Venard, Pierre, Anthelme
Biographie
Né en 1795 à Meximieux (Ain). Employé à l’administration des voitures écossaises. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il adressa, le 7 février 1831, à la Commission des récompenses nationales l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les trois journées de juillet : « Le sieur Venard, Pierre, Anthelme, natif de Meximieux (Ain), successeur de Nicolet et Cie, inventeur de la spodogénète, soit poudre anticharbonneuse et végétation pour la préparation des graines à semer, demeurant rue Bleue n° 27, puis rue de Buffault n° 15, et présentement depuis le terme d’octobre dernier rue des Fossés-Saint-Victor, a l’honneur de vous exposer que fortement pénétré depuis quinze ans de l’idée que la branche aînée des Bourbons ne pouvait plus que faire le malheur de la France, il n’a pas pu se contenir à l’apparition des ordonnances de juillet ; que, quoiqu’alors il fut malade à garder la chambre, il prit part de toute la puissance de son âme aux événements qui ont à jamais affranchi les Français du despotisme. Dès le lundi 26, il ne craignit pas de manifester hautement son opinion contre les coups d’Etat qui venaient de frapper la France. Se trouvant au jardin du Palais-Royal, il s’approcha des groupes qui faisaient la lecture des journaux et il fut un des premiers à crier Point d’impôt sans la charte ! Vive la charte rien que la charte ! A midi, il se rendit à l’Ecole de droit, où il suit les cours de M. Bugnet. Là, par un billet au crayon qu’il fit circuler dans la salle, il engageait tous les étudiants à se trouver à 2 heures sur la place de l’Ecole-de-Médecine, pour inviter les élèves de cette école à se transporter en corps auprès de MM. Casimir Perier, Benjamin Constant ou M. Lafayette, afin de les prier de prendre des mesures contre les actes arbitraires du gouvernement. Le mardi 27, il se trouva de nouveau au jardin du Palais-Royal. Ce jour-là, les groupes y étaient plus nombreux et surtout plus animés : des personnes, montées sur des chaises, lisaient à haute voix les journaux ; chacun témoignait son indignation et excitait à la résistance ; mais, bientôt, intervint l’autorité et les grilles furent fermées : alors on se divisa et on se répandit dans la ville, en criant Vive la charte ! Point d’impôt sans la charte ! Le mercredi 28, il sortit matin de chez lui, impatient de connaître la disposition de l’esprit public. Il parcourut plusieurs quartiers. A 8 heures il se trouvait à la porte Saint-Denis, près d’un tas de moellons. Dans cet instant, arriva, par la rue du Faubourg-Saint-Martin, un détachement à pied et à cheval de gendarmerie, qui prit position à côté de la porte Saint-Martin. Alors le sieur Venard s’écria Armons-nous de pierres et forçons ce corps maudit à rentrer dans sa caserne ! La plupart répondirent à son appel et, en tête, il s’avança sur ce détachement qui, à cette disposition, s’ébranla pour faire une charge. Un hourrah de Mort aux gendarmes ! se fit entendre de toute part et une pluie de moellons tombait sur eux. Dans cet instant, on vit arriver un nouveau détachement de gendarmes, qui vint doubler le premier, accompagné d’un officier supérieur de ce corps, avec un commissaire de police revêtu de son écharpe. L’officier supérieur donna des ordres pour charger la foule, qui grossissait rapidement. Dans ce moment, le sieur Venard s’élança au-devant de ce corps et s’adressant au chef qui venait de donner ces ordres, il lui dit d’une voix fortement accentuée : “Vous répondez du sang que vous aller faire répandre. Songez-y bien.” Ces paroles produisirent un effet qu’on ne devait guère attendre de ce corps : à la résolution succéda l’incertitude, puis bientôt après, il prit le parti de se retirer. A cette scène en succéda une autre, moins à craindre pour le peuple. Cependant un lancier qui arrivait du boulevard Bonne-Nouvelle et qui, à ce qu’il paraît, allait inoffensif en ordonnance, faillit être victime de l’exaspération des esprits. Le sieur Venard, joint à d’autres personnes, réussit à le sauver ; on se borna à le désarmer. Ce malheureux, plus mort que vif, fut replacé sur son cheval avec ordre d’aller dire à ses chefs ce qu’il venait d’éprouver et de voir. Il rebroussa et, tout chancelant, il se mit à crier Vive les Parisiens ! Vive le drapeau tricolore ! Vive la charte ! Peu de temps après, le sieur Venard contribua à désarmer cinq ou six Suisses qui venaient