Thierry, Gaspard, François

Biographie


Né le 14 septembre 1766 à Paris, fils de Thierry, Robert, bourgeois, et de Lavau (ou Lavac ? illisible), Madeleine, son épouse. Volontaire au régiment de Blaisois devenu Provence le 15 août 1783, passé au régiment royal Dragon le 9 juillet 1788, rayé des contrôles de ce corps le 31 décembre 1789, entré dans la cavalerie nationale parisienne soldée à la formation en 1789, lieutenant au 1er bataillon de volontaires soldés de Paris à la formation au 1er juillet 1791, passé officier d’état-major de l’armée du Nord en 1792, chef d’escadron au 9e de hussards le 20 mars 1793, chef de brigade le 1er frimaire an II (21 novembre 1793), ordre de cesser ses fonctions par arrêté du Directoire le 25 ventôse an VI (interruption jusqu’au 17 frimaire an VIII), remis en activité et nommé au commandement du 14e de cavalerie le 17 frimaire an VIII, chef de la 10e division de gendarmerie le 14 brumaire an IX, réformé avec traitement le 20 brumaire an X (temps de réforme avec traitement, qui ne compte que pour moitié jusqu’au 26 décembre 1810), remis en activité et attaché à l’état-major de l’armée du Midi le 26 décembre 1810, colonel d’état-major par décision ministérielle du 22 novembre 1814. Il fit les campagnes de 1792, 1793, an II, III à l’armée du Nord, de l’an V et partie de l’an VI dans l’armée de Rhin et Moselle, partie de l’an VIII en Italie, 1811 et 1812 dans l’armée d’Espagne, prisonnier au siège de Badajoz (le 26 mars 1812), rentré des prisons au mois de juillet 1814, a reçu plusieurs blessures, nommé maréchal de camp en 1815, blessé d’un coup de feu à la bataille de Waterloo, il ne reçut jamais la confirmation de sa nomination. Chevalier de la Légion d’honneur, le 17 octobre 1814, il fut fait chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, le 25 janvier 1819. Retraité, « brutalement poussé hors d’activité » accusait-il, avec une pension de colonel, il sollicita dès 1822 le maximum de sa pension, au lieu des mille sept cent trente-quatre francs par an qu’on lui avait calculé, soit un déficit de cinq cent soixante-dix francs. Tous ses états de service n’avaient pas été pris en compte et l’administration n’avait reconnu, se plaignait-il, « que ce qu’elle ne pouvait refuser à l’évidence ». Il fut nommé officier de la Légion d’honneur le 31 octobre 1829. Il est l’auteur d’une Pétition adressée au deux Chambres, sur les retenues des pensions militaires. Il expliquait ainsi sa participation aux combats de Juillet : « […] J’ai fait ce que la plupart de mes anciens compagnons d’armes ont fait pour arriver aux grands résultats qui ont eu lieu. Nous devions nous borner à exciter, encourager et cependant recommander la prudence, que l’expérience réclame pour ne point compromettre inutilement la vie des braves, en tentant de faire à l’ennemi le plus de mal possible. Dans la matinée du 28, étant témoin de plusieurs assassinats commis par les tirailleurs suisses, j’écrivis une seconde fois à l’adjudant Despicaire, qui commandait dans le Louvre après le départ du vieux Deutichamp, qui lui-même jusqu’à 3 heures du matin 29, commanda le feu par les fenêtres de son logement en face de la place de l’Oratoire. Dans la maison n° 4 (de cette place), on a reçu quatre-vingt-huit ou quatre-vingt-dix blessés, dont deux Suisses, tels sont les résultats des cruautés dirigées par Deutichamp et Despicaire !!! Du côté de la rue du Foy, celui de la colonnade, celui du pont des Arts enfin le côté des Tuileries ont eu aussi de nombreuses victimes. M’étant dirigé vers le Palais-Royal, où le feu était violent, ayant appris que des citoyens se dirigeaient vers l’Hôtel de ville, je m’y rendis pour obtenir le renfort que je jugeais indispensable pour empêcher la continuation des dégâts que provoquait l’acharnement de la population qui poursuivait les gardes royaux. C’est alors que le général en chef Lafayette me donna l’ordre de prendre un détachement pour aller au Palais-Royal, veiller à la sûreté des propriétés de S.A.R. Mgr le duc d’Orléans. » Il commanda pendant quatorze jours et quatorze nuits le poste du Palais-Royal. Il sollicita la confirmation dans le grade de maréchal de camp à dater du 12 juin 1815 et le commandement d’une place de guerre, ou l’organisation de la garde municipale de Paris. Il joignait à sa demande la copie de la lettre qu’il avait adressée le 28 juillet à Despicaire, adjudant supérieur commandant au Louvre : « Monsieur, Je vous réitère mes doléances sur les cruautés exercées par vos tirailleurs suisses, qui continuent à faire feu sur des personnes isolées et même sur des femmes qui entrent chez les marchands du voisinage ; l’une d’elles a été tuée rue des Poulies, ainsi qu’une enfant, une autre a été frappée tout auprès de