Bacheville, Barthélemy
Biographie
Né le 13 janvier 1784 à Trévoux (Ain), fils de Bacheville, Louis, marchand, et de Duperay, Pierrette, son épouse. Lieutenant de grenadiers à pied. Entré au service, le 29 floréal an X, au 101e régiment de ligne, caporal le 2 vendémiaire an XI, sergent le 15 août, passé aux grenadiers du 2e régiment de la vieille garde le 8 octobre 1808, caporal au 1er régiment de tirailleurs le 27 juin 1809, sergent le 15 juin 1811, lieutenant en second au 2e régiment de grenadiers de la vielle garde le 8 avril 1813, nommé chevalier de la Légion d’honneur le 16 août 1813, lieutenant en premier au 1er régiment de chasseurs de la garde impériale le 13 avril 1815, rétrogradé lieutenant en second par ordonnance royale, nommé officier de la Légion d’honneur le 11 avril 1815, à la suite du débarquement de Golfe-Juan et de la remontée sur Paris, rétrogradé au grade de légionnaire par ordonnance royale. Il fit les campagnes de l’an XII, 1806, 1807 et 1808 en Calabre, de 1809 en Espagne et une partie de 1809 à Wagram, de 1810 et 1811 en Espagne, de 1812 en Russie, de 1813 en Saxe, participa aux batailles de Lutzen, Bautzen et Dresde, de 1814 et 1815 en France ; il fut blessé par un éclat d’obus reçu à la jambe droite au siège de Gaète, eut les pieds gelés pendant l’expédition de Russie, et fut blessé d’un coup de feu reçu à la tête à Château-Thierry ; il sauva une barque chargée de trente-cinq hommes au fort de Baille pendant l’expédition de l’île de Cabre dans le royaume de Naples. Il fit partie des soldats choisis pour accompagner l’Empereur à l’île d’Elbe et participa au débarquement de Golfe-Juan le 1er mars 1815. Il fit partie du carré de la vieille garde commandé par le général Cambronne à la bataille de Waterloo. Il fut placé en demi-solde, mais dès le mois de décembre 1815, une ordonnance ministérielle le priva de cette demi-solde, pour avoir pris part au retour de Napoléon. Quelques mois plus tard, persécuté par la police, il fut, avec son frère, Antoine, capitaine au 4e régiment de tirailleurs de la garde, l’une des victimes de la Terreur blanche. Alors qu’ils se trouvaient tous les deux un jour de marché à Villefranche, près du lieu de leur naissance où ils s’étaient retirés depuis le licenciement de l’armée de la Loire, les autorités cherchèrent à les perdre. Un maréchal des logis, un commissaire de police et un prêtre nommé Bougy couraient tout excités dans la ville, appelant aux armes les gendarmes et les chasseurs des Pyrénées en criant On aura cette canaille ! Le maréchal des logis finit par accoster Bacheville, Barthélemy, lui demanda ses papiers militaires, feignit d’être agressé et tira sur Bacheville. Ce dernier riposta. Les deux frères réussirent à s’enfuir ; leurs têtes furent mises à prix pour deux mille quatre cents francs, mais ils restèrent introuvables, gagnant la Suisse puis l’est de l’Europe. Le 9 juillet 1816, la cour prévôtale condamna par contumace Bacheville, Barthélemy pour tentative de meurtre sur la personne d’un maréchal des logis de gendarmerie dans l’exercice de ses fonctions à la peine de mort et son frère, Bacheville, Antoine, pour rébellion armée contre la force armée et contre les agents de la police administrative à deux années d’emprisonnement. Bacheville, Antoine mourut en exil en 1819. En 1819, Bacheville, Barthélemy se constitua prisonnier mais, la justice devenue plus sereine décida qu’il n’y avait pas lieu à poursuivre et la sentence contre Bacheville fut levée. La Biographie des condamnés pour délits politiques, d’Imbert donne sur son compte les indications biographiques suivantes : « M. Barthélemy Bacheville, capitaine de la vielle garde, fut condamné à la peine de mort par contumace, le 