Tardieu, Pierre, Antoine

Biographie


Né le 9 mars 1784 à Paris, fils de Tardieu, Antoine, François, graveur. Graveur. On trouve dans le Dictionnaire des artistes de l’école française, de Ch. Cabet, la notice biographique suivante, le concernant : « Graveur-géographe. […] On lui doit plusieurs Cartes et Plans, d’après MM. de Humbolt, de Buch, Brousted, etc. L’Atlas, texte et dessin, de l’Histoire ancienne, de M. de Ségur; Plusieurs planches d’une Carte du comté du Mayo, en Irlande; La Carte des routes, de poste de l’empire, en 1811, exécutée par les ordres de Napoléon ; La Carte matrice du nouveau tarif des lettres, pour la direction des postes, etc. Plusieurs de ces ouvrages et une planche gravée sur acier ont valu à l’auteur une mention à l’exposition de l’industrie, en 1827. M. Tardieu prend des élèves chez lui. » Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « L’un des premiers en habits de garde national. A organisé la résistance légale. Commandant un détachement au Louvre, se tenait constamment en avant. Fut blessé grièvement à la jambe, remit alors son fusil à un autre brave pour s’en servir et se fit placer sur des décombres d’où il montrait le sang coulant abondamment de sa plaie, en engageant ceux qui l’avaient suivi au combat à le venger. Ce courage électrisa les braves qui en furent témoins. Il fut rapporté chez lui en triomphe. M. Tardieu est père de famille et l’un des citoyens les plus recommandables de l’arrondissement. » Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le 23 janvier 1831, il adressait la lettre suivante au président de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement, où il relatait sa vraie participation aux combats : « En réponse à votre demande, je vous dirai que la part active que j’ai prise aux événements de Juillet est bien minime. Comme beaucoup de monde, j’aurais désiré que Charles X gouvernât dans le sens des intérêts nationaux, qu’il tînt ses serments en donnant à la France le complément des institutions qui devaient loyalement dériver de la charte de Louis XVIII. J’ai toujours été libéral mais je n’ai pris part à aucune conspiration contre les Bourbons, sachant bien que tous les efforts partiels seraient inutiles pour les renverser, tant que la masse du peuple ne serait pas entraînée à se lever contre eux. A la publication des ordonnances du 25 juillet, je reconnus parfaitement que le moment de la lutte était enfin arrivé. Le peuple a pesé de tout son poids dans la balance et sa vengeance a tout fait. Etant sorti le matin du mercredi 28 juillet, j’engageai à prendre les armes toutes les personnes que je vis réunies en groupes. Comme je rentrai chez moi, vers les 10 heures, M. Thorin, ancien capitaine de la garde nationale, me pria de venir avec lui à la mairie pour tâcher de la réorganiser. Nous nous trouvâmes réunies environ une vingtaine de personnes et priâmes M. Cochin, maire, de donner des ordres pour que la garde nationale prît les armes pour la protection des personnes et des propriétés. Il nous répondit que le préfet n’était plus à l’Hôtel de ville, que, voulant y aller chercher des ordres, la fusillade l’avait forcé de rebrousser chemin, qu’il était sans direction et ne pouvait autoriser les citoyens à s’armer. On lui fit différentes objections et la conférence s’étant prolongée environ une demi-heure, sans résultat, impatient, je me levai et posant ma main sur la table : “Messieurs, m’écriai-je, je vous attends ici dans une heure, en uniforme et en armes, amenez tous ceux qui voudront vous accompagner.” Je sortis sur-le-champ, l’assemblée se leva et me suivit. Là, étaient présents M. Cochin et ses deux adjoints, M. Louis, Jean et Eugène Falleron ou Salleron, Thorin, Sterlingue, Passy, Gérardin, Jorry (voir Jorry, Sébastien, Louis, Gabriel), Noël Girard, Maës (voir Maës, Nicolas, Joseph) et je crois MM. Houette, Chuquet, Branville, Panis et plusieurs autres électeurs. Revenus en armes au bout d’une heure, nous trouvâmes la cour et les abords de la mairie remplis d’ouvriers, portant des drapeaux tricolores et venant demander des armes au maire. Ils enfoncèrent les portes de deux cabinets qui contenaient environ trois cents fusils du dépôt de l’ancienne XIIe légion et s’en emparèrent. Comme ils étaient en bien plus grand nombre, plusieurs d’entre eux, qui n’avaient pu en avoir, s’écrièrent qu’il fallait désarmer les gardes royaux de la caserne de l’Estrapade. Comme ma maison est mitoyenne avec cette caserne, je crus devoir retourner chez moi pour protéger ma femme et