” Je vous avoue, Monsieur, que, si je n’avais pas craint de salir mon habit de garde national, j’aurais fait la barricade, croyant travailler pour le Gouvernement actuel ; car je porte avec honneur ma décoration de Juillet, celle-là n’a jamais fléchi. (Le témoin ajoute qu’il déposa son fusil le long du mur, et aida à faire la barricade ; il dit enfin que, voyant le danger croître, il se retira chez lui et s’y enferma.) M. le président. Vous voyez de chez vous la maison où est l’établissement de Fournier ? R. Oui, car les fenêtres de mon fils plongent dessus. – D. Entrait-il beaucoup de personnes armées ? R. Je n’ai vu qu’un individu le 6, qui avait des pistolets. – D. Quelles étaient les personnes que vous avez vues sur le balcon ? Le témoin. On ne peut pas monter sur le balcon ; mais sur croisées j’ai vu deux dames et cinq ou six hommes faire des signaux aux hommes de la barricade, tantôt avec un mouchoir blanc, tantôt avec un journal. – M. le président. Avez-vous vu distribuer des cartouches ? Le témoin. Un jeune homme montait souvent dans l’estaminet et en descendait des cartouches. j’ai bien vu Mlle Alexandre qui applaudissait quand un garde national ou un homme de la ligne, une victime enfin, tombait. La demoiselle Alexandre. C’est faux, ça n’est pas croyable. Rossignol. Je m’abstiendrai de répondre. pour deux raisons : la première, c’est que Simon a été notre co-accusé, et que depuis il a été admis aux Invalides. M. le président. C’est un ancien militaire. Me Boussi. Oui, qui avait servi en 92, et qui n’a été admis aux Invalides qu’en 1832. M. le président au témoin. A quelle époque avez-vous demandé à entrer aux Invalides ? R. Dès le 8 août 1830. M. le président, à Rossignol. Qu’avez-vous à dire sur cette déposition ? Rossignol. Je vous ai déjà dit, M. le président, pourquoi je ne voulais pas répondre. Ce que j’ai dit du témoin me suffit. Jeanne. Et moi, M. le président, je demande la parole. (Avec un accent concentré) : Qu’un homme compromis dans une poursuite criminelle emploie tous les moyens pour s’en tirer, je le conçois ; mais ce que je ne conçois pas, ce qui bouleverse ma pensée et m’enlève jusqu’à la faculté de l’exprimer, c’est de voir cet homme, cet homme qui est là, cet homme qui s’est battu avec nous le 5, qui s’est battu avec nous le 6, venir accuser lâchement des hommes dont il devrait au moins respecter l’infortune. L’accusé est vivement ému ; il reste quelques instants silencieux, puis il ajoute : M. le président, qu’on entende tout le quartier, et vous saurez que le 5 ce Simon a contribué à ériger la barricade ; vous saurez que le 5 jusqu’à onze heures du soir, il s’est battu avec nous… là, à côté de moi. Le lendemain, dès cinq heures du matin, il est revenu : il s’est encore battu à côté de moi, et je l’adjure ici de le déclarer ; il me disait, en faisant le coup de feu avec moi : “Allons, mon vieux (il me connaissait depuis les journées de juillet) allons, mon vieux !... (passez-moi l’expression), nous allons leur en f… à ces gueulards-là... Tiens, mon vieux ! mon fils… il est là à côté qui se peigne dur, et ma vieille, elle est aussi là qui fait des cartouches ; toute la famille s’en mêle.” Voilà ce qu’il disait. Cet homme s’est retiré à onze heures du matin ; il a eu peur… c’est un lâche ! Ces paroles, prononcées par Jeanne avec une énergie peu commune, excitent dans tout l’auditoire un mouvement impossible à décrire ; des applaudissements se font entendre et sont aussitôt comprimés. Mais les efforts de Jeanne ont épuisé ses forces, il tremble, ses jambes le soutiennent à peine, ses yeux sont humides de larmes. Plusieurs de ses coaccusés et quelques membres du barreau l’entourent, et lui prodiguent des secours. Ses dents claquent avec force les unes contre les autres. Il s’assied. M. le président, dit-il d’une voix affaiblie par l’émotion qui l’agite, je vous demande un instant de repos. L’audience est suspendue quelques instants. L’audience est reprise. Un juré.. Nous voudrions savoir à quelle époque remonte la déclaration de Simon. M. le président. Il y en a trois : La première est du 6 juin. Me Saunières. Cette déclaration est bien succincte. Simon est rappelé. M. le président. On prétend que vous n’étiez pas chez vous le 6 ? R. J’étais chez mon fils ; c’est là que j’ai appris que le juif polonais Grimbert s’était présenté chez moi pour prendre mon fusil. Grimbert C’est une chose possible. Conilleau. Le 6, je descendis la rue Saint-Martin ; j’ai vu M. Simon qui tirait, vers 10 ou 11 heures, dans la rue Saint-Martin. Simon. Ces messieurs sont opiniâtres envers moi. (Pendant cette partie du débat, Jeanne arrache sa décoration de Juillet, et la jette à ses pieds avec un vif mouvement de colère et de dédain prononcés.) » En 1841 et 1842, il sollicita des secours, afin de venir en aide à sa femme, âgée et presque aveugle, Dorval, Anne, Marie, Adélaïde. En 1842, il était « estimé de ses chefs » et occupait la fonction de gardien depuis seize mois au pont de l’allée d’Antin aux Champs-Elysées. Il reçut un secours de quarante francs en 1841, un secours de quarante francs en 1842, un secours de vingt-cinq francs et un autre secours de quarante francs en 1843, et secours de vingt-cinq francs en 1844. En 1845, la police donna sur son compte les renseignements suivants : « Ce ménage est bien considéré et mérite intérêt sous tous les rapports. » Il reçut un secours de quarante francs en 1845, et de la même somme en 1846. En 1847, il venait de perdre son emploi de gardien au pont des Invalides aux Champs-Elysées et sollicita un secours pour sa femme, aveugle depuis 1842. Il reçut un nouveau secours