moi par une balle à la cuisse droite. Je vous invite donc à faire cesser le feu de vos tirailleurs afin que les habitants puissent aller à la pompe chercher de l’eau et ailleurs les choses nécessaires à l’existence. J’ai été prévenu que le vieux gouverneur Deutichamp faisait tirer sur la population même par ses gens, plusieurs blessés viennent d’être déposés dans la maison n° 4 place de l’Oratoire presque en face des fenêtres du gouverneur. Vous serez donc responsable, monsieur, des suites que doivent avoir les cruautés de vos Suisses car tout annonce que la liberté triomphera. » Il joignait aussi l’ordre donné par le général Lafayette, le 29 juillet, de se rendre avec un détachement de cinquante hommes au Palais-Royal pour veiller à la sûreté des propriétés du duc d’Orléans. Il joignait aussi un ordre donné par Zimmer, colonel et chef d’état-major de la garde nationale, à Mathé, Félix (voir ce nom), étudiant en droit, « de se transporter sur-le-champ au Palais-Royal, où il se joindra au commandant du poste qui y est établi. Ces deux chefs feront tous leurs efforts pour maintenir l’autorité du gouvernement provisoire, laquelle, dans les circonstances graves où se trouve le pays, doit être seule écoutée ». Il faisait partie des personnes, soit qui avaient signé un certificat en faveur de Morel, Jean-Baptiste, Adolphe (voir ce nom) soit des personnes auxquelles on pouvait demander des renseignements sur son compte. Il délivra le certificat suivant en faveur de Perot, Jacques : « Je, soussigné, colonel commandant le poste du Palais-Royal le 29 juillet, officier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre royal de Saint-Louis, atteste l’exactitude des faits cités d’autre part. Je déclare en outre que j’ai chargé M. Perrot de se rendre près le général Gerard, commandant les troupes, à l’effet de faire distribuer des vivres aux hommes commandés par M. Perrot, ce qu’il a fait avec honneur. » La lettre qu’il adressa en faveur de Legros, Modeste, le 12 septembre 1830, nous donne quelques éclaircissements supplémentaires sur sa conduite en juillet 1830 ; elle était ainsi rédigée : « Une circonstance imprévue a causé le retard de la demande du sieur Modeste Legros, que je joins sous le pli et, par une autre inadvertance, j’ai écrit à votre collègue, M. de Lannoy, chargé du (ancien) IVe arrondissement, pour lui recommander les sieurs Adolphe Morel et Modeste Legros, dont j’avais apostillé la demande en qualité de commandant du Palais-Royal. Cette lettre doit être dans le dossier de Morel. Permettez, monsieur, que je vous prie de prendre en considération les droits et intérêts de deux citoyens qui ont si glorieusement défendu la cause de la liberté puisque leur ambition se borne à obtenir l’emploi de sous-officier dans la garde municipale. La Commission ayant invité M. le préfet à réserver quelques emplois qui pourraient être donnés comme récompense nationale. D’ailleurs ces deux citoyens dont les familles sont honorablement établies présentent des garanties qu’on ne saurait trop apprécier pour la formation de la garde municipale. Je saisis cette occasion pour vous prier, monsieur, de rappeler à M. de Lannoy combien il est urgent que son rapport sur l’affaire qui m’est personnelle soit présentée à la Commission afin qu’elle décide si je dois avoir part dans les récompenses réservées à ceux qui ont rendu d’importants services depuis le 27 juillet. Je suis, etc. » Il fit partie de la Commission des réclamants et signa plusieurs lettres au nom de cette Commission afin de tenter de faire valoir les droits qui avaient été négligés de certains des combattants de Juillet (voir Benard de Courtigis). Dans le récit que fit de sa propre participation aux combats un combattant dont le nom est illisible in Archives de Paris VD6 281 n° 1, ce dernier avance le nom d’un « colonel Thierry, commandant pendant plusieurs jours du château de notre nouveau roi », comme celui de quelqu’un auprès duquel on pouvait demander des renseignements sur sa propre participation aux combats. Il signa, le 9 août 1830, le certificat suivant en faveur de Besson, Dora : « Copie de la déclaration envoyée au roi, le 9 août 1830, par le colonel commandant le poste du Palais-Royal, à l’effet de justifier des droits et intérêts des enfants de Mme Besson, Dora à obtenir de la justice et de la bonté de Sa Majesté, la marque d’intérêt et de bienveillance méritée pour le courage et le dévouement dont cette dame a fait preuve pendant les trois mémorables journées de Juillet. Je, soussigné, colonel commandant le poste du Palais-Royal, depuis le 29 juillet, déclare que d’après les principes exprimés depuis nombre d’années par Mme Dora Besson, dont le mari, victime de l’esprit de parti, a été exilé en 