Soulan, Pierre, François
Biographie
Né le 29 janvier 1782 à Montauban (Tarn-et-Garonne). Ancien militaire et employé aux armées de 1802 jusqu’en 1814, et depuis employé à la grande Chancellerie de la Légion d’honneur. En date du 20 mai 1825, son chef de bureau à la grande Chancellerie, Bascher de Boisgely, sollicita en sa faveur la décoration de la Légion d’honneur, dans une lettre adressée au ministère de l’Intérieur : « M. le comte de Villèle, qui connaît la famille de M. Soulan, a bien voulu s’intéresser au succès d’une demande de la décoration de la chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, présentée par M. Soulan, Pierre, François, et Son Excellence a dû en parler à M. le comte de Corbière. M. Soulan, employé dans mon bureau, appuie sa pétition d’anciens services administratifs aux armées et fait partie depuis dix ans de la 4e compagnie du 4e bataillon de la IVe légion de la garde nationale de Paris, dans laquelle il est aujourd’hui sergent. L’intérêt que je prends à M. Soulan vous paraîtra sans doute naturel puisqu’il partage mes travaux dans le bureau qui m’est confié, et s’il vous est possible d’appuyer sa demande de toute votre influence, je vous en aurai une obligation personnelle. » Il parut, un des premiers, en uniforme de garde national, décrivant ainsi sa participation aux combats : « Ce fut lui qui, après une exhortation énergique, détermina ses jeunes concitoyens à franchir la barricade de l’Arcade de la cour des Fontaines, pour attaquer le poste de la garde royale, placé rue du Lycée. Après s’en être emparé et avoir fait quatre prisonniers, qu’il sauva de la fureur du peuple, il marcha vers la colonne victorieuse qui débouchait du Louvre et la guida sur le point important du Palais-Royal, où la présence de ces braves mit fin au combat, en provoquant la retraite des soldats sur le château des Tuileries. Il était au nombre des citoyens qui entouraient et protégeaient l’honorable M. Casimir Perier, se rendant à l’assemblée des députés, rue du Faubourg-Poissonnière, et fut assez heureux pour lui prêter son bras pour le soutenir dans ce trajet. » Le Constitutionnel du 12 août 1830 rapporta sa conduite dans la rue du Lycée : Soulan fit selon ce journal, « quatre prisonniers, et s’est ensuite montré sur tous les points attaqués ». Il reçut, après la révolution, des secours (sans que ni la date ni le montant soient précisés) auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il était porteur d’un certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, certifions avoir vu dans la soirée du 27 juillet dernier, M. Soulan […], animé par le zèle que lui faisait éprouver l’intérêt qui lui inspirait la cause qu’il avait embrassée contre les attentats de l’ancien gouvernement, réunir autant qu’il était en lui et exciter par ses discours le peuple à prendre les armes pour la défense de nos libertés menacées. Que le lendemain 28, il parut revêtu de son uniforme de garde national, que personne n’osait encore reprendre et que, dans cet état, il s’est transporté à la mairie pour y demander des armes et des munitions pour les personnes qu’il avait réunies à l’effet de repousser la force armée qui se présentait pour exécuter les projets criminels qui nous menaçaient. » Signé, le 24 août 1830 : Caplain-Toutin, demeurant 15, rue Saint-Honoré ; Jourdain, professeur de mathématiques, demeurant passage de Radzin illisible ; Mettez, peintre, demeurant 39, rue Croix-des-Petits-Champs ; Dorly, marchand de draps, demeurant 51, rue Saint-Honoré ; Gramond, marchand de parapluies, demeurant 104, rue Saint-Honoré ; Legendre, épicier, demeurant 45, rue Saint-Honoré ; Neuhoff illisible, demeurant 24, rue des Deux-Ecus ; Capelle chez Cadet, 108, rue Saint-Honoré ; Meymac, J., demeurant 3, rue Babille ; Gournaud illisible, marchand de vins, demeurant 1, rue dauphine ; Malmeja, demeurant 31, rue de Grenelle ; Lemouton ou Mouton, demeurant 21, rue Croix-des-Petits-Champs. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IVe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IVe arrondissement, « récompense, expliquait-il, qui me fut décernée pour des traits d’humanité que je plus à rendre dans ces trois mémorables journées ». Mons invoquait son témoignage pour l’avoir vu combattre en juillet 1830. En 1830, il était sergent dans la IVe légion de la garde nationale. Sa médaille lui fut délivrée le 29 juin, et son brevet le 10 août 1831. En 1835, il fut licencié avec d’autres, « par suite d’une mesure d’économie » des bureaux de la grande Chancellerie de la Légion d’honneur. En 1838, il sollicita un secours, qui, expliquait-il « me servira à retirer du mont-de-piété une petite partie de mes effets et d’entreprendre ensuite un long et pénible voyage pour revenir dans mon pays natal à Montauban, auprès de mes parents, qui m’aideront, je l’espère, à sortir de l’extrême embarras où je me trouve sans l’avoir mérité ». Il reçut un secours de cinquante francs en 1838, de quatre-vingt-dix francs en 1839, de vingt-cinq francs en 1840. En 1841, il occupait les fonctions temporaires de commissaire recenseur de la population, et le maire du IVe arrondissement précisait à son sujet : « Je puis vous assurer qu’il est réellement au nombre des décorés nécessiteux. » Il reçut un secours de quarante francs en 1841, un secours de quarante francs et un autre de vingt-cinq francs en 1842, un secours de quarante francs en 1843. Il sollicita de nouveau des secours en 1845 et 1846 ; une note le concernant précisait qu’il était présentait de l’intérêt, qu’il était dans une position on ne pouvait plus nécessiteuse, qu’il avait tous ses effets au mont-de-piété et qu’il ne vivait que de petites écritures au Palais de justice. Il reçut un secours de de quarante francs en 1844, un secours de vingt-cinq francs en 1845, un secours de quarante francs et un autre de vingt-cinq francs en 1846. Il fit partie d’une délégation de décorés de Juillet (vers 1846), qui se plaignirent que, quoique pauvres, ils n’avaient reçu aucun don à l’occasion des fêtes anniversaires de la révolution. Cette délégation fit parvenir au roi la lettre suivante (dont nous avons tenté de rétablir le sens et l’orthographe défaillants, N.D.A.)