mes enfants. Si une action s’engageait si près de mon domicile. Les gardes royaux avaient reçu du renfort, ils étaient cent soixante hommes, bien munis de cartouches. Plusieurs personnes les menacèrent en passant, ce jour-là, mais l’attaque n’eut pas lieu. Cinq obus tirés de la Grève passèrent par-dessus la place de l’Estrapade ; on les distinguait aux sifflements violents qu’ils faisaient entendre. Le jeudi 29, je sortis à 7 heures du matin pour faire quelques provisions de vivres, craignant que l’on en manquât si la guerre civile se prolongeait. Je rentrais à 9 heures, lorsque je vis la place de l’Estrapade couverte d’ouvriers, qui sommaient les gardes royaux de rendre leurs armes. Sur mille personnes, il y en avait tout au plus deux cents d’armées, commandées par un élève de l’Ecole polytechnique. Après divers pourparlers les soldats passèrent leurs armes aux assaillants par les croisées et enfin ouvrirent la porte. Cette caserne était le dépôt du 1er régiment de la garde, le peuple prit les fusils, sabres et gibernes et respecta tous les effets d’habillement. Libre de l’inquiétude que m’avait donné ce voisinage, je revêtis mon habit de garde national, pris mon fusil et ma giberne, pleine de cartouches, et sortis avec un de mes élèves, le jeune Adolphe Genotte, armé d’un fusil qu’il avait pris dans la caserne. Nous passâmes sur le Pont-Neuf, les balles des Suisses du Louvre sifflaient sur le pont. Des bourgeois, embusqués derrière le château d’eau du quai, ripostaient. Je voulus me joindre à eux mais beaucoup de personnes me dirent de me rendre à la place de la Bourse, où l’on voulait rassembler une grande force. J’y fus. Il était, je crois, 11 heures. On se forma en une grande colonne, qui, par la rue du Mail, arriva à la place des Victoires. Ce fut là que je vis le général Dubourg, à cheval, coiffé d’un petit chapeau à la Napoléon. Un élève de l’Ecole polytechnique lui servait d’aide de camp. Un étudiant lut une proclamation, à la fin de laquelle on disait que Raguse avait été tué. On resta assez longtemps sur la place des Victoires. Enfin, la colonne se mit en marche par les rues Croix-des-Petits-Champs, Coquillère et des Prouvaires. Le général Dubourg était entouré d’une douzaine de gardes nationaux en uniforme. Plusieurs fois, je pris son cheval par la bride, pour le faire passer par-dessus les pavés des barricades. Je sus alors que l’on allait à l’Hôtel de ville installer un gouvernement provisoire. Comme nous passions vers la rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerrois, ayant entendu crier On entre dans le Louvre ! nous quittâmes plusieurs et prîmes cette rue au bout de laquelle était une forte barricade. La grande porte du Louvre venait d’être ouverte et nous entrâmes aux cris de Vive la république ! répétés par tous ceux qui étaient là et guidés par un homme qui portait l’habit rouge d’un Suisse au bout d’une baïonnette, en guise d’étendard. On tirait dans les appartements. Je demandai à ceux qui parurent aux fenêtres s’il fallait monter, ils répondirent que non, que cela était fini, qu’il fallait courir aux Tuileries. J’entrai alors sous le vestibule du côté du Muséum. Il y avait là trois cadavres étendus, que des hommes enlevèrent presque aussitôt sur une grande brouette de maçon. L’un de ces martyrs était revêtu d’une redingote bleue fort propre et assis, le corps appuyé sur une colonne, la figure couverte de son mouchoir ensanglanté. J’estime qu’il était entre midi et 1 heure car on ne pensait pas à regarder sa montre. Il y avait environ cent personnes sous le vestibule et une quarantaine d’autres étaient déjà sorties, se glissant le long des planches de la rue du Carrousel. Les Suisses, qui venaient d’évacuer le Louvre, étaient au bout de la rue, tirant sur nous. A l’instant où nous sortions, mon élève et moi, j’aperçus mon frère, Ambroise Tardieu (voir Tardieu, André, Ambroise), qui sortait aussi. Nous nous dîmes quelques mots, ce qui fit que mon jeune homme prît l’avance sur nous. Mon frère se mit à courir du côté des Tuileries, je le suivais et nous avions à peine fait trente pas au milieu de la rue, lorsque je me retournai pour voir si nous étions nombreux. Comme nous n’étions qu’une douzaine ensemble, j’élevai mon chapeau à trois cornes dans ma main, en criant à ceux qui étaient restés dans le vestibule En avant, sortez donc, en avant ! Presque aussitôt, je me sentis blessé au pubis et vis le sang couler sur mon pantalon. Mon frère étant à quelques pas devant moi, ne s’aperçut pas que j’étais blessé. Je