Warin, Jules, François
Biographie
Né le 22 juin 1793 ou le 22 juin 1795 (dans la littérature du complot des Patriotes) à Paris. Militaire depuis l’âge de quatorze ans rentré dans ses foyers en 1815 « couvert de blessures », employé dans une maison de commerce, il fut dès le mois de mai suivant son retour compromis dans le Complot des Patriotes. Il avait eu l’intention avec Lascaux de débaucher des soldats de la garde. Arrêtés, ils furent conduits à l’Ecole militaire et emprisonnés. Par les militaires, Warin reçut vingt-cinq coups de corde. Il fut convaincu d’avoir copié la proclamation du Complot des Patriotes, qui avait été trouvée à son domicile, d’avoir tenu des propos séditieux dans un lieu public, d’avoir soustrait frauduleusement six bouteilles de vin dans un cabaret et d’avoir provoqué à la désertion. Un rapport de police nous apprend que durant sa détention à la prison de La Force, il avait « écrit à sa mère de faire disparaître de chez elle les papiers qui pourraient le compromettre et lui a annoncé qu’il avait eu, au moment de son arrestation, la présence d’esprit d’avaler sa carte de patriote [la lettre fut interceptée]. On a fait perquisition ce matin chez la dame Warin mère. Il y a été saisi une plaque de schako représentant une aigle et deux pièces manuscrites en l’honneur de Bonaparte paraissant être écrites de la main de Warin ». Il fut condamné à la déportation, pour impression ou distribution d’écrit contenant des provocations directes au renversement du gouvernement. Une lettre du directeur des affaires criminelles et des grâces, en date du 23 août 1818, intercède en sa faveur, au moment de l’amnistie : « [...] Il n’avait que 22 ans. Il expose que depuis l’âge de 14 ans il était resté dans les camps jusqu’en 1815, qu’il rentra en France, couvert de blessures ; qu’il était la consolation de son père âgé de 74 ans, et qu’il allait s’unir à une jeune personne de 18 ans [sans doute Sonnomge, Fayolle, N.D.A], qui, à la suite de la condamnation qu’il subit, a terminé ses jours par le poison. » Il fut gracié, le 9 septembre 1818 et devait rester vingt ans sous surveillance de la haute police. Quand il fut gracié, une lettre du ministre de la Police au ministre de la Justice révéla que la mesure avait été prise trop précipitamment, car Warin s’était permis dans la prison du Mont-Saint-Michel, « de déchirer à coups de couteau l’ordonnance du 6 février contenant des dispositions d’indulgence en faveur des détenus, et accompagna cet acte de propos les plus grossiers contre le roi et son auguste famille. Le directeur fut contraint de le séparer des autres prisonniers ; depuis le sieur Warin a renouvelé ses invectives contre Sa Majesté. Cependant ce détenu a obtenu sa grâce le 25 août dernier. » Le ministre de la Justice répondit n’avoir pas eu connaissance des faits reprochés à Warin et que le recours en grâce n’avait été appuyé que par les circonstances atténuantes que l’examen du dossier révélait : « Les charges qui avaient motivé la condamnation avaient semblé légères, et Warin paraissait d’ailleurs avoir été trop cruellement puni par les malheurs domestiques qui avaient été la suite de cette condamnation ; une demoiselle qu’il était à la veille d’épouser s’était empoisonnée. Cet affreux événement paraissait avoir altéré la raison de Warin. Toutes ses suppliques portaient l’empreinte du repentir et du désespoir. » Le garde des sceaux écrivit en conséquence, le 5 novembre 1818, au procureur général de la cour royale de Paris de « requérir lorsqu’il sera procédé à l’entérinement des lettres qui concernent Warin, la fixation d’un cautionnement très fort à l’égard de cet individu pour que la police puisse exercer sur lui avec plus de latitude la surveillance à laquelle il doit rester assujetti pendant vingt années, conformément aux lettres du roi ». En 1820, le directeur de la prison du Mont-Saint-Michel le dit sortant d’Espagne et se plaignait des lettres « affreuses » qu’il lui envoyait, à l’écriture à peine contrefaite et pleines d’obscénités et de haine pour la famille royale. Il dit de lui : « Pendant tout le temps de sa détention, cet homme s’est conduit de la manière la plus affreuse ; sans cesse il insultait la famille royale. Toutes les fleurs de lys qui lui tombaient sous la main, il les hachait à coups de canif ou de couteau, quand il en pouvait trouver ; il crachait dessus et les foulait aux pieds. Il lui est même échappé de dire Ah ! si je pouvais tenir le cœur des Bourbons ! C’est pour ces raisons qu’à peu près tout le temps de sa détention, il est allé au cachot et aux fers. Rien n’a pu le corriger. » L’Ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, librairie ecclésiastique d’Adrien Le Clère et Cie tome 64, 1830, nous apprend que Warin, en 1830, était l’éditeur des Tabatières électorales, qui furent saisies à son domicile. Il fut condamné à cinq cents francs d’amende (source sans doute le Figaro mais où ?). Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 27 juin 1831 et son brevet le 31 août de la même année. En 1831, il était homme de lettres et éditeur des Tabatières électorales sur les listes de la Commission des récompenses nationales in Archives nationales F/1dIII/39 (sur les Tabatières électorales voir Tirel). En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Varin), auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1831, il sollicitait un secours en tant qu’ancien condamné politique. En décembre 1833 et en janvier 1834, il était porté sur l’Etat des allocations versées aux condamnés politiques résidents à Paris, pour un secours de quarante-cinq francs. En juillet 1834, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut une gratification de quinze francs à titre de décoré non pensionné. Il demeurait chez son père, au Jardin des Plantes en 1816 ; 4, rue du Faubourg-Montmartre en 1830-1831 et aussi 38, rue d’Artois en 1831 ; 42, rue Coquenard en 1834-1835. Procès de la conspiration des Patriotes, chez Patris, Paris, 1816 ; Biographie des condamnés pour délits politiques, depuis la restauration des Bourbons en France jusqu’en 1827, par Imbert et Bellet, Bruxelles, 1827, p. 206 ; L’Ami de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, librairie ecclésiastique d’Adrien Le Clère et Cie tome 64, 1830, p. 222 ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Paris Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3, année 1834, état de répartition entre MM. les décorés de Juillet du (ancien) Xe arrondissement non pensionnés Archives de Paris VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Tirel ; Archives nationales F/7/6635 ; Archives nationales BB/21-222 ; Archives nationales BB/22/S/3/3186 ; Archives nationales F/7/6807 ; Archives nationales F/16/335 B ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Archives nationales F/15/3882 secours à divers titres (dossier intitulé A consulter) ; Archives de la Préfecture de police AA 335 p. 305 ; Archives de la Préfecture de police AA 366 1831-1833-1834 (sous le nom de Varin, Jules, François) ; L’Epopée des régicides. Passions et Drames. 1814-1848, Louessard, l’Insomniaque, Paris, 2000.