Tellier, Catherine, Barbe

Biographie


Née le 16 avril 1812 à Louvain (Braban) (mais à Paris in Archives nationales F/1dIII/36), fille de Tellier, Jacques, Antoine, ancien militaire, et de Diswelt, Catherine, Barbe. Blanchisseuse. Elle fut blessée d’un coup de feu au genou droit, rue de Rivoli. Elle eut la cuisse amputée. La mairie du (ancien) Xe arrondissement paya, le 28 septembre 1830, les trente-cinq francs nécessaires à l’achat d’une jambe de bois. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) Ve arrondissement et sans doute aussi par la mairie du (ancien) Xe arrondissement puisque elle y est pensionnée. Le 1er juillet 1831, devant le maire du (ancien) Xe arrondissement, comparurent : Duval, Louis, Auguste, débitant de tabac, demeurant 5, rue Saint-Dominique au Gros-Caillou ; Tetu, Jean, François, Joseph (voir ce nom), marchand de bois, demeurant 14, rue Saint-Dominique au Gros-Caillou ; Tellier, Joseph, Théodore, fondeur en cuivre, demeurant 4, petite-rue Taranne ; Daigremont, Thomas, loueur de cabriolets, demeurant cul-de-sac Saint-Louis au 70, rue du Faubourg-du-Temple. Ils attestèrent la date de naissance de Tellier, Catherine, Barbe, celle-ci n’ayant pu se procurer un acte de naissance. Le Comité de médecine et de chirurgie près la Commission des récompenses nationales, après l’avoir examiné, donna, le 22 mars 1831, la conclusion suivante : « A été atteinte dans les journées de Juillet d’une blessure par arme à feu au genou du côté droit, avec fracas des os et déchirure aux chairs, qui ont nécessité l’amputation de la cuisse à sa partie moyenne. » Elle fut admise dans la 6e classe des blessés et pensionnée de huit cents francs. Il lui fut accordé (sous le nom de Tellier, Annette, Catherine, Barbe) par la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, une inscription de rentes. En 1831, elle était sur le point de contracter mariage, selon un courrier de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. En 1834, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, seize jeunes filles (une par arrondissement parisien et quatre pour les arrondissements ruraux), filles de combattants soit de juillet 1830 soit de juin 1832, devaient être dotées de trois mille francs pour pouvoir se marier. Catherine, Barbe fut l’une des candidates. Elle voulait épouser Lacau, David, Trébucq, né le 29 mars 1800 à Orthez (Pyrénées-Atlantiques), militaire depuis le 17 mars 1822, caporal-clairon au 18e régiment d’infanterie légère, libéré le 31 octobre 1833. Sa candidature ne fut pas finalement retenue. Catherine, Barbe vivait alors avec sa mère, veuve, sans fortune et sans état, et avec laquelle elle partageait ses maigres revenus. Son nom de jeune fille n’est pas donné et son prénom fut changé dans un article de la Gazette des tribunaux, en date du 27 mars 1836, qui fit état de sa mise en jugement pour adultère et de sa condamnation à huit années de prison. L'article est ainsi rédigée : « M. Lacau, qui poursuit pour adultère Mme Lacau, son épouse, et le sieur Richard, complice de cette dernière, est un ex-caporal clairon dans le 51e. Après avoir suspendu, son temps de service fini, le clairon des batailles au clou du foyer domestique, il songea à prendre femme. C'était quelque temps après la révolution de Juillet. Il vit Georgette et l'aima. C'était bien, pour un ex-guerrier qui avait marché au pas et soufflé dans l'airain pendant sept ans, avec honneur à la tête de son régiment, la plus belle, la plus noble, la plus glorieuse des conquêtes. Georgette était un héros de Juillet, grièvement blessée à une barricade. Elle avait obtenu la décoration et l'avantage, que le plus désintéressé des trompettes n'a jamais dédaigné, d'une petite pension nationale. L'ex-caporal-clairon vint, vit et vainquit. Georgette devint Mme Lacau. Mais hélas, elles furent de courte durée, les joies des lunes de miel ! Mme Lacau ne marcha pas longtemps d'un pied ferme dans les sentiers conjugaux. Il est vrai de dire que les chutes lui sont plus faciles qu'à toute autre : par suite d'une honorable blessure, elle porte aujourd'hui une jambe de bois. Lacau fut bientôt sûr de son malheur, il porta plainte : sa femme et son complice, le sieur Richard, comparaissent aujourd'hui devant la 6e chambre. La prévenue a la plus douce petite figure qu'on puisse voir. Modestement et proprettement