rentrai dans le Louvre et donnai mon fusil et ma giberne à un ouvrier qui me les demanda. Le sieur Sandoz (voir Sandoz, Jean-Baptiste), horloger, dont la carabine venait de crever dans sa main, rentrait en même temps que moi et comme je perdais beaucoup de sang, il me donna le bras pour me conduire rue Baillet, n° 5, à une ambulance, où je vis une vingtaine de blessés, tous atteints dans le corps. Je fus pansé par les docteurs Briquet (voir Briquet, Pierre), Besian (voir Bezian, Dominique) et Olivier (voir ce nom) et ensuite M. Sandoz me donna le bras jusque sur le Pont-Neuf, où, ayant rencontré deux de mes cousins, il me remit entre leurs mains. Le long du chemin, j’invitais les personnes armées de fusils que je rencontrais à courir aux Tuileries. Je devais être d’un aspect affreux, mon pantalon de coutil gris-blanc était tout rouge de sang. Dans la rue Monsieur-le-Prince, le peuple m’assit sur une chaise et me rapporta chez moi presque en triomphe. J’ai été soigné chez moi par les docteurs Bouffet oncle et neveu et Gérardin, qui m’ont extrait la balle par une incision. Je suis parfaitement guéri mais encore un peu faible par la grande quantité de sang que j’ai perdu. Vous voyez, monsieur, que je n’étais pas à la prise du Louvre et qu’en attaquant les Tuileries j’ai été blessé avant d’avoir pu tirer un coup de fusil. Je regrette toujours de n’avoir pas été plus utile. J’ai l’honneur, etc. » Dans la mention qui est faite au sujet de Post, Théodore, Joseph, il est écrit que ce dernier, « le 28 matin, a cherché à rassembler des amis pour venger les insultes de la veille [et] fut à cet effet chez M. Tardieu […]. » Le 12 février 1831, il refusa, dans ces termes, de faire partie du jury de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement : « Je suis sensible, comme je le dois, à cette marque de votre bienveillance, qui vous a fait penser à moi pour faire partie du jury d’examen des demandes de récompenses. Je suis membre du conseil de recensement de la légion, du conseil de famille de la compagnie de voltigeurs du 2e bataillon, de la Société de géographie. En outre, mon grade de capitaine m’oblige à assister le plus souvent possible à la théorie de l’adjudant pour apprendre les manœuvres et le commandement. Ces différentes fonctions ne me permettent pas d’en accepter de nouvelles, ce qui me force à ne point accepter l’offre que votre obligeance vous porte à me faire. J’en suis extrêmement reconnaissant, jugeant bien qu’elle part d’un sentiment favorable, qui m’est bien précieux et qui, je vous prie de le croire, est bien réciproque. » On trouve cette note le concernant dans les délibérations du comité des renseignements, chargé de recueillir des informations sur les différents candidats aux récompenses honorifiques et sur les contestations qu’il pouvait y avoir sur chacun des cas : « Blessé d’un coup de feu à la cuisse, en combattant vaillamment à la prise du Louvre le 29 matin. Tous les renseignements sont des éloges sur sa belle conduite, attestée d’ailleurs par une douloureuse preuve. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 13 décembre 1830, à sept voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il signa un certificat de notoriété en faveur de Chapelle, Louis, François, pour appuyer sa demande d’être décoré de la Croix de Juillet, en remplacement de la médaille qu’il avait reçue. Tardieu demeurait 34, place de l’Estrapade en 1830-1831 (par erreur parfois 34, rue de l’Estrapade). Dictionnaire des artistes de l’école française, Ch. Cabet, Paris, chez Mme Vergne, 1831, p. 649 ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, Nom des personnes qui se sont distinguées dans les mémorables journées p. 277 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ;Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 29 ; Archives de Paris VK3 33, états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 18 avril 1831, la mention de Post, Théodore, Joseph, idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831, idem Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 13 décembre 1830, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants sa propre mention ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Crosnier (Crosnier y évoque les circonstances de sa blessure, dans le récit qu’il fait de sa propre participation aux combats) ; Archives de Paris VK3 53 ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/49 in dossier Chapelle, Louis, François.

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