Tremblez, Louis, Pierre, Mathurin
Biographie
Né le 23 mai 1786 à Paris. Il était le fils de Tremblez « caporal de la 11e compagnie section des gardes françaises, qui, seul, arrêta le général Henriot, au moment où cet homme (de déplorable mémoire) levait le sabre sur un représentant de la nation. En récompense de cet acte de courage, Tremblez père fut nommé huissier des tribunes, plus tard huissier à la Convention ; en 1810, il mourut en possession de cette charge à la Cour des comptes », selon les termes de son fils. Louis Tremblez était artilleur et ne revint en France qu’en 1815, amputé de deux doigts à chaque main par suite de coups de sabre, la poitrine sillonnée dans toute sa longueur par un coup de feu. Il s’établit bijoutier à façon. Il relatait ainsi sa participation aux combats de juillet 1830 et comment, rue de Rohan le 29 juillet, il s’était emparé d’un canon : « La seule pièce de canon enlevée par la peuple dans les journées de juillet 1830 fut par lui prise ; de trente-quatre hommes qu’il commandait, vingt et un tombèrent sous le feu des Suisses. Restée en son pouvoir, il la conduisit à la Bourse, où elle fut confiée à sa garde avec quatre des siens. Jusqu’à Rambouillet, il ouvrit un passage aux héros de Paris. Au retour, il eut le bonheur d’apaiser une émeute à Versailles, puis, le lendemain, il reprit son travail. » Une notice, vérifiée et approuvée par les délégués de la Commission des récompenses nationales, retraça le déroulement des faits auxquels il avait participé avec Benoît Majan et Connaissant en prenant une pièce de canon dans la rue Saint-Honoré. Elle est ainsi rédigée sous le titre d’Affaire du Palais-Royal dans la journée du jeudi 29 juillet et prise de la pièce d’artillerie de la rue Saint-Honoré : « Un bataillon de la garde occupait la place du Carrousel, ayant en avant de son front une pièce de huit pointée sur la rue de Richelieu ; une autre de même calibre, placée rue Saint-Honoré entre les rues du Rempart, Saint-Nicaise, de Rohan et de Richelieu, balayait à mitraille la place du Palais-Royal, protégée par un fort détachement de Suisses et par de nombreux tirailleurs disséminés dans les maisons adjacentes.
»A trois heures un quart, le feu s’ouvrit ; le peuple attaquait sur trois points : la place du Palais-Royal, la rue de Richelieu et celle Saint-Honoré sur les derrières de la pièce engagée ; d’une manière indécise d’abord, le combat s’anima par les pertes qu’éprouvèrent les deux parties, et, à dix heures, le feu devint si vif qu’il fit taire celui de la garde placée au Carrousel, qui, peu d’instant après, opéra avec sa pièce un mouvement de retraite sur les Tuileries. Les efforts du peuple se réunirent alors contre la pièce de la rue Saint-Honoré, dont les décharges multipliées causaient des pertes énormes aux assaillants ! Vainement quelques braves tentèrent de l’aborder ! Accueillis par une grêle de balles et de mitraille, ils succombèrent !
»Il était une heure et demie ; le moment approchait où l’horrible combat que se livraient les enfants d’une même patrie devait cesser ! un seul artilleur (les autres étaient hors de combat) la servait encore à l’aide de trois Suisses qui s’étaient détachés du peloton chargé d’en couvrir les approches. Elle tonna une dernière fois ! et une quinzaine d’hommes tombèrent mortellement frappés !
»Ce fut à cet instant que le sieur Benoit, arrivé depuis peu au combat, se précipita dessus armé d’un sabre seulement, l’entourant de son bras gauche tandis que le droit agitait son arme A moi mes amis ! cria-t-il. Il avait à peine prononcé ces mots que les sieurs : Connaissant, ancien officier, arrivé presque au même instant que le sieur Benoit [Majan] sur la pièce ; sans distinction de rang, Deschamps, Billiet, ex-artilleur, Tremblez, Lussan Pelletier, artiste, Henry Saint-Léger, employé, l’entourèrent, aux acclamations de la foule des combattants ; détachant de suite la prolonge, le sieur Billiet lui fit prendre, avec le secours de ses compagnons, la direction du quartier général de la Bourse.