9 juillet 1816, par la cour prévôtale de Lyon. Lors de la première déchéance de l’empereur Napoléon, M. Barthélemy obtint l’honneur de l’accompagner dans son exil, et il ne rentra en France que lorsque celui qui l’avait tant de fois conduite à la victoire vint remonter sur le trône. Après la funeste bataille de Waterloo, les deux frères Bacheville se retirèrent au sein de leur famille à Trévous. Leur plus douce occupation alors était de visiter leurs parents qui se trouvaient résider dans les villes voisines de celle qu’ils habitaient ; mais ces visites parurent suspectes à un ministère ombrageux ; aussi voulut-on les arrêter... M. Barthélemy, après avoir parcouru les quatre parties du monde, revint dans sa patrie, et se constitua prisonnier, pour purger sa contumace ; mais la Cour royale décida qu’il n’y avait point lieu à suivre, et qu’il serait remis sur-le-champ en liberté. Ce jugement fut rendu d’après les mêmes pièces qui, trois ans plus tôt, l’avaient fait condamner à mort… » Sur sa participation aux combats de Juillet, on peut lire : « Le capitaine Bacheville, si connu par les persécutions qu’il a éprouvées (lire ci-dessus), a quitté les prés Saint-Gervais, où il demeurait. Quelques braves l’ont suivi, et bientôt après ce petit corps s’est élevé à deux mille hommes. Il a combattu partout et a été blessé à la main. » Alexandre Dumas un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, et qui en laissa un récit impartial et bien renseigné, donnait sur une réunion qui eut lieu le 27 juillet, pour organiser la résistance, les précisions suivantes : « L’autre réunion, qui était bonapartiste, avait lieu chez le colonel Gourgaud (voir ce nom). Elle se composait, d’abord, du maître de la maison, puis du colonel Dumoulin, du colonel Dufays (voir Dufaÿ, Guillaume, Michel), du colonel Plavet-Gaubert (voir Clavet Gaubert) et du commandant Bacheville. On cherchait un moyen de faire les affaires de Napoléon II ; mais, comme tous ces hommes étaient bien plus des hommes d’action que des hommes de conseil, on n’arrêta rien, et l’on se donna rendez-vous pour le lendemain, place des Petits-Pères. » Le Constitutionnel du 29 août 1830 donnait à son sujet les informations suivantes : « On annonce que le capitaine Bacheville, qui avait été condamné à mort, exécuté en effigie, dont la tête avait été mise à prix, et qui a subi cinq années d’exil, dix ans de persécutions par la police, après vingt-neuf ans de services, treize campagnes et quatre blessures, vient enfin d’être récompensé par le gouvernement, qui lui a donné le commandement d’une place forte. Ce choix sera vu avec plaisir par les anciens militaires et par les Parisiens ; le capitaine Bacheville a donné, dans toutes les occasions, des preuves de sa bravoure, et, dans les immortelles journées de juillet, on l’a vu dans la mêlée avec son uniforme et la cocarde tricolore. » Barrier (voir ce nom), dans son témoignage, affirma avoir « le plaisir de voir dans la mêlée », le 29 juillet aux alentours du Louvre. Dans la lettre qu’il adressa à la Commission des récompenses nationales, Bruley, François, Elie, dans les titres qu’il revendiquait, avançait celui d’avoir « accompagné le capitaine Bacheville jusque près de Neuilly pour observer l’ennemi ». Dans le certificat que fit Clouet, Edouard (voir ce nom), en faveur d’Halé, Jean-Baptiste, on trouve des indications biographiques sur Bacheville. Ce certificat était ainsi rédigé : « J’atteste sur l’honneur et sur la sincérité du dévouement qui m’ont guidé pendant les glorieuses journées de juillet que M. Jean-Baptiste Halé, demeurant rue Tirechappe, n° 23, est un des premiers qui a formé le détachement que j’ai dirigé sur la place des Victoires, rue