1815, j’ai dû acquérir la certitude de l’énergie que l’épouse du proscrit opposerait aux ennemis de la liberté. Partie de manuscrit brûlé… le dévouement et la philanthropie dont Mme Dora Besson a donné tant de preuves. Savoir : le 27, en allant dans les groupes les plus animés, encourager les citoyens à la résistance et distribuant des secours aux plus nécessiteux et des armes de grands prix aux courageux défenseurs qui en étaient dépourvus. Je joins d’autre part l’état de ces armes et j’ajouterai que les 28 et 29, Mme Besson, sortant de son domicile, rue Neuve-des-Mathurins, où la fusillade de la garde royale et celle des troupes descendant la rue du Mont-Blanc vers le boulevard par des feux croisés, exposaient aux plus grands dangers les personnes assez courageuses pour porter des secours aux blessés, Mme Besson, munie de charpie et de tout l’appareil nécessaire pour les pansements, s’occupait moins de sa propre existence que des moyens de conserver celles des courageux défenseurs de la liberté. Je dirai encore que d’honorables témoins de l’admirable conduite de Mme Dora Besson attesteraient au besoin sa présence au milieu de la grêle de balles, sur les boulevards, la place de la Bourse, sur les quais et rues adjacentes, la place de l’Hôtel-de-Ville, où le 29, elle dut, succombant aux fatigues morales et physiques Partie de manuscrit brûlé…Fait et délivré aux enfants de Mme Dora Besson, pour valoir ce que de raison. » Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IVe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac, afin de pouvoir récupérer les pièces qu’il avait confiées à la Commission des récompenses nationales ; il adressa, en effet, la lettre suivante à la Commission des Réclamants : « Confiant dans la pureté des intentions qui ont provoqué la formation de la deuxième Commission, qui veut bien se charger de faire valoir les droits des citoyens qui ont partagé les dangers et la gloire acquise dans les mémorables journées de Juillet, je vous prie de prendre en considération les services que je crois avoir rendus ; pendant les trois dernières journées, et notamment le 29, où j’ai eu l’honneur d’être désigné par le respectable général Lafayette pour commander la garde nationale chargée de la défense du Palais-Royal. La première Commission ayant apporté trop de négligence et de partialité dans ses opérations, je vous prie, messieurs, de réclamer en mon nom le dossier des pièces confiées à M. le commissaire de Lannoy et que j’ai inutilement réclamés depuis huit mois […]. » On trouve dans son dossier à la Commission des Réclamants l’attestation suivante : « Le bonnetier du coin de la rue des Bons-Enfants peut attester que le colonel a encouru de grands dangers. Les pièces du réclamant sont à la Commission. Frisard (illisible) pâtissier de Versailles est signalé par le colonel comme s’étant conduit admirablement. » Signé : Borelli. Et aussi la copie de cet ordre, donné le 29 juillet par le général Lafayette : « Il est ordonné à M. le colonel Gaspard Thierry de se rendre sur-le-champ avec un détachement de cinquante hommes au Palais-Royal pour veiller à la sûreté des propriétés de S. A. R. Mgr le duc d’Orléans. » Ordre qui devait aboutir à la délivrance du certificat suivant : « J’atteste que M. le colonel Gaspart Thierry, chargé de la sûreté et défense du poste du Palais-Royal, a rempli sa mission à ma satisfaction et à celle de Sa Majesté jusqu’au 12 août que cette mission a été terminée. J’atteste que cet officier s’est présenté tous les jours à mon état-major pour y recevoir des ordres et une autre destination, et que vers la fin du mois de septembre j’ai remis à M. le ministre de la Guerre une demande d’activité de service pour le colonel Thierry, qui justifiait des droits et intérêts à obtenir la marque de satisfaction due au dévouement dont il a fait preuve. » Signé, le 19 novembre 1830 : Lafayette. Il mourut en 1848, pensionnaire des Invalides. Il avait épousé de Falsan. Il demeurait 18, rue d’Angevillers près le Louvre en 1830 ; 29, rue Godot-de-Moroy en 1831. Archives de Paris VD6 278 in dossier Perot, Jacques ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique lettre de Dusouich, Charles, Amable, Alban, Judas (voir ce nom) ; Archives de Paris VK3 47 in dossier Legros, Modeste ; Archives nationales F/1dIII/59 in dossier Jeangirard, César Auguste. ; Archives nationales F/1dIII/82 Commission des réclamations de Juillet, extrait de quelques dossiers pris sur le travail général de la Commission des réclamations ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Besson, Dora ; Archives de la préfecture de police AA 415 ; base leonore de la Légion d’honneur, dossier LH//2591/32.

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