Vigouroux, Jean
Biographie
Né vers 1810. Ouvrier horloger. Il fut arrêté avec Souchat, Antoine (voir ce nom) dans la nuit du 27 juillet par la police près du monastère du Temple et conduit au poste du marché Saint-Martin. Quand on la police le fouilla, elle trouva dans sa casquette dix cartouches à balles et dans ses poches un étui contenant de la poudre à tirer, deux pierres à fusil et une baguette de pistolet ; aux questions qu’on lui posa sur la provenance de tout cet attirail, Vigouroux prétendit qu’on le lui avait donné. Le 28, il fut libéré avec Souchat par les émeutiers qui prirent le poste et en chassèrent les gendarmes. Il continua les combats sur les boulevards, à la Grève, au Louvre. Après la révolution, il fit d’abord partie de la compagnie des voltigeurs du 2e bataillon de la VIe légion de la garde nationale puis s’engagea volontaire au 62e régiment, 3e bataillon, 1re compagnie, caserné à Paris. Le 25 août 1831, il sollicita du roi qu’il suppléât « à l’oubli que la commission a fait à son sujet et de lui accorder la croix décernée aux braves de Juillet ». Il joignait à sa demande plusieurs certificats. Le premier, ce billet qui ordonnait son arrestation et que, expliquait-il, « étant à se battre au Louvre, le hasard lui a fait trouver un ordre de la police qui vient à l’appui de ce qu’il expose » ; cet ordre était ainsi rédigé : « Ronde de nuit, préfecture de police. M. le commandant du poste Saint-Martin est invité à tenir consignés à la disposition de M. Marigues, commissaire de police du quartier du Temple au bureau duquel seront conduits à 8 heures du matin les nommés Souchat, Antoine, âgé de dix-neuf ans, bijoutier, rue Saint-Denis numéro inconnu, et Vigouroux, Jean, âgé de dix-neuf ans et demi, horloger, demeurant rue Boucherat n° 18, lesquels nous avons trouvés [partie du manuscrit détruite] monastère du Temple en [partie du manuscrit détruite] la première parole que ce dernier [partie du manuscrit détruite] c’est Si nous avions des bâtons, quelque chose pour attaquer. Mais au poste, l’ayant fouillé nous avons trouvé dans sa casquette dix cartouches à balles plus dans ses poches un étui contenant de la poudre à tirer, deux pierres à fusil et une baguette de pistolet, qu’il nous a dit qu’on lui avait donnés. Signé, le 28 juillet 1830, le chef de ronde de nuit, Fellens ». Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Jean Vigouroux, demeurant chez moi, est parti le 27 juillet 1830 à 6 heures du soir, avec une arme à feu, de la poudre et des balles et n’est rentré que le lendemain lorsqu’il fut mis en liberté par le peuple, qui s’est emparé du poste de gendarmerie du marché Saint-Martin. » Signé : Ferrant, horloger, demeurant 18, rue Boucherat. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Jean Vigouroux a été arrêté dans la nuit du 27 au 28 juillet 1830 avec des armes. » Signé, le 10 août 1831 : Jaumet, L. illisible, demeurant 18, rue Boucherat. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le nommé Vigouroux a été arrêté dans la nuit du 27 au 28 juillet 1830. Je constate l’avoir vu le 28 au matin dans la prison du corps de garde marché Saint-Martin. » Signé, le 10 août 1831 : Lepine, demeurant 9, rue Borda (le numéro est incertain), vis-à-vis ledit corps de garde. En juin 1832, il était toujours fusilier au 62e régiment de ligne. Il fut arrêté le 7 juillet 1832 et fut l’un des accusés présentés en octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine pour sa participation à l’émeute des 5 et 6 juin 1832. L’émeute avait été déclenchée à l’occasion des obsèques du général Lamarque, soldat de la Révolution et de l’Empire, figure du mouvement libéral, et qui venait de mourir de l’épidémie de choléra qui ravageait la France. Pendant la cérémonie des obsèques, un escadron de dragons, censés veillés à leur bon déroulement, avait chargé subitement la foule, constituée de très nombreux militaires, de gardes nationaux, d’anciens combattants de Juillet, d’étudiants, de républicains organisés. Les premiers moments de stupeur passés, l’indignation avait gagné les rangs des manifestants ; des regroupements s’étaient faits, des barricades s’étaient élevées, les premiers coups de