de la Monnaie, à l’attaque du Louvre, à celle des Tuileries ; que partout, au mépris des dangers, il a combattu avec cette résolution et cette ardeur qui caractérisaient les braves et enfin qu’avec moi et les débris de mon détachement il est venu se reposer au point sacré, sous le vaisseau de la Ville, que nos ennemis avait besoin et ont essayé de nous ravir et que c’est là, toujours avec moi, place de l’Hôtel-de-Ville, sous les yeux de notre illustre général, en attendant ses ordres, que se sont terminés ses services, qui paraîtront sans doute dignes de la reconnaissance nationale. J’atteste en outre que pour la confirmation de cet exposé on peut invoquer le témoignage de M. le capitaine Bacheville, commandant actuel de la place de Phalsbourg et sous les ordres duquel mon détachement a principalement marché pendant les trois immortelles journées. » Un certificat délivré en faveur de Turge, Juste, Nicolas, donne aussi quelques indications sur la conduite de Bacheville : « Nous, soussignés, certifions que le nommé Juste, Nicolas Turge fils, […] a combattu le 28 juillet à l’affaire de la rue des Prouvaires et le 29 à l’affaire du Palais-Royal et qu’il a même été de garde dans les appartements du Palais-Royal, pour empêcher les malfaiteurs de faire aucun dégât et que, le lendemain, sous le commandement du capitaine Bacheville, il a parcouru les différents quartiers de Paris pour assurer la tranquillité publique. » Dans l’exposé que fit Marchal, Auguste, Léonard de sa propre participation aux combats de Juillet, il laissa de nombreuses indications sur la conduite de Bacheville ; par exemple dans les extraits suivants : « […] Voilà la part que j’ai prise, ce jour-là, aux combats qui se sont livrés, croyant ne devoir pas parler des marches et contremarches que j’ai faites le restant de la journée, sous les ordres du capitaine Bacheville. Le lendemain 29 à 7 heures du matin, je suis descendu de Belleville, sous les ordres du capitaine Bacheville, qui avait commencé de nous réunir auprès Saint-Gervais (mon domicile alors). Nous arrivâmes à la place de Grève vers les 8 heures à peu près, par la rue du Mouton, dans laquelle nous nous sommes battus avec acharnement et avons perdu beaucoup de monde. Enfin, secondés par les citoyens qui faisaient feu par les croisées et de l’autre rive de la Seine, nous sommes parvenus à chasser la garde et les Suisses qui occupaient ce point. Après quelques instants de repos, le capitaine Bacheville nous mena au Louvre pour nous faire prendre part au combat et à la prise de ce palais mais nous n’avons pas eu le temps de combattre longtemps parce que les Suisses ou gardes royaux ont été forcés peu après notre arrivée. Immédiatement après, nous avons été faire des perquisitions dans tout le palais des Tuileries pour chercher des Suisses et, n’en trouvant pas, nous avons été nous joindre aux citoyens qui combattaient les Suisses ou gardes royaux de la rue de Rohan et Saint-Honoré. Le combat terminé, notre commandant nous a ralliés et nous a conduits à la Bourse, où nous avons passé la nuit […]. » Il signa le certificat suivant en faveur de Mauroy, Albert, Louis, Félix, Eugène : « Nous, soussignés, combattants à la prise des Tuileries le 29 juillet, certifions avoir remarqué M. de Mauroy, officier de sapeurs du génie, retraité, se battant avec un sang-froid et une intrépidité au-dessus de tout éloge et cherchant à forcer les grilles de la place du Carrousel. Nous l’avons vu ensuite pénétrer dans les appartements du pavillon Marsan, en entrant par une fenêtre dudit pavillon et poursuivant les Suisses jusque dans le jardin des Tuileries. » On trouve dans le récit que fit Simon, François de sa propre participation aux