Vitry, Pierre, Hippolyte

Biographie


Né le 4 octobre 1808 à Paris. Garçon de chantier. Il donnait le récit suivant de sa participation aux combats (l’orthographe et le style sont très approximatifs et parfois corrigés pour rendre la lecture plus facile) : « Le mercredi 28 entre 11 heures et midi, je vis une vingtaine de citoyens qui descendaient le pont de la Tournelle et qui projetaient de désarmer les gendarmes. Je me réunis à eux et arrivé au poste de la rue des Fossés, un d’eux, s’adressant au maréchal des logis, l’invita à rendre les armes. Sitôt la réponse du maréchal des logis, qui fut Prenez nos armes, je courus au poste et j’y entrai le second. De suite au râtelier, je prends deux fusils, j’en donne un au premier qui arrive. Avant de sortir, je demande à un gendarme si les armes étaient chargées ; il me répondit Oui et faites attention. Alors, sortant de là, je me rendis au poste du pont de la Tournelle, sous le commandement de M. Simar (à rechercher, pas trouvé). Peu de temps après, la fusillade roulait à la Grève et, impatienté d’être à ce poste, je ne tardai pas à l’abandonner pour aller combattre. Passant sur le pont de la Cité, j’entendis plusieurs balles siffler, ce qui augmenta mon ardeur. Je continuai et arrivai le long du parapet, où je tirai plusieurs coups de fusil. N’ayant plus de cartouches, j’en demandai à Vincent, qui était près de moi et, au moment où il me donnait une cartouche il fut atteint d’une balle qui le traversa. Comme il allait tomber, je le retiens, le prends sous mon bras et le descend par un petit escalier. Aussitôt j’appelle Voisin, qui était en tirailleur, et il arrive aussitôt et passe son fusil sous les jambes du blessé. Nous prenions le chemin de l’Hôtel-Dieu mais, en route, des citoyens voulaient nous prendre nos armes, disant que nous n’en avions plus besoin. Nous préférons laisser porter notre camarade par d’autres et conserver nos armes. Nous revenons donc bien vite prendre de nouveau position près du pont d’Arcole, lorsqu’un peloton de Suisses s’avançant sur le pont, nous fûmes obligés de nous retirer dans les rues étroites de la Cité et, là, faisant feu sur les Suisses, ils furent obligés de rétrograder. Nous reprîmes notre position. C’est sur les 4 heures quand le nommé Garnier, me voyant en colère, me dit Qu’as-tu ? Je lui dis Voilà deux coups que mon fusil rate. Il me le prit et me donna le sien, avec lequel je tirai plusieurs coups, en attendant qu’il arrange la pierre du mien, qui était usée. Ensuite il l’essaya et me le rendit en bon état. Je manquai de munitions. Je passai le pont Rouge et revint sur le quai de la Tournelle, où je demandai de la poudre à un commis en vin, qui ne tardait pas à m’en donner. Alors, aussitôt muni, je gagnai la Cité. En passant, je vis fondre des balles. J’en demande, on m’en donne et j’arrive au pont d’Arcole, où je fis feu jusqu’à près de 9 heures et demie du soir. C’est ainsi que se passa ma journée du 28 juillet 1830. Le jeudi 29, je vais, dès le matin, chercher de la poudre au poste de la place Maubert. De là, suivant un petit détachement, nous allons vers le marché aux chevaux. Là, chacun va de son côté et je vais rue Mouffetard au coin de la rue du Fer-à-Moulin, où je me fis inscrire au poste. Je fis deux patrouilles. A la deuxième, passant rue de Lourcine, on désarmait la caserne. Un étudiant, s’adressant au chef de patrouille, dit qu’il y avait un rassemblement de citoyens armés place de l’Odéon, et que nous ferions bien de nous y rendre. Le chef ne répondit pas. Je lui dis : Vous venez d’entendre ce jeune homme. Et bien oui me dit-il, mais nous ne quittons pas notre quartier. Je dis alors : Moi qui ne suis pas de votre quartier je vous quitte et me range au long de ceux qui désarmaient la caserne. Le désarmement fini (de quel poste ?, N.D.A.), on va en ordre jusqu’à la place de l’Odéon. De là, on partit pour la caserne Babylone. Arrivés rue de Grenelle-Saint-Germain, au coin de la rue Mademoiselle, un de nos commandants alla en députation et revint. Alors, on commanda de marcher vers la caserne. Les Suisses nous ayant laissé approcher, nous lâchèrent une bordée de coups de fusils, ce qui mit l’épouvante. On bat en retraite. Les tambours ne sachant pas ce qu’il en était battaient toujours mais, regardant derrière eux, ils ne virent plus personne, revinrent toujours en battant la charge. Alors chaque commandant de peloton reforma son peloton et se mit en marche. Ce ne fut pas sans peine car les Suisses embusqués tiraient, parés par leurs matelas qui les mettaient à l’abri de nos balles. Moi, traversant la rue, je me mis dans une maison qui fait le coin de la rue Mademoiselle. De là, je tirais quelques coups de fusil sur la caserne mais, voyant qu’on apportait de la paille, je sortis de la maison et fus me mettre le long de la porte où on mit le feu. On tira un coup de canon, qui ne produisit pas grand effet. Les Suisses se rendirent. Un petit garçon vint me dire Il y a des Suisses dans cette maison (attenante de la caserne). J’y courus et montai jusqu’au deuxième, où il y avait déjà un porte-drapeau, qui ne pouvait passer son drapeau au travers d’un carreau. Je cassai deux ou trois