feu s’étaient fait entendre. Rien n’avait été organisé à l’avance ou prévu dans les rangs des républicains ou des napoléonistes. Mais l’émeute s’ensuivit. Elle toucha d’abord les abords immédiats où s’était produit la charge puis s’organisa plus spécialement dans la rue Saint-Martin, jusqu’à mourir dans la rue du Cloître-Saint-Merri. Il y eut des morts, de nombreux blessés, des arrestations. Le procès du mois d’octobre 1832, devant la cour d’assises de la Seine, concernait plus spécialement les révoltés de la rue Saint-Martin, au nombre de vingt-deux. L’acte d’accusation reprenait ainsi les charges qui pesaient sur les accusés : « Le 5 juin dernier, entre 6 et 7 heures du soir, une barricade fut construite dans la rue Saint-Martin, au coin de la rue Aubry-le-Boucher, à l’aide du renversement d’une voiture destinée au transport des farines, et de l’enlèvement des échafaudages et de la clôture en planches d’une maison en construction. Les nommés Jeanne et Rossignol furent remarqués comme les premiers et les plus actifs constructeurs de cette barricade, qui fit de ce point le théâtre le plus meurtrier de la révolte. Vers 8 heures, elle arrêta une patrouille de garde nationale, au-devant de laquelle se présenta le nommé Rossignol. L’officier qui la commandait ne répondit qu’en tirant son épée aux propositions que celui-ci osait lui faire de passer dans les rangs des insurgés, aussitôt des coups de feu furent tirés de la barricade sur cette patrouille, trop faible pour soutenir un engagement. Les rebelles, sentant la nécessité de se procurer des armes, forcèrent l’entrée de la maison située rue Saint-Martin, n° 50, et habitée par le sieur Blanc, chef de bataillon de la garde nationale, dans l’appartement de qui étaient déposés des fusils, des pistolets et des sabres. Toutes les armes qu’on n’avait pas eu le temps de cacher furent pillées par les insurgés ; les appartements placés au-dessus de celui du sieur Blanc, et donnant sur la rue, furent envahis, remplis de pavés ; les effets précieux des locataires furent enlevés, et des fenêtres de ces appartements où un continuel fut dirigé sur les troupes qui se présentaient devant la barricade pendant que dans la cour on faisait des balles avec le plomb des gouttières. Les nommés Jeanne, Leclerc, Jouanne, Rossignol, Goujon et Rojon, furent signalés comme ayant été vus tirant des coups de fusil sur les troupes. Les mandats décernés contre les trois premiers ne purent être mis à exécution. Rossignol est propriétaire, conjointement avec un nommé Fournier, d’un café établi rue Saint-Martin, n° 65. C’est du 2 juin que date l’ouverture de ce café, dans lequel la fille Alexandre était dame de comptoir. Les intelligences des propriétaires et employés de cet établissement avec les insurgés, dans la journée du 6 juin, ont été remarquées par tous les habitants de ce quartier. On a vu Fournier et la fille Alexandre faire des signaux du balcon de leur café aux insurgés placés derrière la barricade ou dans les allées des maisons voisines, pour leur indiquer l’arrivée ou le départ des troupes, et le moment favorable pour tirer. La porte de la maison où est le café resta ouverte, sur l’injonction de Fournier ; des provisions de bouche, des munitions furent portées de cet établissement aux révoltés ; et lors de la perquisition qui y fut faite, on saisit une casserole ayant servi à fondre du plomb pour former des balles. La chute de chaque soldat était suivie d’atroces applaudissements partant du café. Lorsque les troupes eurent forcé la barricade et l’église Saint-Méry, les maisons environnantes furent fouillées, et l’on arrêta dans la rue Saint-Méry, au n° 48, les nommés Métiger, Fradelle, Coiffu, Bouley, Renouf, Conilleau, Dumineray, Falcy, ce dernier encore porteur d’un fusil qu’il fallut lui arracher ; Dumineray avait les mains et la bouche noircies de poudre, et Fradelle avoua avoir tiré un coup de fusil. Il fut constaté qu’à l’aide d’un trou fait à la toiture, on était sorti de la maison rue Saint-Martin, n° 50. Les habitants reconnurent tous les individus saisis rue Saint-Méry n° 48, pour faire partie de ceux qui s’étaient emparés de vive force des lieux où l’on avait fait feu sur