combats, mention de Bacheville ; Simon expliquait en effet : « […] Un des premiers à prendre les armes pour la défense de nos libertés, j’ai été aussi un des derniers à les déposer, après avoir combattu à la porte Saint-Martin, au Louvre et aux Tuileries, suivi le commandant Bacheville dans ses nombreuses excursions et enfin fait partie du camp de Rambouillet […]. » De la même manière, un certificat signé en faveur de Simon par le capitaine Platers témoignait ainsi : « […] Je certifie en outre l’avoir revu dans la journée du 29 près du Pont-Neuf, suivant le quai et se rendant à l’attaque du Louvre, et l’avoir encore rencontré dans la même journée à l’entrée de la rue Mont-Blanc faire partie d’un nombreux détachement commandé par le capitaine Bacheville et se rendant (selon ce qu’il me dit alors) pour occuper la butte à Montmartre […]. » Il mourut le 27 février 1833, commandant de la place de Montpellier. Il laissait comme légataire universelle la demoiselle Villemann, Amélie, demeurant à Belleville (Seine). Bacheville est l’auteur de Voyage des frères Bacheville en Europe et en Asie, chez Bacheville, Corréard et Ponthieu, imprimerie David, Paris, 1822. Il demeurait 9, rue du Coq-Héron en 1821 ; 82, Palais-Royal en 1822. Biographie des condamnés pour délits politiques, par M. Aug. Imbert, 1 vol. in-8, p. 13 ; Le Constitutionnel, 5 août 1830 ; Le National, 5, 7 août 1830 ; Histoire de la révolution des quatre-vingt-seize heures, de ses causes et de ses effets, Auguste Imbert, 2e édition, Paris, Guyonnet éditeur, 1830, p. 179-180 ; Histoire de la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, Fayot, tome premier, Paris, Hocquart jeune éditeur, 1830, p. 119-120 ; Les Enfans de Paris ou les Petits Patriotes, scènes de courage, de présence d’esprit, de magnanimité, de grandeur d’âme et de désintéressement de la jeunesse parisienne pendant les journées des 27, 28, 29 juillet 1830, A. de Saintes, chez Nepveu libraire, et Eymery, Fruger et Cie, libraires, Paris, 1831, p. 78-79 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Archives de Paris VD6 91 in dossier Turge, Juste, Nicolas ; Archives de Paris VD6 92 in dossier Bruley, François, Elie ; Archives de Paris VD6 173 n° 1 in dossier Mauroy, Albert, Louis, Félix, Eugène ; Archives de Paris VD6 278 in dossier Halé, Jean-Baptiste ; Archives de Paris VK3 33, états nominatifs et listes de noms soumis à la Commission des récompenses nationales (1830-1831) (XIIe arrondissement ancien), en date du 26 mars 1831, la mention de Rousset de Pomaret, Félix, Gabriel ; Archives de Paris VK3 41 in dossier Barrier ; Archives de Paris VK3 48 in dossier Marchal, Auguste, Léonard ; Archives de la préfecture de police AA 371 in dossier Barbier, Jean, Nicolas (un certificat signé en faveur de Barbier et qui atteste que ce dernier avait été dirigé sur la Bourse, où se trouvait le capitaine Bacheville), idem in dossier Bariquant, Jean-Pierre, Simon (qui affirme qu’on peut prendre auprès de Bacheville, rue Sallebourg illisible, des renseignements à son égard) ; Archives de la préfecture de police AA 372 in dossier Beauvais, Jacques, André, Maurice (pour lequel il signe un certificat) ; Archives de la préfecture de police AA 384 in dossier Deloin, Georges (un certificat délivré par Philippon en faveur de Deloin et dans lequel Philippon écrit avoir combattu avec le capitaine Bacheville) ; Archives de la préfecture de police AA 394 in dossier Joret, Pierre, Charles (où ce dernier affirmait que Bacheville avait été témoin de la conduite qu’il avait tenue pendant les combats de Juillet) ; Archives de la préfecture de police AA 414 in dossier Simon, François ; Base Léonore de la Légion d’honneur LH/87/37. Voir Contremoulin.