« A Sa Majesté, le roi des Français,
»Sire,
»Messieurs les décorés de Juillet se font l’honneur de déposer aux pieds de Votre Auguste Personne leurs hommages et leurs souvenirs. Dans ce jour louable où nos bras et nos cœurs ont fait triompher la sainte cause populaire, nous venons de nouveau déposer dans le sein de Votre Auguste Personne et Famille notre honneur et nos serments. Nous, Sire, qui tant de souvenirs de Votre Auguste Personne ont de longtemps versé dans la coupe du malheur et de l’infortune le ruisseau du bienfait, nous venons déposer dans le cœur du père de la patrie, nos souffrances, nos privations et nos manques de travaux. Car si juillet est un jour de gloire, serait-il pour nous un jour de souffrance et de misère de plus ? non, Sire, votre âme et votre cœur généreux ne pourront souffrir que les triomphateurs d’une cause si belle et si juste soient à la poignée (sic) de la misère et de la souffrance. Sire, le trône de Juillet sur lequel sont placés Votre Personne Auguste et vos généreux enfants est l’arche sainte du peuple français, sur lequel l’âme et le cœur du roi brillent de la douceur et du feu de la liberté. Mal à qui y pense et malheur à qui y touche. Sire, ces héros, dont tant de fois on chanta la gloire, seraient-il oubliés par vous. Laisserait-on ces généreux enfants mourir de misère et de faim. Votre âme est trop belle pour nous priver de notre belle patrie. Car la patrie à l’ouvrier laisse le travail, c’est là son honneur ! Nous qui sommes des hommes de famille, nous qui sommes les héros de Juillet et le soutien de la monarchie présente et à venir, nous sommes pauvres, nous n’avons pu faire aucune économie cet été, par le manque de travaux, les substances chères, les loyers d’une cherté colossale et sans remise. Voilà la misère de ces héros, dont tant de fois on chanta la gloire. Sire, nous avons l’espérance que nos cris de détresse seront entendus par Votre Auguste Personne et généreux enfants et que le père de la patrie n’oubliera pas les héros de Juillet, que notre recommandation et supplique ne sera pas oubliée, que votre faveur y fera droit et justice. Vive le roi et la sainte cause de notre liberté. » (Voir la liste des signataires à Blanchard, Charles). En 1847, une note de police le présentait toujours « dans une position gênée […] mais il a à sa charge sa sœur âgée de soixante-seize ans et infirme. Il est favorablement représenté sous tous les rapports. » Il reçut un secours de de quarante francs en 1847, puis de quarante francs en 1848. En 1849, la police rapportait sur son compte qu’il tenait une bonne conduite et avait une bonne moralité. Il reçut un secours de soixante francs en 1849, à titre de médaillé de Juillet, un secours de cinquante francs en 1850. En 1851, ayant à sa charge sa vieille sœur atteinte de surdité et presque aveugle il reçut un secours de cent cinquante francs. En 1853, à l’occasion d’une demande de secours, il assura le gouvernement impérial de son soutien, expressions qui « partent du cœur d’un honnête homme, qui a toujours donné dans toutes les circonstances des preuves de son admiration pour les membres de cette illustre famille. Il y a deux ans environ, M. le colonel Vandrey voulut bien m’admettre auprès de lui, où je lui fis connaître mon opinion, en lui présentant une image que je possédais depuis le règne de Louis XVIII, qui valut à son auteur cinq ans de prison et dix mille francs d’amende. Cette relique m’était bien chère, puisqu’elle représentait le sacré-cœur de Jésus et, vu au transparent du jour, il s’effaçait pour faire apparaître les traits de l’Empereur Napoléon, placé au milieu entre son épouse et son fils, entouré des attributs impériaux. Je priai M. le colonel Vaudrey de la présenter à Monsieur le président de la république, aujourd’hui notre empereur ; n’ayant reçu aucune réponse, j’écrivis au mois de mars dernier à M. le général Roquet pour lui rappeler cette circonstance, mais cette lettre est restée également sans réponse. Ce silence m’a bien affligé puisque lors des trois journées de Juillet, je n’ai point balancé à prendre les armes pour défendre les droits