barres de la croisée, ce qui lui donna plus de facilité. Tout à côté était une porte fermée, que je défonçai à coups de crosse. Aussitôt j’entre dans la chambre, la baïonnette en avant. Je regarde à droite et à gauche. Je ne voyais rien, quand, tout à coup, j’aperçois au-dessus d’une petite porte de bûcher le haut de la tête d’un homme. Je m’approche et mets la baïonnette près de la tête, criant Qui vive ! j’entends répondre par plusieurs voix tremblantes Français, grâce, grâce ! J’ouvris la porte et vois dix Suisses. Je dis Ah ! Malheureux, vous voilà en notre pouvoir. Aussitôt, plusieurs camarades arrivèrent, disant Faut les tuer ! Je dis alors Mes amis, ne les tuons pas, je vous en prie, vous les voyez plus morts que vifs et soyons humains. Peut-être n’en feraient-ils pas autant pour nous, c’est égal, faisons-les prisonniers. Alors on partage mes sentiments et on les fait descendre dans la cour. On les a attachés. Peu de temps après, on partit et on regagna l’Odéon. Il était 2 heures un quart. On dit Ceux qui ont faim peuvent aller manger. Je vins rue des Fossés-Saint-Bernard, donner de mes nouvelles à mon père et lui conta mon histoire ; il en fut enchanté. Je le quitte et vais rejoindre le détachement. On partit ensuite pour le Louvre. Mais nous y arrivons trop tard, il était déjà rendu. Alors je pris [congé] de la troupe et je revins dans mon quartier, qui est le port aux vins. Là, je fus reçu on ne peut mieux. Boire avec l’un, boire avec l’autre, je ne tardais pas à être en goguette. C’est ainsi que je passai la journée du 29 juillet 1830. » Il signa un certificat de notoriété qu’il signa en faveur de Vincent, Pierre. Un rapport de la mairie relatait ainsi sa participation aux combats : « Le 27, à l’affaire de la rue Saint-Honoré. Le 28, il combattit au pont Rouge, au Petit-Pont et au quai de la Cité jusqu’au soir. Le 29, il coopéra au désarmement de plusieurs postes, fut à Babylone, où il se battit avec intrépidité. Sortant de là, il fit prisonniers dans une maison voisine six Suisses, auxquels il sauva la vie. Sa belle conduite l’a fait nommer porte-drapeau de la légion. » Le détail des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales au sujet de Raboulin, Claude établit qu’il avait combattu avec ce dernier. Il reçut un total de cent francs de secours auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il fut choisi pour siéger dans le jury de la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement mais dut démissionner puisque, le 28 janvier 1831, il envoyait une lettre au président du jury pour s’excuser de ne pouvoir plus siéger du fait de son admission à l’hôpital. Il fit partie avec Delestre (président du jury), Condé Louis-Philippe Antoine, Chanonat Pierre Adolphe, Dufresne Olivier Claude, Grün Sébastien Jacques, Herfort François Joseph, Laugier Adolphe, Leuillier Antoine Pierre, Maës Nicolas Joseph, Mercier Célestin Joseph Valentin, Paris Théodore Marie Augustin, Parquet Charles Egalité, Prévost Henry François, Vayron François Benjamin, Vitte Joseph Marie, des seize membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) XIIe. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales, en date du 11 janvier 1831, ne contient pas de faits nouveaux autres que ceux déjà relatés dans le rapport de la mairie. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 11 janvier 1831, à neuf voix pour la croix, aucune voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il comparut, le 13 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIIe arrondissement, pour attester parfaitement connaître Raboulin, Claude et savoir qu’il avait « combattu dans la journée du 28 juillet au pont d’Arcole et qu’il y a été atteint d’une balle au bras gauche ». Il comparut, le 13 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) XIIe arrondissement, pour attester connaître parfaitement Vincent, Pierre et « avoir combattu avec lui dans la journée du 28 juillet et qu’il y a été blessé au pont d’Arcole par un coup de feu au sein droit sur les 3 heures de l’après-midi ». En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1831, il était porte-drapeau de la XIIe légion de la garde nationale. Il demeurait 14, rue des Boulangers en 1830-1831. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 1-2 in dossier Demandes de récompenses et de secours, et recommandations (1830-1831) ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique (cité deux fois dont la deuxième sous le numéro 249) ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 11 janvier 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), cité deux fois, idem Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, propositions honorifiques du 20 janvier 1831 ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 54 ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés et non blessés pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement et état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/73 in dossier Raboulin, Claude ; Archives nationales F/1dIII/78 in dossier Vincent, Pierre ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys.

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