Voruz, Pierre, Samuel
Biographie
Né le 27 novembre 1806, fils de Voruz, Jean, Samuel (lui-même fils de Voruz, Jean, Samuel et de Gellieron, Jeanne, Magdeleine, son épouse, rentière, née le 6 mars 1772 à Moudon en Suisse), fondeur, et de Colette (ou Collet dans son acte de naissance et dans son acte de décès ; ainsi que dans l’acte de naissance de sa sœur), Jeanne, Madeleine (née le 15 mai 1785 à Rezé, fille de Collet, André, portefaix, et de Ordroneau, Julienne, son épouse), fille de confiance ; les parents s’étaient mariés le 20 ventôse an XIII à Nantes. Fondeur, qui dirigeait une modique usine dont la mère était la propriétaire à la mort de son mari, le 26 octobre 1827 (il était né vers 1773 à Moudon en Suisse). Frère de Voruz, Jean, Simon, qui fut blessé dans les combats. Sa mort est ainsi relatée dans la Révolution des départements ou histoire complète et détaillée des troubles qui ont éclaté dans les départements et des événements qui ont eu lieu dans chaque ville en particulier depuis l’insurrection de la capitale, par J.-B. Ambs : « Dans ce combat qui fera à jamais la honte des autorités nantaises, la cause nationale eut à déplorer dix jeunes gens morts sur le terrain ou des suites de leurs blessures. Outre le nom de Camin, nous avons eu le bonheur de retenir ceux de Chauvet, Rigaud, Vorux. Leurs convois ont été suivis d’une foule immense. La garde nationale à pied et à cheval a été neuf à dix jours sur pied pour leur rendre les honneurs militaires dus aux grades supérieurs, et des discours pleins de verve et de patriotisme ont été prononcés sur leurs tombes. » Il mourut, le 19 août 1830, après trois semaines de souffrance, des suites des blessures reçues pendant les combats sur la place Louis-XVI contre le 10e léger à Nantes. On trouve dans le récit que fit Bosset, Charles, Auguste de sa participation aux journées de Juillet, une allusion à la présence de Voruz dans les combats, mais sans pouvoir discerner duquel des deux Voruz il s’agissait, : « […] Que lors des derniers événements provoqués par les déplorables ordonnances, n’écoutant que son patriotisme il arriva le premier armé à la bourse de Nantes et mit tout en œuvre pour exciter ses concitoyens à la défense commune ; que, le lendemain des premiers engagements, il entreprit de délivrer ceux de ses compagnons d’armes qui avaient été arrêtés et conduits au château ; à cet effet il se détacha de la réunion qui était en présence des troupes et se rendit avec M. Vic (voir Kitchen-Vic, Félix) au quartier général de la division ou, étant arrivé, il trouva les autorités civiles et militaires et réclama les prisonniers. Que M. le lieutenant-général Despinois, surpris de tant d’audace, le menaça d’abord de le faire arrêter, et que renouvelant d’un ton ferme sa réclamation et déclarant que ses camarades en armes attendaient sa réponse, il décida M. le lieutenant général à lui délivrer l’autorisation nécessaire pour la mise en liberté de tous ses camarades. Qu’en sortant de l’hôtel de l’état-major il essuya le feu de peloton et vit tomber à ses côtés plusieurs de ses amis et que pendant qu’ils relevaient l’un d’eux, M. Voruz (voir ce nom), son chapeau fut percé d’une balle et ses habits furent atteints de deux autres. » Nous empruntons à l’ouvrage Nantes en 1830 et les journées de Juillet de Giraud-Mangin, la relation des circonstances probables dans lesquelles il fut tué : « Mais, l’après-midi [du 30 juillet], le tumulte reprend de plus belle : 600 mauvais fusils de traite ont été enlevés chez l’armurier Chesnard ; des bandes en armes commencent à parcourir les rues, en vociférant. Une troupe d’environ 150 hommes se dirige vers le château, trouve le pont-levis fermé, la grille solidement assujettie, et se rendant compte de l’inutilité de la tentative, reflue en partie vers la place Louis XVI. Deux hommes dévoués, M. Bosset, propriétaire, et M. Kitchen-Vic, commis-négociant, les avait précédés, dans l’espoir d’être reçus par le général Despinois et d’obtenir de lui, en mesure d’apaisement, la libération immédiate des détenus. Il