les troupes, et signalèrent le nommé Dumineray comme celui qui paraissait commander. Ils reconnurent également le nommé Maris, arrêté dans une dépendance de la maison ; le nommé Vigouroux, saisi sous un lit dans cette même maison, avec un fusil, et à qui l’on avait entendu dire pendant le combat : Si nous avons le dessous, je suis perdu ; enfin le nommé Mulette, arrêté dans la maison du passage Jabach, les mains, la figure noircies de poudre, avec de la poudre dans sa poche et qui avoua avoir fait des cartouches. Dans la maison du passage, et chez un locataire, était réfugié un individu qui y avait laissé son fusil, marqué sur la banderole du nom de Parmentier. L’instruction a révélé que ce fugitif était le nommé Fourcade, et que le fusil lui avait été livré par son propriétaire lorsque, faisant partie d’une bande d’insurgés, Fourcade l’avait personnellement et avec violence sommé de donner ses armes. Divers habitants, notamment le nommé Polite, avait cédé à des sommations accompagnées des mêmes circonstances ; Polite reconnut le nommé Grimbert comme celui à qui il avait été forcé de livrer son fusil. Le sieur Morel de Rubempré a été signalé par un témoin comme ayant paru seulement au moment du rassemblement tumultueux qui a précédé l’érection de la barricade. Il disait dans un café voisin qu’on était à l’aurore d’un beau jour, promenait dans la rue un drapeau tricolore garni de crêpe, et criait Vive la république ! Tous les accusés nient les faits à eux imputés, et prétendent, ou avoir été contraints par des rassemblements, ou s’être trouvés comme curieux dans les endroits où ils ont été arrêtés ou signalés. » Il était plus précisément accusé « d’avoir, en juin 1832, commis un attentat dont le but était, soit de détruire ou de changer le gouvernement, soit d’exciter les citoyens ou habitants à s’armer contre l’autorité royale, […] d’avoir en réunion de plus de vingt personnes armées, attaqué avec violences et voies de fait la force publique agissant pour l’exécution des lois […], d’avoir volontairement et avec préméditation commis des tentatives d’homicides sur des agents de la force publique, lesquelles tentatives manifestées par un commencement d’exécution, ont manqué leur effet seulement par des circonstances indépendantes de la volonté de leurs auteurs ». « M. le président. Vigouroux, vous appartenez au 62e régiment d’infanterie ? R. Oui, mais j’étais en congé depuis le mois de mai. – D. Dans le nombre des révoltés qui ont défendu avec tant d’opiniâtreté la maison n° 30, on a remarqué un soldat du 62e : n’était-ce pas vous ? – R. Non, Monsieur ; j’étais malade au point que je pouvais à peine sortir. – D. Il n’y avait alors à Paris que deux soldats du 62e, vous et Charrier ; et l’accusation ne reproche rien à Charrier. R. Je n’étais pas rue Saint-Méry – D. L’accusation prétend que vous disiez que vous seriez perdu si vous aviez le dessous ? – R. Comment voulez-vous que je me batte ? je suis soldat. – D. On prétend que vous étiez caché sous le lit d’une demoiselle Morand ? – R. C’est faux. – D. La demoiselle Morand le prétend. – R. Les personnes de ma maison vous prouveront que je suis resté chez moi. » Reconnu coupable d’avoir attaqué avec violence et voies de fait et en réunion armée de plus de vingt personnes la force publique agissant pour l’exécution des lois, mais avec circonstances atténuantes, il fut condamné, le 31 octobre 1832, à six années de réclusion. A l’issue du procès, comme ses amis lui pressaient les mains sur son passage, il répondait Ce n’est rien que cela ! nous nous reverrons aux barricades ! » Vigouroux demeurait 18, rue Boucherat en juillet 1830. Archives nationales F/1dIII/78 ; Archives nationales BB/18/1330 ; Archives de la préfecture de police AA 366, condamnés politiques sous le régime de Louis-Philippe (sous le nom de Vigoureux, Jean, marié, père de cinq enfants, agent d’affaires, demeurant 7 bis, rue de Provence, condamné de juin 1832 et qui demandait une place de directeur d’une maison centrale ou de correction en province) ; Procès des vingt-deux accusés du cloître Saint-Méry événements des 5 et 6 juin 1832 suivi de pièces justificatives, Paris, chez Rouanet libraire, 1832.