sacrés du duc de Reichstadt, héritier présomptif du Grand Empereur, mort victime de ses ennemis, et mon dévouement et ma vénération pour ce grand homme me firent perdre un emploi que j’occupais dans les bureaux de la grande Chancellerie de la Légion d’honneur, qui était ma seule ressource ; mais, par mes justes réclamations auprès du Conseil d’Etat, je fus assez heureux d’obtenir, à l’unanimité de ce corps éminent, une pension de retraite, que la grande Chancellerie me liquida à raison de sept cent quarante-quatre francs par an, au lieu de mille francs qui me revenaient, d’après les retenues qu’on a exercées sur mes appointements pendant le temps où j’étais employé dans l’administration supérieure. Depuis cette époque j’ai fait toutes les démarches possibles pour obtenir un emploi ou de l’occupation. Mais l’âge avancé où je suis, ayant soixante et onze ans, a été sans doute la cause que je n’ai pu en trouver, ce qui me place dans une des positions les plus tristes, après avoir contracté des dettes, pour secourir deux frères malheureux ainsi qu’une sœur âgée de soixante-dix-neuf ans, atteinte de surdité et presque aveugle, décédée à l’hospice de vieillesse femmes, il y a quatre ans. » Il reçut un secours de cent francs en 1852, un secours de soixante-quinze en 1853. Il demeurait dans le IVe arrondissement depuis 1814 ; 14, rue de la Limace en 1830 (43, rue de la Limace en 1830 sur les listes de la mairie in Archives de Paris VD6 288 n° 7) ; 11, rue Saint-Honoré en 1831 in Archives nationales F/1dIII/39 ; 14, rue de la Limace en 1831 sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/35 A mais 15, rue Saint-Honoré chez M. Caplain (voir plus haut) in Archives de Paris VD6 278 dans une lettre qu’il signe ; 11, rue du Fouarre en 1838 ; 27, rue de la Calandre chez M. Babaz, de 1839 à 1847 ; et pourtant 67, rue Saint-Honoré en 1841 ; 21, rue de la Calandre vers 1846 ; 25, rue de la Calandre, un loyer annuel de cent vingt francs, en 1849 ; 27, rue de la Calandre, chez M. Chevrier, en 1850 ; 14, rue de la Licorne en 1851-1852 ; 8, rue du Moulinet à la barrière de Fontainebleau (Gentilly) en 1852-1853. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis1K4 2, Département de la Seine, IVe arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet, 1831 ; Archives de Paris VD6 278 ; Archives de Paris VD6 288 n° 7, (ancien) IVe arrondissement, Etat général contenant les noms, prénoms, âges, professions, demeures, états civils des victimes de la grande semaine, et les secours qui leur ont été donnés ; Archives nationales F/1dIII/35 A, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IVe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/68 in dossier Mons ; Archives nationales F/1dIII/76 ; Archives nationales F/1dIV/S/7 Récompenses honorifiques ; Archives nationales AB XIX 15 papiers des Tuileries, décorés de juillet 1830, citoyens qui ont pris part aux événements de 1830 ; Archives de la préfecture de police AA 369, Proposition d’accorder à 113 décorés, médaillés, blessés ou combattants de Juillet et veuves de Juillet, domiciliés dans le département de la Seine, des secours s’élevant ensemble à la somme de 6495 francs, budget de l’Intérieur, exercice 1849, minute 63-65, idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74, idem rapport du 3 septembre 1850, Allocation de secours s’élevant ensemble à 12.610 francs à 218 décorés ou blessés de juillet, 25 veuves de décorés et 1 ascendant de blessé de Juillet, minutes 129-134, idem, Proposition, en date du 11 septembre 1851, d’accorder à deux veuves de décoré de Juillet 1830 et à un décoré, des secours s’élevant ensemble à la somme de 600 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 200, idem Proposition d’accorder à 130 décorés, veuves et blessés de juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 7.510 francs, imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, minutes 225-229, en date du 19 juin 1852, idem Proposition d’accorder à dix-huit décorés et veuves de décorés de Juillet 1830 des secours s’élevant ensemble à 1.010 francs, minutes 275-276, en date du 28 février 1853.