vêtue, elle baisse vers la terre de jolis yeux bleus qui n'ont pourtant rien de perfide. Le pied mignon qu'il lui reste est contenu dans un élégant soulier; sa jambe fine, couverte d'un bas blanc bien tiré, repose sur une belle jambe de bois toute neuve que la prévenue ne songe pas à dissimuler. M. Richard porte des moustaches noires, et pour une héroïne de 24 ans, cela explique peut-être bien des choses. L'ex-caporal-clairon, dont la juste colère paraît fomentée par un de ces jurisconsultes d'échoppe, qui sont à l'affût de tous les mauvais cas pour les exploiter, commence par déclarer que ses douleurs conjugales exigent une réparation de vingt-cinq louis comptant : puis il développe les faits contenus au procès-verbal: “Mon affaire est sûre, dit-il, M. le commissaire de police s'y connaît, il a mis sur le procès-verbal toutes les herbes de la Saint-Jean, comme disait un ancien militaire. Monsieur n'a à dire que des lâchetés pour se disculper, chose qu'il sera bien diamétralement disposé à ne pas essayer, je pense. Quant à Madame , la pudeur me dispense de donner des détails. Voyez le procès-verbal. Voilà tout ce que j'ai à vous dire. Elle a prétendu, quand on l'a prise sur le fait, qu'elle était entièrement innocente, et le caporal -de garde, qui prêtait main-forte à la loi, a eu l'imagination de retrouver la jambe... de bois de Madame dans la ruelle du lit. Parole d'honneur, faut avoir le front d'un évêque pour vous articuler des gogues de cette capacité.” Les prévenus se renferment dans un système absolu de dénégation qui ne peut tenir contre l'évidence des preuves : au fait principal se joignent malheureusement pour eux des circonstances d'immoralité qui viennent l'aggraver. Le tribunal les condamne l'un et l'autre à huit mois de prison. En entendant cette condamnation, la prévenue fond en larmes et se livre à la plus violente douleur. Lacau, impassible, s'avance à la barre : “Je persiste, dit-il, à demander vingt-cinq louis.” M. le président : Sur quoi motivez-vous votre demande en dommages-intérêts ? Lacau : Sur ce que... dam ! vous comprenez bien... ; sur mon temps perdu. M. le président : Vous avez là un homme qui vous souffle et vous porte à faire ces demandes qui nuisent à l'intérêt qu'inspire votre position. Lacau : Alors, n'en parlons plus.” » Elle demeurait 24, rue Saint-Dominique-Saint-Germain (mais 6, rue Malard in Archives nationales F/1dIII/36 et deux fois in Archives de Paris VD6 559 n° 1) en 1831; 30, esplanade des Invalides en 1834. Liste n° 7, des blessés de Juillet pensionnés, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Citoyens blessés pendant les événements de juillet, qui ont obtenu, aux termes de l’article 5 de la loi, la pension de 300 fr. à 1.000 fr., le Moniteur universel 5 septembre 1831 ; Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes du Xe arrondissement lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 109 (sous le nom de Tellier, Annette, Catherine, Barbe) ; Archives de Paris VD6 559 n° 1, mairie du (ancien) Xe arrondissement, Etat nominatif des blessés (5e classe) dont les bulletins individuels ont été remis le 10 octobre 1831 au bureau de la souscription nationale à la préfecture de la Seine, idem Etat des sommes payées aux blessés, veuves, ascendants et orphelins de juillet 1830, du 1er juin au 30 août 1831 (cité deux fois) ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1834 ; Archives nationales F/1dIII/33, état nominatif des blessés pensionnés présumés non naturalisés français (où son nom est rayé) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux blessés pensionnés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement et par la caisse municipale pendant le mois de novembre comprenant les arrérages à partir du 1er août et dépenses diverses du 1er septembre au 31 octobre 1831 ; Archives nationales F/1dIII/38 A, blessés admis à la pension ; Archives nationales F/1dIII/77 ; Archives nationales F/1dIII/82 Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des veuves, orphelins, ascendants et blessés auxquels il a été accordé des inscriptions de rentes, (ancien) Xe arrondissement, blessés de 6e classe (sous le nom de Tellier, Annette, Catherine, Barbe) ; La Gazette des tribunaux, 27 mars 1836 (sous le nom de Lacau, Georgette).

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