»Les vainqueurs et leur prise eurent encore à essuyer, en entrant dans la rue de Richelieu, le feu des tirailleurs de la garde, embusqués dans les deux maisons qui forment les angles de la rue de Rohan, et celui des Suisses retranchés dans le Théâtre-Français.
»Tirez ! leur cria une voix, il en restera toujours assez pour la conduire !
»La troupe remonta la rue de Richelieu, traversa l’arcade Colbert, une partie de la rue Vivienne avec la pièce, qui fut remise entre les mains de monsieur Novince, commandant du poste de la Bourse.
»Les sept individus ci-dessus nommés ont fait la campagne de Rambouillet. »
Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. (sous le nom de Tremblet surtout in Archives nationales F/1dIII/39, et aussi sur les listes du Bulletin des lois et sur celles du Moniteur universel). Il sollicita, infructueusement, l’emploi qu’avait occupé son père, d’huissier à la Cour des comptes. Il signa, le 18 août 1830, le certificat suivant en faveur de Vernay, Victor, et que ce dernier présenta quand il tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Nous, soussignés, certifions que M. Vannier, Jean-Pierre, Robert, étudiant en médecine, a combattu dans nos rangs les 27, 28 et 29 juillet et particulièrement au Louvre et au Palais-Royal, où il était tout à la fois soldat et chirurgien. » Il signa, le 2 août 1831, le certificat suivant en faveur de Marteau, Pierre, après qu’il l’eut retrouvé, le 29 juillet 1831, à une revue de la garde nationale passée par le roi, et quand celui-ci tenta de faire valoir ses droits à la Croix de Juillet auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, déclare que le sieur Marteau est un des patriotes qui le 29 au matin se trouva au rendez-vous d’honneur place des Victoires, d’où nous partîmes pour nous transporter au Louvre et de là au château des Tuileries et en sortant par le guichet donnant rue de Rivoli là nous apprîmes par des bourgeois que la garde royale tenait encore au Palais-Royal. Nous nous sommes transportés par la rue de Chartres. Nous gagnâmes le long du trottoir pour entrer rue Fromenteau et, revenus rue du Chantre, donnant rue Saint-Honoré, où dans cette position nous commençâmes à faire feu sur la garde royale réfugiée dans la première illisible du palais. Quelques instants après les gardes royaux se sont enfuis en traversant la place pour gagner la rue de Chartres, ce qui nous donna la possibilité de traverser la place pour gagner le café de la Régence. Là, nous dirigeâmes notre feu sur les artilleurs qui servaient une pièce rue Saint-Honoré au bas de celle du Rempart et là nous cherchâmes à arriver rue de Richelieu mais une forte fusillade nous fit tomber beaucoup de nos frères d’armes et nous contraignit au coin de la rue de Richelieu de nous éparer. Je pensais que le sieur Marteau fut tué mais il eut le bonheur de gagner la colonnade du Théâtre-Français. Ma surprise fut bien grande, le 29 juillet dernier, de rencontrer ce brave patriote dans les rangs de la garde nationale, jour de la grande revue du roi, anniversaire des mémorables journées, et je peux attester que sans notre séparation il aurait contribué à la prise de la pièce de canon que j’ai enlevée et dont je suis honorablement récompensé par la Croix de Juillet. C’est ainsi que j’ose penser que si la Commission eût eu connaissance plut tôt de la conduite du sieur Marteau elle aurait également dans sa justice accordé à ce brave patriote la même décoration, c’est-à-dire la Croix de Juillet. C’est avec satisfaction que je me plais à rendre hommage à la vérité et que je crois sur l’honneur qu’il est de mon devoir de soumettre sous vos yeux l’exacte certitude des faits ci-dessus mentionnés par le présent certificat pour lui servir et valoir ce que de droit attendu que le sieur Marteau a bien mérité de la patrie. » Tremblez avait perdu sa femme, le 26 juin 1829 après trois ans d’une longue maladie. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Tremblay, Louis, Pierre, Mathurin), auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1837, il était alors fabricant de boucles en acier et se plaignit d’avoir été victime avec Hippolyte, autre décoré de la Croix de Juillet, de mauvais traitements, alors qu’ils étaient venus féliciter le roi à l’occasion de sa fête, le 1er mai ; dans une de ces altercations, Hippolyte ayant même failli « perdre la vie, s’il ne s’était prudemment retiré ». Cette même année, la police donna sur le compte de Tremblez les renseignements suivants : « Ayant manqué de travail pendant longtemps, sa position est fort gênée. Sa conduite et sa moralité sont bonnes. » Il reçut deux secours de vingt francs en 1839, un secours de quarante francs en 1840, et un secours de vingt-cinq francs en 1841. En 1842, il était concubin de la femme Paradis et la même administration renseignait qu’il se trouvait « dans une position des plus nécessiteuses, étant sans ouvrage » et n’avait pas « du reste […] une mauvaise réputation dans son voisinage ». Il reçut un secours de vingt-cinq francs en 1842, de quarante francs en 1843, un secours de vingt-cinq francs et un autre de quarante francs en 1844, un secours de vingt-cinq francs en 1845, un secours de quarante francs en 1846, de la même somme en 1847 et en 1848. En 1849, les renseignements de police le présentaient « comme honnête homme et ouvrier laborieux », et il reçut un secours de cinquante francs, à titre de décoré de la Croix de Juillet, et de la même somme en 1850, puis de soixante-quinze francs en 1851. En 1852, les mêmes sources rapportaient : « Ancien ouvrier bijoutier en faux, il ne peut plus, en raison de son âge (65 ans) exercer cette profession et il aide sa femme, qui est cardeuse de matelas, mais qui, malheureusement, est souvent inoccupée. La position de ces braves gens est tellement précaire qu’ils sont arriérés d’un terme. Ils sont signalés sous les meilleurs rapports, et nous les croyons dignes d’intérêt. » Il reçut un secours de cinquante francs en 1852. A l’occasion du feu d’artifice tiré le 15 août 1853, sa femme perdit l’œil droit ; Tremblez reçut un secours de cinquante francs en août 1853, un secours de cinquante francs en 1854. Le 25 juin 1855, il se plaignit d’avoir été victime d’un vol : « On m’a fracturé ma porte en plein midi, on m’a pris une redingote, un pantalon et plusieurs effets à mon épouse. » En octobre de la même année, son épouse, matelassière, fit une chute en portant un matelas dans un escalier de la rue Saint-Sauveur, qui venait d’être frotté ; elle eut le bras cassé en deux endroits, l’épaule démise, et fut hospitalisée à l’Hôtel-Dieu. Il reçut un secours de quarante francs puis un autre de vingt francs en 1855. En 1855, il était concierge 2, rue des Grands-Degrés, près de la place Maubert, aux appointements de cent francs par an et les renseignements que la police recueilli sur son compte furent ainsi rapportés : « La réputation du sieur Trembley (sic) dans son quartier est celle d’un honnête homme ; il est incapable d’aucun travail, étant estropié des deux mains, il est dans une position très malheureuse. » La même année, il fut obligé de quitter son domicile, le propriétaire ayant loué sa maison à un seul locataire, pour en faire un hôtel garni ; Tremblez fut alors incapable de payer le terme d’avance, nécessaire à tout emménagement. Il reçut un secours de quarante francs en 1856, un secours de