Vaisset, François

Biographie


Employé. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] VIIIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il fit parvenir la lettre suivante à cette dernière Commission, sans doute la copie d’une lettre qu’il avait fait parvenir à la Commission des récompenses nationales et ainsi rédigée en date du 6 août 1830 : « […] Déclare sur l’honneur et à qui il appartiendra, premièrement que le lendemain des ordonnances 26 juillet 1830 à 9 heures du soir environ, je me suis trouvé au Palais-Royal, où plusieurs rassemblements s’étaient formés et manifestaient leur indignation contre le gouvernement ; que je faisais partie d’un groupe qui était remarqué plus particulièrement par son exaspération ; ce groupe se trouvait près de la galerie vitrée en face de la librairie Roux. Un jeune homme, monté sur une chaise, engagea quelque orateur à parler et descendit en criant Vive la liberté ! A bas les ministres ! Ce cri se communiqua avec enthousiasme, l’on se mit en marche vers le ministère des Finance. Le rassemblement pouvait être de cent cinquante hommes environ. Nous suivîmes la rue Saint-Honoré, traversant le passage Delorme. Nous fûmes bientôt arrivés devant l’hôtel du ministre, où il fut lancé des pierres. Les vitres furent cassées. Le poste composé de gardes royaux sortit et se forma en bataille. Nous fûmes invités à nous retirer. Les baïonnettes furent croisées. L’officier même menaça de faire faire feu et ses soldats apprêtèrent leurs armes. Deux jeunes gens, n’écoutant que leur indignation, défièrent l’officier. Cependant le rassemblement, étant sans armes, fut obligé de se retirer et poussant des cris de liberté une partie revint au Palais-Royal et l’autre dirigea sa marche vers le ministère des Affaires étrangères. C’est d’après cette manifestation, qui n’était pas sans danger puisque c’était la première, que des bataillons de garde royale et de la ligne reçurent ordre de prendre position devant ces deux ministères le lendemain 27. Deuxièmement que le 27 j’ai parcouru les rues où les rassemblements avaient un caractère plus prononcé. Je me suis trouvé à 6 heures environ du soir dans la rue Saint-Honoré, où nous avons élevé une barricade, la première je crois, entre le passage Delorme et la rue de l’Echelle. Plusieurs voitures ont été arrêtées ; une, portant des tuiles, a été déchargée et répandue çà et là pour nous en servir contre la force armée ; que quelques instants après une compagnie d’infanterie de ligne est passée près de nous, l’air abattu et triste, sans manifester des intentions hostiles. Nous lui avons ouvert le passage en criant Vive la ligne ! C’est encore dans cet endroit que ce premier cri de fraternité a été entendu et tout le monde sait que c’est à cette manifestation que l’on doit une partie des succès de la glorieuse semaine. Troisièmement que le 28 il a encouragé de sa voix et par son exemple à résister à l’oppression ; que de 1 heure à 3 heures le déclarant était dans la rue de la Paix, au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs où deux compagnies du 5e de ligne étaient en avant-poste, qu’avec d’autres jeunes gens il s’est mêlé parmi les soldats, les exhortant à ne pas tirer sur le peuple. Nous avons parlé longtemps, les officiers voulant empêcher cette communications, nous avons eu avec eux des explications très vives et non sans dangers. Nous avons enfin obtenu d’eux qu’ils ne tireraient pas ou bien qu’ils tireraient en l’air. Ces officiers tinrent parole car, quelque temps après, une décharge eut lieu à vingt pas et personne de nous ne fut blessé. Dès ce moment, la ligne nous paraissant conserver sa neutralité, augmentèrent nos forces et notre courage. Quatrièmement, qu’étant armé le 29 à 9 heures du matin, j’étais sur les boulevards des Italiens, où nous avons arrêté un officier d’état-major qui portait des ordres. Il a couru bien des dangers, l’indignation