Souliard, Jean

Biographie


Né le 17 brumaire an XIII à Paulhenc (Cantal), d’un sous-officier de l’Empire, ayant reçu trois blessures à l’armée. Ex-conducteur des messageries en 1830, il avait été durant deux ans employé chez Laffitte et Caillard, d’où il avait, assurait-il, « un bon certificat ». Il fut légèrement blessé d’un coup d’épée, le 29 juillet. Le 2 septembre 1830, il sollicita auprès de la Commission des récompenses nationales une place de courrier de malle-poste. Il joignait à sa demande, le certificat suivant : « Nous, soussignés, citoyens habitants de Paris, attestons qu’il est à notre connaissance que le sieur Souliard, Jean, âgé de vingt-cinq ans, ex-conducteur, demeurant rue Sainte-Anne, n° 11, s’est parfaitement bien conduit dans les mémorables journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, qu’il a fait preuve de bravoure et de patriotisme, que le 27 au soir, rue Neuve-des-Petits-Champs, voyant que des officiers de la garde royale entraînaient un garde national, ledit Souliard demanda à celui qu’on menait en prison si vraiment il avait quelque chose à craindre. Celui-ci répondit : Oui. Aussitôt ledit Souliard, armé de deux pistolets et d’une carabine, signifia au colonel qui était au nombre des officiers et du mouchard qui conduisait le garde national que s’ils ne le lâchaient pas il lui brûlerait la cervelle. Cette menace était sur le point de recevoir son exécution quand le prisonnier fut abandonné à son libérateur. C’est alors que ce garde national dit au sieur Souliard qu’il se nommait Cheval, boucher, rue de Rochechouart, n° 28 et remercia celui qui, par son courage, l’avait préservé des plus grands dangers. Le 28, ledit Souliard ne cessa de se battre contre les troupes royales. Il passa la nuit au coin de la rue Saint-Nicaise, où il était embusqué, faisant feu sur les soldats campés au bout de la rue de Rivoli, leur ayant fait un grand dommage. Le 29, il fut un des premiers qui entrèrent aux Tuileries. Au poste du Carrousel, il fut légèrement blessé d’un coup d’épée, mais il renversa d’un coup de pistolet l’officier qui l’avait blessé. Ledit Souliard a concouru à la prise du canon de 24 à Vaugirard. Il a fait la campagne de Rambouillet. » Signé le 15 août 1830 : Gibert-Arnaud, Jean, Joseph (voir de nom), ancien officier et homme de lettres, demeurant 5, rue Froidmanteau ; Bellon, conducteur, demeurant 10, rue Baillet ; Jacotin, demeurant 33, rue Coquillière ; Richard, ancien conducteur, demeurant 12, rue Beaurepaire ; Clément, conducteur, demeurant 21, rue du Bouloi ; Faure, demeurant 12, rue des Anglais ; Prault, Louis, François (voir ce nom), ancien lieutenant, « chef d’un des postes des Tuileries du 29 au 5 », demeurant 3, rue Froidmanteau ; Legay, sous-officier, demeurant 41, place Saint-Germain-l’Auxerrois ; Cambrone (sic), chevalier, capitaine d’infanterie ; Bourdon, capitaine, demeurant 49, rue Neuve-Saint-Roch. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Ier arrondissement. Il fut nommé sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté au 50e régiment de ligne. Il signa, le 21 septembre 1830, le certificat suivant en faveur de Othon, Marc, François, Isidore, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, citoyens habitants de Paris, attestons qu’il est à notre connaissance que M. Othon, Marc, François, Isidore, âgé de quarante-quatre ans, ancien militaire, membre de la Légion d’honneur, demeurant rue du Faubourg-Montmartre n° 30, est de bonnes vie et mœurs ; qu’il a combattu dans les rangs du peuple les 28, 29 juillet 1830 pour la cause de la liberté et de la patrie ; qu’il était à l’attaque et à la prise des Tuileries et qu’ensuite au Palais-Royal il a fait rendre les armes à une trentaine de soldats suisses et royaux, qu’il a empêchés d’être massacrés, en les faisant réfugier dans une maison de la rue Montpensier. Ledit Othon a montré beaucoup de bravoure et de modération et sa conduite ainsi que son dévouement national lui donnent des droits aux récompenses patriotiques et à l’estime de ses concitoyens. » Il signa, le 3 juillet 1832, à l’occasion de l’anniversaire des trois jours de Juillet, la pétition présentée au roi par Gibert-Arnaud, qui renouvelait, au nom d’un comité consultatif, sa demande, signée par plus de quarante décorés (auquel Gibert-Arnaud se flattait de pouvoir y ajouter six cent neuf autres noms), qu’on permît à chaque décoré de la médaille de Juillet de remplacer cette dernière par la croix du même ordre. Il reçut sa médaille et son brevet le5 février 1833. Pris à parti pendant les événements de Lyon en 1834, il témoigna devant la Cour des pairs (rechercher le témoignage dans AN CC ou version imprimée) et on trouve dans la presse de l’époque, L’Ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, le texte de sa déposition comme témoin sur la participation d’un des insurgés : « Souliard (Jean), âgé de 28 ans, postulant courrier. (On remarque dans la personne de ce témoin une ressemblance véritablement frappante avec M. l’avocat-général Chégaray.) Il dépose que le jeudi, 10 avril, il a trouvé la ville en insurrection. Il a éprouvé la plus grande difficulté pour s’introduire dans la ville ; m’étant avancé, dit-il, vers la poudrière, mon habit bourgeois me fit prendre pour un insurgé ; j’essuyai quelques coups de fusil de la troupe. Je me jetai dans une petite rue où je fus pris par quinze ou vingt insurgés qui me dirent : “Vous êtes le procureur du roi. Nous vous connaissons bien.” Je déclarai que non et je me réclamai de M. Guenaud, médecin ; sa femme seule était à la maison, elle ne me connaissait pas, mais on fit venir enfin M. Guenaud au poste de la rue Tholosan, où j’avais été conduit ; il déclara qu’il me connaissait et que si on me faisait le moindre mal, il cesserait de soigner les blessés. Les insurgés m’enfermèrent dans une chambre au troisième, au coin de la rue Tholosan ; lorsque je fus seul, je parvins à descendre dans la cour, mais il était nuit ; je ne pus trouver la porte de l’allée. J’entrai dans une chambre au rez-de-chaussée, chez la portière, et je demandai qu’on me laissât aller ; la portière me dit qu’elle était responsable, et que si je m’échappais, elle serait fusillée. Elle avertit les insurgés qui me poursuivirent dans l’escalier, me saisirent et me conduisirent au corps-de-garde ; là, on voulut me fusiller, me prenant toujours pour M. Chégaray. Déjà un jeune homme m’avait appuyé le canon de son fusil sur la poitrine ; mais un de ceux qui étaient là se jeta devant moi, et déclara que si on me fusillait, nous péririons ensemble ; c’est à sa généreuse intervention que je dus la vie. Je reconnais Roux pour l’avoir vu dans le poste, mais ce n’est pas lui qui voulait me fusiller. » Il mourut le 31 décembre 1838. En 1839, dans une demande de secours, la veuve Souliard, Jeanne, Marie, expliquait ainsi les causes du décès de son mari : « Mon mari était courrier des postes à Lyon. Dans les affaires de Lyon, il a été pris prisonnier par les insurgés, qui ont voulu le fusiller à cause de sa ressemblance avec le procureur du roi. A la Chambre de Paris, mon mari a témoigné dans les affaires d’avril ; il s’est toujours dévoué au gouvernement du roi. Enfin, courrier des postes à Paris, il est tombé malade et est mort malheureux après une maladie longue et ruineuse. » La police, quant à elle, rapportait sur la veuve et son mari : « […] Ne demeure plus depuis deux mois rue de la Barillerie, n° 31 ; elle loge et est employée comme demoiselle de boutique chez une dame Martin, marchande de mercerie, Grande-Rue n° 41 à La Villette. Elle est âgée de vingt-sept ans, sans enfant ; elle n’a pas d’autres ressources que son travail. On fait l’éloge de sa conduite. Son mari, conducteur à la direction des Postes, se trouvait à Lyon, à l’époque des troubles qui ont eu lieu dans cette ville. Arrêté par les insurgés, ce malheureux perdit la raison et il est mort, il y a cinq mois à l’hospice de Bicêtre. » Elle reçut un secours de cinquante francs en 1840, un secours de quarante francs en 1842. En 1842, un rapport de police précisait sur son compte : « […] Lingère. N’est nullement dans le besoin, quoiqu’elle ne gagne que un franc par jour, car elle n’a aucune charge. » Souliard demeurait 11, rue Sainte-Anne en juillet 1830 ; 5, rue Froimanteau chez M. Gibert (l’adresse de Gibert-Arnaud) en 1830-1831, puis « parti on ne sait où » sur un courrier envoyé par la mairie et retourné en 1831 (mais 54, rue Montmartre ou 64, rue Montmartre in Archives de Paris VK3 24 dans le registre qu’il signe en 1833) ; sa veuve demeurait 31, rue de la Barillerie au 6e étage en 1839 ; 41, Grand-Rue (c’est-à-dire 41, rue de Flandres) à La Villette par la suite en 1839. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des médaillés de Juillet ; Archives de Paris VD6 91 ; Archives de Paris VD6 92, liste des médaillés du (ancien) Ier arrondissement (sous le nom de Souillard, Jean) ; Archives de Paris VK3 24, département de la Seine, (ancien) Ier arrondissement, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 25 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille, (ancien) Ier arrondissement, idem même référence liste alphabétique des décorés de la médaille de Juillet ; Archives de Paris VK3 52 ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état de sous-officiers ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Ier arrondissement et lettres de Gibert-Arnaud ; Archives nationales F/1dIII/76 ; Archives de la préfecture de police AA 405 in dossier Othon, Marc, François, Isidore ; L’Ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, Paris, 1835, librairie ecclésiastique d’Ad. Le Clere et Cie, tome 85e, p. 365.

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