quarante francs en 1857, un secours de quarante francs en 1858, un secours de quarante francs en 1859. Tremblez eut un fils, qui, enrôlé volontaire pour l’Algérie, fut nommé lieutenant aux Saphirs mais mourut en 1838 par suites de blessures qu’il avait reçues. Il demeurait 21, rue de la Croix, chez Rivière en 1831 (mais 13, rue des Ménestriers in Archives nationales F/1dIII/36) ; 112, rue Saint-Maur-du-Temple en 1837 ; 12, rue Frépillon en 1840-1841 ; 16, rue de L’Orillon en 1842 ; 11, rue de l’Orillon en 1844 ; 23, rue Constantine à Belleville en 1847 ; 17, rue Napoléon de 1847 à 1849 ; 60, rue de la Mare à Belleville en 1850-1851 ; 9, route de Ménilmontant, un loyer de soixante francs par an, en 1852 ; 9, chemin de ronde de Ménilmontant en 1852, 2, rue des Grands-Degrés, en 1855 ; 12, rue des Anglais en 1858 ; 17, rue de la Parcheminerie en 1859. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 92 ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) VIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/65 in dossier Marteau, Pierre ; Archives nationales F/1dIII/77 (il signe bien de son nom de Tremblez) ; Archives de la préfecture de police AA 369, Avis du prochain ordonnancement d’une somme de 10.545 francs pour être répartie entre 210 décorés, combattants et veuves de Juillet 1830, domiciliés dans le département de la Seine, ladite somme imputable sur le budget du ministère de l’Intérieur, exercice 1849, minute 44 (sous le nom de Tremblé, Louis, Pierre, Mathurin), idem Etat nominatif des décorés, blessés, combattants de Juillet 1830 et des veuves de décorés ou combattants qui ont formé des demandes de secours et sur lesquels il y a lieu de prendre des renseignements, minute 74 (sous le nom de Tremblez, Louis, Pierre, Mathurin), idem Etat de répartition de secours imputables sue le chapitre 25 bis du budget de 1850 (secours à divers titres), minutes 148-149 (sous le nom de Tremblez, Louis, Pierre, Mathurin), idem Proposition, en date du 27 novembre 1851, d’accorder à 165 décorés, médaillés, blessés, veuves, ascendants, orphelins, combattants et blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à la somme de 9.610 francs, ladite somme imputable sur le chapitre 26 du budget de l’Intérieur, exercice 1851, minutes 202-204 (sous le nom de Tremblé, Louis, Pierre, Mathurin), idem Proposition d’accorder à 91 décorés et veuves de blessés de Juillet 1830, des secours s’élevant ensemble à 4.970 francs minutes 243-246, en date du 20 novembre 1852 (sous le nom de Tremblé, Louis, Pierre, Mathurin) ; Archives de la préfecture de police AA 416 in dossier Varnet, Victor. On trouve dans Archives nationales F/7/3883 Préfecture de police de Paris Bulletin de Paris du 12 janvier 1829 l’information suivante : « Une tentative de suicide, remarquable par les circonstances qui l’ont accompagné, au eu lieu dans la soirée du 8 du courant. Ce jour était celui où le nommé Tremblez, ouvrier bijoutier demeurant rue de l’Orillon, devait à défaut de paiement de deux termes de loyer, quitter sa chambre, dont le congé lui avait été signifié légalement ; mais il refusa de quitter et vider les lieux. Le sieur Meriguet, propriétaire de cette maison, au lieu de recourir aux voies légales d’expulsion, fit enlever la porte et les châssis du logement du sieur Tremblez. Ce malheureux barricada l’entrée de sa chambre, disant qu’il voulait y périr et refusant les aliments qu’on lui offrait. Avant-hier, le commissaire de police, ayant fait détruire la barricade, a trouvé le sieur Tremblez mourant d’inanition. On a fait transporter à l’hôpital Saint-Louis cet individu, qui paraît avoir déjà fait plusieurs tentatives de suicide. » Est-ce le même ?