étant à son comble, elle devait l’être car la veille nous avions perdu des hommes et le feu de pelotons s’était fait entendre toute la journée. Cependant la générosité l’emporta, il fut reçu dans le pavillon d’Hanovre au coin de la rue de Louis-le-Grand où deux autres officiers avaient déjà été conduits et qui durent leur protection à l’appui d’une personne qu’on dit être M. Mechin. Cinquièmement, que le même jour vers 1 heure ou 2, le déclarant fut du nombre de ceux qui servirent d’escorte au général Lafayette, conduit en triomphe à l’Hôtel de ville. Partis de la rue Laffitte, nous suivîmes les rues de Richelieu, Saint-Marc, Feydeau, Montmartre et au bas de celle-ci, près de l’église Saint-Eustache, une personne vint offrir au général son cheval qui voulut toujours marcher. Le colonel Poque (voir Poque, Beauvais), le même qui fut blessé à Rambouillet, le monta et ouvrit la marche. Enfin, après beaucoup de peine à cause des barricades, nous arrivâmes sur la place de l’Hôtel de ville et à nous fîmes une décharge en signe de réjouissance et pour célébrer l’installation du gouvernement provisoire. Le déclarant fait observer qu’il n’est entré dans tous ces détails que pour prouver que les faits qu’il cite sont de la plus grande exactitude et que foi doit y être ajoutée, renouvelant ma déclaration sous serment s’il est nécessaire. » Sa lettre était suivie de plusieurs apostilles. La première apostille, ainsi rédigée : « Je déclare avoir fait la connaissance de M. Vaisset, prenant une grande part aux événements de la glorieuse semaine de Juillet, citoyen dévoué pour la cause de la liberté. » Signé : Letet, lieutenant de vaisseau en retraite du corps royal de la marine, chevalier de saint Louis, demeurant 25, rue de la Folie-Méricourt. La deuxième apostille, ainsi rédigée : « J’atteste avoir vu, le 26 juillet au Palais-royal, M. Vaisset, prenant part aux événements de la journée. » Signé : Bouton (voir Bouton, Hubert), commis de Marine en retraite, demeurant 2, rue de Tracy. La troisième apostille, ainsi rédigée : « J’atteste les faits mentionnés au présent pour avoir vu ledit Vaisset prendre une grande part dans les mémorables journées de Juillet. » Signé : Gay, demeurant 44, rue Sainte-Avoye. La quatrième apostille, ainsi rédigée : « Je certifie avoir vu M. Vaisset à la place Vendôme le 28 juillet 1830 après-midi, essuyant le feu du 5e de ligne dans le groupe des combattants pour la liberté. » Signé : Felines (voir Felines, Etienne, François), « ex-employé destitué du Timbre royal », demeurant 8, rue Saint-Etienne. La cinquième apostille, ainsi rédigée : « J’atteste avoir vu, le 26 juillet au Palais-royal, M. Vaisset, le 28 et 29 tant aux barricades qu’à la Grève, prenant une part très active aux événements de la révolution des mémorables journées. » Signé : Charlet (voir Charlet, Denis), demeurant 5, rue des Trois-Couronnes. Suivaient les signatures de : Bidault, conducteur de ba..., demeurant 14, rue Amelot attestait aussi les faits. Verdier, demeurant 73, rue du Faubourg-Saint-Antoine. Dans son dossier, est inscrite l’annotation suivante : « Prendre des renseignements auprès de MM. Barthe (voir Barthe, Hippolyte) et Graniou ou Granion, passage Sendrier n° 4, rue Basse-du-Rempart. » Vaisset signa en faveur de Barthe, Hippolyte le certificat suivant quand ce dernier tentait de faire valoir ses droits auprès de la Commission des Réclamants : « Je, soussigné, certifie que M. Barthe s’est trouvé le 28 juillet vers midi, rue de la Paix, où était le 5e de ligne, que je l’ai vu exhorter les soldats à ne pas tirer sur le peuple et que vers les 4 heures le même jour je l’ai encore vu sur le boulevard Poissonnière, armé d’une baïonnette et prenant une part active à la résistance des citoyens. » Vaisset demeurait 16, rue des Trois-Bornes en 1831. Archives de la préfecture de police AA 416.

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