de vingt-cinq francs en 1847, et de quarante francs en 1848. En 1849, la police obtint les mêmes « bons renseignements sur sa conduite ». Il toucha cinquante francs de secours en 1849, à titre de décoré de la Croix de Juillet, un secours de la même somme en 1850 et en 1852, un secours de cinquante francs en 1853, un secours de cinquante francs en 1854. Il s’était marié, le 23 messidor an V, à Dorval, Anne, Marie, Adélaïde, qui mourut en 1852. Il signait ses pétitions des trois points maçonniques. Il demeurait 28, rue Maubuée en 1830-1831 (28, place maubert mais par erreur dans les listes du Constitutionnel ; 38, rue Maubuée in Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, VI Extrait du registre contenant les décisions du jury médical à la Commission des récompenses nationales, in Archives nationales F/1 dIII/36 et in Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; bien 28, rue Maubuée in Archives de Paris VD6 360 n° 5, III, Enregistrement des bons délivrés etc. et in Archives de Paris VD6 360 n° 5, V-VI etc. et in Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Barbier, Jean, Nicolas dans le certificat qu’il signe ; 28, rue Saint-Martin dans le certificat qu’il signe en 1830 in Archives de la préfecture de police AA 410 in dossier Remy, Jean-Pierre) ; son épouse 162, rue de Grenelle au Gros Caillou en 1842 ; 168, rue de Grenelle-Saint-Germain en 1845 ; 15, rue de la Comète en 1847-1849 ; 8, rue et impasse de Grenelle (en face de la buanderie) et 14, rue des Bourguignons en 1849-1854 ; hôtel des Invalides, 6e division en 1852 in Archives de la préfecture de police AA 369, minutes 238-242. Le Nouveau Journal de Paris, du 30 juillet 1830, L’Histoire de la mémorable semaine de juillet 1830, avec les principaux traits de courage, de patriotisme et d’humanité qui ont brillé au milieu de ces grands événements, et un appendice de ce qui s’est passé jusqu’à la proclamation de Louis-Philippe Ier, par Ch. Laumier, seconde édition, Paris, Blanchard, 1830, p. 172-173, et Détails officiels de tous les événements qui ont eu lieu dans Paris dans les journées mémorables des 27, 28 et 29 juillet, deuxième édition, revue et corrigée, Paris, chez Gauthier éditeur, rue Mazarine n° 49, Vézard, libraire, passage Choiseul n° 46, p. 14 ; L’Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 102 ; L’Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 82 ; Premier état, arrêté le 19 août 1830, des secours distribués par Le Constitutionnel (deux fois cité dont une fois sous le seul nom de Simon) ; Liste des morts, des blessés, des veuves et des orphelins, 2e édition, Paris, chez A. Barbier, imprimeur, rue des Marais S.-C., 17, 1830, p. 45 (deux fois cité) ; Journées des 27, 28 et 29 juillet, liste des morts, des blessés, des veuves, des orphelins, Paris, A. Boulland, 1830, p. 49-50 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du VIe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 102 ; Archives de Paris VD6 371 n° 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 356 n° 5 et Commission des récompenses nationales, compte général des recettes et dépenses depuis le 7 octobre 1830 jusqu’au 31 octobre 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 360 n° 5, mairie du (ancien) VIe arrondissement, II, Liste d’incapacité de travail, idem même référence III, Enregistrement des bons délivrés par MM. les membres de la Commission des blessés, contenant autorisation de délivrer des secours aux veuves, orphelins et blessés, sur le fonds de dix mille francs reçu à cet effet de la préfecture par M. Caius, maire du (ancien) VIe arrondissement et sur les souscriptions déposées entre les mains de M. Grondard, trésorier, idem même référence V-VI Renseignements sur diverses victimes des 27, 28 et 29 juillet 1830, tuées ou blessées, V Compte général des dépenses de la Commission des récompenses nationales du 7 octobre 1830 au 31 octobre 1831 (blessés pensionnaires), idem même référence VI Extrait du registre contenant les décisions du jury médical à la Commission des récompenses nationales, idem même référence VII Répartition des fonds de la souscription nationale, inscription des blessés ; Archives de Paris VK3 47 (couverture du dossier Louis et couverture du dossier Lusia, Joseph) ; Archives nationales F/1dIII/33 dossier indemnités et récompenses, envoi du 5 octobre 1830 du ministre de l’Intérieur à la Commission des récompenses nationales ; Archives nationales F/1dIII/35 B, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/76 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) VIe arrondissement, blessés de 3e classe ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Barbier, Jean, Nicolas, idem AA 410 in dossier Remy, Jean-Pierre ; Le Constitutionnel, 7 mai 1831 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, huitième série, nouvelle édition, Paris chez Lévy frères, 1869, pp. 162-166 ; Archives nationales F/9/1154 Protestations ; Archives de la préfecture de police AA 369, Proposition d’accorder à 113 décorés, médaillés, blessés ou combattants de Juillet et veuves de Juillet, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant ensemble à la somme de 6495 francs, budget de l’Intérieur, exercice 1849, minute 63-65, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem Proposition d’accorder à 139 décorés, veuves et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 7.125 francs imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 238-242, en date du 23 septembre 1852. Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832, p. 32-34, 103.

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