de tuer à la baïonnette sur le boulevard Bonne-Nouvelle un jeune homme nommé Patureau (voir Paturaud, Silvain), qu’il avait eu occasion de voir chez le sieur Ponsignon, traiteur rue de la Harpe. Le peuple, furieux, saisit leurs armes et deux furent frappés de mort sur l’endroit même, les autres se réfugièrent dans les maisons les plus voisines, où ils furent poursuivis. Vers les midi, immédiatement après le passage sur le boulevard Montmartre d’un corps de garde royale, dont la marche était ouverte par un fort détachement des lanciers et suivi de quatre pièces de canon, se dirigeant vers la porte Saint-Denis, le sieur Venard courut chez le sieur Lavergne, menuisier rue du Faubourg-Montmartre n° 10, et revint aussitôt armé de deux scies. Il fit un appel à plusieurs personnes et, en un instant, le boulevard Poissonnière, près la rue Montmartre, fut croisé des plus forts arbres, qui, avec des pavés, fermèrent sur ce point la retraite au corps qui venait de passer. Cet exemple fut imité sur tout le boulevard. La nuit de mercredi au jeudi, il l’employa en grande partie à la formation des barricades qui s’élevèrent sur le boulevard Montmartre. Le jeudi, il s’arma de son fusil de chasse, s’établit en tirailleur aux environs du Louvre, dans les rues de Richelieu, à l’encoignure du Français et du café de ce nom, contre les gardes royaux embusqués dans les divers étages de la maison du chapelier, rue de Rohan, à l’angle de la rue Saint-Honoré puis aux Tuileries, à la prise desquelles il a coopéré et qui a eu lieu à 2 heures environ. De 4 à 5 heures, tous les citoyens armés qui se trouvaient à cette prise se formèrent en corps dans le jardin et, commandés par un élève de l’Ecole polytechnique, cette milice citoyenne avait pris la résolution de marcher contre la garde royale qu’on disait être au bois de Boulogne et, tambours en tête, elle se mit en mouvement. Arrivée près de la grille, sur la place de la Révolution, elle fit halte et proclama l’élève qui la commandait son général ; elle le revêtit d’un habit de ce grade, qu’on avait, disait-on, trouvé au château. Mais sur l’observation que fit le sieur Venard et qui parvint aux oreilles de ce jeune homme qu’il était au moins inconvenant de lui donner un pareil titre, attendu qu’on avait M. Lafayette qui seul méritait de le porter, il s’empressa alors de se dépouiller de cet habit. Il fut ensuite arrêté qu’au lieu de continuer on se rendrait au quartier général pour prendre les ordres de M. Lafayette. Le sieur Venard, le samedi, poussa jusqu’à Saint-Cloud. Il n’y eut aucun engagement sur ce point, seulement on tirait des coups de fusil pour faire croire au corps de troupes qui était à Sèvres, en vue près du pont, qu’on arriverait en force sur lui. On vit bientôt ce corps faire un mouvement rétrograde et le château de Saint-Cloud fut, peu de temps après, évacué. Telle est la conduite du sieur Venard pendant la semaine à jamais mémorable. S’il a tant tardé à la faire connaître son intention était de ne pas du tout en parler ; il se trouvait alors satisfait par le résultat heureux qui a fait disparaître sans retour cette dynastie décrépite qui pesait sur son cœur depuis quinze ans comme un cauchemar qui l’étouffait. Aujourd’hui s’il a pris cette détermination, il n’a fait que céder à l’avis de plusieurs personnes dont l’une notamment s’est distinguée dans ces événements. Elles l’ont persuadé que c’était servir même la révolution en ce que ses détracteurs font tous leurs efforts pour faire croire qu’elle n’est que le fruit de ce qu’ils appellent la canaille et que la Commission ne désirait rien tant que de connaître tous ceux qui y ont pris part avec la classe ouvrière, dont la conduite a été aussi pure qu’héroïque afin de leur distribuer le signe d’honneur qui donnera un démenti authentique aux liberticides. Le sieur Venard, par cet exposé, n’a point d’autre but que d’obtenir ce signe. Si la Commission l’en juge digne, il en décorera avec orgueil sa poitrine. Il lui fera oublier la perte irréparable de la profession de notaire, qu’il était sur le point d’espérer à Neuville-sur-Saône, arrondissement de Lyon (Rhône), où il avait acquis un office. Cette profession, pour laquelle il a sacrifié sa jeunesse et sa fortune, lui a été enlevée en 1816 sur les délations de misérables suppôts de la tyrannie, qui l’accusèrent d’avoir un esprit ennemi des Bourbons et admirateur de Napoléon. Le sieur Venard ne