Voisin, Alexandre

Biographie


Ouvrier chez Millelot, confiseur, 3, passage du Panorama. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. Il adressa le récit suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les trois jours : « 26 juillet. Un des premiers, je résistais au gouvernement de Charles X par la voie de ses gendarmes qui le soir du 26 lundi, voulant arrêter des personnes qui étaient en face la Rotonde du Palais-Royal avaient lu ou décrié les fatales ordonnances. Je voulus m’avancer pour tâcher de les délivrer, ce qui aurait pu se faire avec l’aide de plusieurs personnes qui étaient là. Lorsqu’une vingtaine de gendarmes, arrivant par le perron, nous fit reculer. L’un d’eux me racla le bout du pied avec son fusil en faisant le moulinet pour nous faire reculer. Je me ressentis quelques jours de ce coup. 27 juillet. J’étais à la Bourse au moment du feu du corps de garde. Je fis ce qui était en mon pouvoir pour empêcher les pompiers d’éteindre un poste déshonoré. J’y parvins en parlant au chef. Nous fîmes serment de mourir ou de venger un homme tué sur la Bourse. Nous allions chez Polignac lorsque pensant que nos armes ne suffiraient pas nous eûmes des armes rue de la Paix. Je pris deux épées, ne voyant pas d’armes à feu. J’en donnai une à un de mes amis et nous passâmes la nuit tout habillés sur le carreau. Le 28. Le matin, je fus à l’aide de la destruction des fleurs de lys. Brûlé près la place du Palais-Royal, je me mêlais des discussions des officiers de la garde avec le peuple ou l’un d’eux disait qu’il faudrait bien se soumettre. Ils firent des décharges rue Croix-des-Petits-Champs ou seul dans la rue tandis qu’ils étaient arrêtés place des Victoires et en face la rue Coquillière, je m’hasardais d’aller ramasser un homme qui avait reçu une balle lorsqu’un jeune garçon pharmacien en face vint à nous, le prit dans ses bras et je l’aidais, étant tourné du côté des troupes, qui ne tirèrent pas sur nous, ce qui m’a toujours étonné. Je suivis d’autres troupes rue Montorgueil, marché au beurre, où il y eut deux soldats tués. Etant arrivé le premier derrière eux, je ne pus avoir leur fusil, cinq ou six personnes qui étaient sous les piliers étaient arrivés avant moi pour les désarmer. Cependant je me rendis utile dans cette occasion car j’allais chercher le plomb que l’on nous envoyait pour charger les deux fusils. N’ayant plus de cartouches l’on avait que de la poudre, j’en avais deux onces depuis très longtemps, que je donnais. Je manquais bien de recevoir une balle qui vint frapper contre le mur à un pied tout au plus de moi ; j’en sentis des parcelles de la pierre. Je voulus aller à la porte Saint-Denis mais impossible d’approcher, l’on nous tirait dans toutes les rues adjacentes. Sur les quais, il n’y avait personne, nous nous traînions presque à quatre pattes pour aller à l’hôtel de ville où le canon nous mitraillait le terrain faisant dos d’âne nous pouvions avancer difficilement. Je ne dirai pas que je suis vainqueur de l’hôtel puisque je n’avais pas de fusil mais le soir j’en eus un qui me servit bien le lendemain. Le 29. Le matin, j’étais sur le Pont-Neuf, où l’Institut répondait au Louvre. Sur les quais impossible d’avancer. Je me décidais à tirer deux coups de poudre qui me restaient avec des morceaux de fer rond, placé près d’une boutique sur le Pont-Neuf. J’allais ensuite sur la Bourse où l’on me donna quelques cartouches. Je suivis un bataillon de braves pour aller déloger les troupes qui venaient de monter dans les maisons rue Saint-Honoré et place du Palais-Royal. Rue de Richelieu, je mendiais encore quelques cartouches, disant que je n’en avais pas. Près le Théâtre-Français, j’usais mes cartouches. Lorsque ayant pris la pièce de canon, le feu fini, on les fit descendre et j’en vis après le combat massacrer plusieurs. J’aidais à sauver ceux qui avaient porté la mort parmi nous. Les malheureux étaient très pâles, notamment un gros, que je protégeais en marchant droit devant lui. On le fit rentrer dans une maison. De là, je fus aux Tuileries, où le peuple se sauvait en disant que les troupes revenaient à la charge. J’entrais avec effort par la grille où l’on sortait et je parvins à la place des Maréchaux, où l’on me mit en faction jusqu’à 6 heures, poste où je manquais plusieurs fois d’être enfoncé par ceux qui disaient vouloir voir les appartements ; mais en effet c’était la plupart pour piler. Je passais la nuit à la Bourse, où le caporal qui commandait me demanda mon nom et ma demeure, qu’il inscrivit. J’ai cru depuis que l’on m’aurait fait appeler mais rien. C’est pourquoi j’ai réclamé pour que justice soit rendue à qui de droit. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu M. Voisin le 29 juillet 1830, rue de Richelieu près la rue Saint-Honoré au moment du combat. Il était armé d’un fusil ; il avait très chaud ; sur la demande que je lui ai faite de son fusil, il m’a répondu n’être pas assez fatigué quoique ayant passé deux nuits. » Signé : Lecocq, Achille. Le deuxième certificat, ainsi rédigé : « Je certifie que le jeune Voisin qui demeure chez moi depuis plusieurs années est sorti en armes le 28 juillet au matin, qu’il est rentré le soir avec un fusil, qu’il a passé la nuit au poste de la Bourse et que le 29 juillet il a continué à se battre. Je l’atteste d’autant mieux que je l’ai rencontré plusieurs fois pendant ces deux immortelles journées. Je lui ai délivré le présent d’après la demande qu’il vient de me faire. » Signé, le 1er juillet 1831 : Millelot, confiseur, demeurant 3, passage du Panorama. Le troisième certificat, ainsi rédigé : « J’atteste avoir vu le sieur Voisin dans les trois journées de Juillet les armes à la main dans les rues de Paris. » Signé : Tavan, Henry jeune, demeurant 18, passage du Panorama. Il demeurait 3, passage du Panorama en 1831. Archives de la préfecture de police AA 417.

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