Vernon de aîné

Biographie


Le 21 octobre 1830, de Vernon aîné, faisait parvenir la lettre suivante concernant Gillet, Jean-François à Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), membre de la Commission des récompenses nationales : « Tu m’as fait l’amitié de me dire quelquefois, mon brave ami, que je pouvais compter sur ta bienveillance en tel temps que ce soit, et je réclame aujourd’hui l’effet de cette promesse, en faveur d’un brave de nos mémorables journées. Son dévouement, dont j’ai été témoin ainsi que plusieurs personnes de ma connaissance, mérite véritablement, surtout par son désintéressement, que la Commission dont tu fais partie s’intéresse à sa position, qu’une famille nombreuse rend souvent précaire. Il a eu le bonheur d’échapper à la mort dans notre terrible lutte, quoiqu’il ait prouvé qu’il ne la craignait pas ; et si son corps ne présente même pas de blessure les services que je l’ai vu rendre, ainsi que bien d’autres, m’avaient déterminé dans le temps de notre puissance au Palais-Royal à lui donner un gage de notre estime et fondent du moins d’une manière très légitime la modeste démarche qu’il n’eût même pas osé faire près d’un membre d’une Commission si généreusement conçue et dont le caractère patriotique autant que généreux inspire une entière confiance. La récompense qu’il attend de votre justice n’est pas au-dessus de ce que l’on peut faire pour lui ; une gratification une fois donnée le mettrait à même de pouvoir apporter quelque soulagement à sa famille et comme les services reconnus dignement en entraînent toujours de plus efficaces, c’est pourquoi je me suis fait un devoir d’attirer sur ce brave ton attention particulière. Je sais que tu le peux et, ce faisant, tu obligeras grandement celui qui demeurera toujours ton plus fidèle et dévoué ami. » Il avait, le 7 août 1830, signé, comme « aide de camp du général Pajol, ayant eu le commandement de la barrière de Clichy », le certificat suivant en la faveur du même Gillet, Jean-François : « Nous certifions que Jean-François Gillet, jardinier à Montmartre, a constamment combattu à nos côtés, qu’il ne nous a point quitté un seul instant pendant tout le temps qu’a duré le danger et qu’il s’est empressé de se réunir à nous avec la troupe qu’il avait recrutée, pour nous suivre rue de Richelieu, le 29 du mois dernier, où nous avions reçu l’ordre de M. le comte de Laborde et le colonel Bro de nous rendre pour repousser l’ennemi qui occupait cette position, qu’il s’est comporté en brave défenseur de nos libertés et qu’après le résultat glorieux que nous avons obtenu dans cette journée, il s’est transporté à Montmartre, pour s’opposer avec les siens aux désordres qui régnaient de ce côté, et que c’est à son seul zèle et à celui de M. Quartry, Goubert, Languet, Moreau, que l’on doit la conservation de la barrière Blanche, qu’ils ont gardée nuit et jour, sans prendre un seul instant de repos, et qu’ils ont mérité tout ce que M. le préfet de la Seine daignera faire pour eux, relativement aux établissements qu’ils possèdent au cimetière du Nord. M. Gillet, chef d’une nombreuse famille, n’a pas craint de s’exposer aux plus graves dangers pour faire preuve du zèle patriotique dont il est animé. » Archives de Paris VK3 45 in dossier Gillet, Jean-François. Si c’est bien le même : Rumigny, aide de camp du duc d’Orléans, notait dans son carnet, le 2 août 1830 : « Je viens de faire venir au Palais [-Royal], pour le garder, une troupe d’ouvriers commandés par deux frères : MM. De Vernon. Je trouve qu’ils ont l’air de brigands ; leurs gens sont en haillons. Ils étaient à la Bourse pendant le combat des trois jours. Ils s’en sont emparés. Je les ai demandés à Carbonel, aide de camp du général Lafayette, dans une visite que je lui ai faite ce matin. Avec des ouvriers mal armés et qui effraient par leur tournure passablement horrible, je vais faire une police plus sévère qu’avec les meilleurs soldats du monde. Ce sont les vainqueurs du jour ! J’ai fait arrêter un misérable qui voulait proclamer la république. Mes chers ouvriers lui ont donné une raclée de coups de poing conditionnées. S’il avait fait résistance ils l’auraient mis en pièces sans pitié. » Et le 5 août : « Hier nous avons eu des péroreurs dans la cour du Palais. Un jeune homme parlait avec une rage incroyable contre la royauté, lorsque des ouvriers armés qui gardaient le Palais-Royal s’en sont approchés et l’ont tiré par la jambe. L’orateur est tombé du haut de sa borne sur le pavé ; il s’est à peu près brisé le crâne. Je l’ai fait enlever et porter à l’hôpital où il est mort en arrivant. Personne que moi ne s’est ému de l’accident, j’ai entendu dire en riant dans les groupes : “Encore un bavard de moins !” » Souvenirs du général comte de Rumigny, aide de camp du roi Louis-Philippe (1789-1860), Paris, Frères éditeurs, 1921, p. 240-241.

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