parlera pas de la part qu’il a prise, de concert avec les étudiants en droit et en médecine, au maintien de l’ordre, qui était gravement menacé dans les jours qui suivirent le jugement des ministres, particulièrement le mercredi 28 décembre. Ce jour-là vers les 10 heures et demie, sur la place du Panthéon, il a accouru avec les élèves en droit qui s’y trouvaient se joindre à une faible compagnie de grenadiers de la XIIe légion, pour s’opposer à la marche d’une bande d’environ deux cents stipendiés des carlistes, qui, drapeau en tête et armés de gros bâtons, s’avançaient en hurlant les mots de Mort aux ministres ! Il fut un des premiers à se jeter sur ces furieux et à leur arracher leurs armes. En un instant, ils furent dispersés. Après cette opération, il fit cause commune avec les élèves des écoles qui parcourent les rues pour sortit tout prétexte aux malintentionnés qui s’étoffaient ( ? illisible) de leurs noms pour exciter aux troubles. Cette réunion d’élèves se dirigea ensuite vers le Palais-Royal mais ne pouvant y parvenir, elle revint par le pont des Arts au lieu d’où elle était partie. Le sieur Venard affirme que cet exposé ne contient que l’exacte vérité et il prie la Commission d’agréer etc. P.S. Le sieur Venard a réfléchi que la Commission ne le trouverait pas indiscret de la prier de vouloir bien, en outre, le recommander au gouvernement réparateur pour une place, soit de juge de paix, greffier, percepteur, soit de tout autre analogue, qui le mette à même de servir encore activement l’Etat et lui offre un faible dédommagement du mal que la persécution des prolétaires de la déplorable restauration lui a fait en 1816. » Il est répertorié (sous le numéro 1138 et le seul nom de Venard) dans la liste des demandes de récompenses honorifiques posées auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, après la révolution. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 1er mars 1831, contient les indications suivantes sur sa participation aux combats : « Le 26, aux rassemblements du Palais-Royal, lors de la lecture des journaux fut un des premiers à crier Vive la charte ! point d’impôts sans la charte ! A l’Ecole de droit, fit circuler un avis aux élèves de l’Ecole de médecine et de droit pour se réunir chez M. Casimir Perier. Le 27, au Palais-Royal, mêmes cris aux boulevards contre les gendarmes, criant A mort les gendarmes ! et leur jetant des moellons ; s’est élancé contre le commissaire de police et de commandant des gendarmes, en leur disant qu’il était odieux de verser le sang français, qu’il les en rendait responsables ; a contribué à empêcher de tuer un lancier qu’il a renvoyé à ses chefs. Le 28 matin, lutta corps à corps contre un Suisse, au boulevard Poissonnière. Le jeune homme qui était avec lui eut le fusil. Lorsque le 5e régiment passa, il cria Vive la ligne ! Il donna l’idée de scier des arbres pour faire des barricades. Il dit au menuisier qu’il lui répondait de la valeur de ses scies. Le 29, il prit son fusil et fut du côté du Palais-Royal et il vit des gardes royaux au café de la Régence. Il est enfin entré dans le Théâtre-Français, d’où il a tiré. Il sortit, faisant partie d’un peloton de quinze, pour aller tourner l’ennemi. Aux Tuileries après que tout fût fini. » Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 3 mars 1831, à aucune voix pour la croix, cinq voix pour la médaille et six voix pour une mention. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Son nom (toujours sous le numéro 1138) est sur une liste alphabétique du (ancien) XIIe arrondissement de blessés qui comparurent devant le jury médical. Il demeurait 27, rue Bleue en 1825 ; 17, rue Buffault en juillet 1830 puis à partir d’octobre 1830 3, rue des Fossés-Saint-Victor. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris DM13 1 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (sous le numéro 1138 et le nom de Venard, Pierre, Anthelme) ; Archives de Paris VD6 682 n° 3, idem même référence liste des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 3 mars 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 1er mars 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) XIIe arrondissement ; Manuel complet du jardinier, maraîcher, pépiniériste, botaniste, fleuriste et paysagiste, par Noisette, Louis, Paris, chez Rousselon libraire, 1825, tome 1er p. 392 ; Société d’agriculture, sciences et arts de Douai, 1826, p. 52.