est entre 5 et 6 heures du soir. Au même moment, arrive par la rue de l’Evêché et la rue Chauvin un autre groupe de manifestants en armes, dont l’intention est aussi d’entamer des pourparlers avec le général. Ils crient, sans doute, mais ils pensent si peu à une collision avec les soldats que beaucoup ont mis leurs chapeaux au bout des baïonnettes. En tout ils sont là 150 à 160. Sur la place, 120 hommes du 10e léger sont rangés devant l’hôtel de la division, où sont réunis les autorités, le préfet, le maire, le général Despinois ; la gendarmerie montée, des carabiniers, des fantassins sont massés en réserve au fond de la place, dans la cour de la caserne de la Visitation. En quelques minutes le drame se joue. Un coup de fusil part, on ne sait d’où, vraisemblablement par mégarde. La fusillade devient générale. Dix manifestants sont tués ou mortellement atteints : Chauvet, commis-négociant ; Dolbeau, marinier ; Lasnier, épicier ; Pottin, relieur ; Racineux, tisserand ; Réseau, cordonnier ; Rigaud, commis quincaillier ; Camin, docteur-médecin, qui décède le 7 août ; Pierre, Samuel Voruz, fondeur, meurt le 19 août ; Robert, ouvrier raffineur, le 22 août. Tous jeunes gens de 17 à 36 ans. A ces victimes, il faut ajouter 39 blessés, dont 8 resteront estropiés pour la vie. Deux femmes furent atteintes par ricochets : la veuve Pavageau (lire Parageau, Perrine, femme Martin), tricoteuse, 67 ans, blessée d’un coup de feu au talon, et la femme Deberge, journalière, blessée à la joue, sur le pas de sa porte, à l’entrée de la rue Saint-Clément. » Il était célibataire en 1830. Il était chef de l’établissement de sa mère, veuve, qui par la perte de son fils était dans l’impossibilité de continuer son état, de diriger convenablement son établissement et se trouvait dans un besoin réel. Elle était mère de cinq enfants. Voruz, née Colepte, Jeanne, Madeleine, née le 15 mai 1785 à Nantes, fut pensionnée de deux cents francs comme ascendante d’un victime. Sa fille, Aglaé, Aimée, née le 8 septembre 1817, fut proposée par la ville de Nantes pour une pension de cent cinquante francs et pensionnée jusqu’en 1838. Son autre fille, Marie-Louise, née le 30 avril 1821, fut proposée par la ville de Nantes pour une pension de cent cinquante francs et pensionnée jusqu’en 1839. Son nom, avec celui de Emile Camin, Jean Reseau, Maurice Racineux, Auguste Chauvet, Jean-Marie Dolbeau, Napoléon Rigaud, Hubert Robert, Mathurin Pottin et Agnan Lasnier, est inscrit sur la colonne polygonale du cimetière de Miséricorde à Nantes, érigée en mémoire des combattants de Juillet nantais morts dans les combats. La construction du monument, permise par une souscription lancée par le Dr Guépin et ses amis, avait été réalisée par l’architecte Guillemet et le sculpteur nantais Suc. Sur le quadrilatère du soubassement, on peut lire :
A nos concitoyens morts pour la défense de nos droits.
La Nation qui n’honore pas les martyrs de la Liberté, n’est pas digne d’être libre.
La défense de la Charte est confiée au patriotisme de tous les citoyens.
Le pouvoir qui viole la Constitution signe lui-même l’arrêt de sa déchéance.
Voruz demeurait avenue de Launay à Nantes en 1830. Révolution des départements ou histoire complète et détaillée des troubles qui ont éclaté dans les départements et des événements qui ont eu lieu dans chaque ville en particulier depuis l’insurrection de la capitale, par J.-B. Ambs, Paris, Terry jeune, libraire, Palais-Royal galerie de Valois, n° 185, 1831, p. 190-191 (par erreur sous le nom de Vorux) ; Tableau général et alphabétique des pensions inscrites depuis le 1er janvier jusqu’au 31 décembre 1831, Imprimerie royale, Paris, 1832, p. 31 ; Nantes en 1830 et les journées de Juillet, Giraud-Mangin, in Revue d’histoire moderne et contemporaine, année 1931, p. 465-466 ; Archives nationales F/1dIII/40 (année 1832) ; Archives nationales F/1dIII/80, Loire-Inférieure, Travail de la commission d’enquête pour les récompenses nationales à décerner aux victimes des événements de juillet 1830 et à ceux qui y ont pris part.