Bousselin, Victor, Etienne, Delphine

Biographie


Né le 30 novembre 1797 à Paris. Peintre en bâtiments et vitrier. Il fut blessé ou contusionné au genou droit. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) VIIe arrondissement. Il reçut, après la révolution, un total de cent cinquante francs de secours auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement. Il fut admis dans la 1re classe des blessés auprès de la mairie du (ancien) VIIe arrondissement et reçut, à ce titre, une indemnité définitive de trois cents francs versée sur un an. Il reçut, à titre de blessé de la 1re classe, une indemnité définitive de la part de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830. Il fut arrêté le 14 septembre 1832, suite à des informations recueillies contre lui sur sa participation au soulèvement des 5 et 6 juin 1832 (affaire Ferthomme était-il précisé). Il fut condamné à la peine des travaux forcés à perpétuité, peine commuée en détention le 5 novembre 1832, remise lui fut faite de l’exposition. Le 4 mars 1833, depuis la prison de Sainte-Pélagie, il sollicita sa grâce auprès du roi, donnant les explications suivantes : « Le 5 juin, j’assistai avec ma compagnie, où j’étais caporal de chasseurs VIIe légion 2e bataillon, 3e compagnie, aux obsèques du général Larmarque. Le 5 au soir et toute la nuit du 5 au 6 je fis mon devoir avec zèle et courage dans les rangs de la garde nationale, comme je l’avais fait lors du procès des ex-ministres, comme je l’avais fait à toutes les émeutes sans exception, ainsi que l’a déposé à la cour d’assises mon capitaine, M. Petin (20, rue Beaubourg). Le 5, à 6 heures su soir, je fus le premier à me transporter en uniforme sur le poste de la rue Geoffroy-Langevin, que nous reprîmes ainsi sur les insurgés. Toute la nuit ensuite je pris part aux patrouilles que fit la compagnie. Le 6, à 3 heures du matin, quinze hommes de bonne volonté furent demandés pour une patrouille destinée à faire le tour du quartier. Je me proposais, et sous les ordres du lieutenant Cheville nous remplîmes notre mission. Nous fîmes le coup de feu contre la barricade établie au coin des rues Aubry-le-Boucher et Saint-Méry. J’y fus atteint d’un pot de fleur à l’épaule gauche. A 6heures du matin, je rentrais chez moi, lorsqu’un détachement de garde nationale et d’infanterie de ligne, me prenant de loin, malgré mon uniforme et malgré nos signes d’amitié, pour un insurgé, fit feu sur moi, rue Beaubourg. Cette fatale méprise m’exaspéra ; je me laissai entraîner ; je quittai mon uniforme et je combattis le 6 jusqu’à 2 heures dans les rangs des insurgés rue Beaubourg. Sire, j’ai cru au moment où j’ai agi ainsi que je faisais bien, que c’était pour le bien du peuple. Je l’ai cru, comme en juillet. Je l’ai cru comme ces deux nuits où, au péril de ma vie, je sauvais dans mon quartier de malheureux incendiés. Aujourd’hui je crois fermement que ce n’est ni par l’émeute ni par le sang que le peuple peut améliorer son sort. Je crois qu’il obtiendra le bien que je lui désire que par le travail et l’ordre, par les institutions que lui donneront successivement ceux qui le gouvernent. Sire, j’ai une mère bien vieille, que ma position accable. J’ai deux enfants qui n’ont d’autre appui que moi. Le 15 juin, je devais épouser une femme que j’aime depuis cinq ans, qui a servi et sert de mère à mes enfants, que je n’ai pas voulu écouter quand elle s’efforçait de m’arracher des barricades, que j’écoute aujourd’hui et qui par moi vous demande ma grâce et la sienne, car elle souffre autant que moi de ma peine et ne l’a pas méritée. Sire, j’ai pu me tromper, même en me montrant que j’étais homme de courage, mais je suis aussi homme d’honneur et je promets, dès ce jour, paix et soumission à qui je souhaitais autrefois guerre et révolte. Ma promesse est sacrée. » Sa mère fit la même demande en grâce et joignait à sa demande, deux certificats : le premier, attestant qu’il avait aidé à lutter contre un incendie dans une maison 34, rue Beaubourg en 1829, le second, attestant qu’il avait contribué à l’arrestation d’un malfaiteur en 1831. Le parquet, en date du 29 mars 1833, donnait au ministre de la Justice, les renseignements suivants sur le compte de Bousselin : « Depuis longtemps, il s’était attiré le mépris de tous ses voisins par la dépravation de ses mœurs, la violence de son caractère et ses torts envers sa famille. La conduite qu’il a tenue le 6 juin n’a étonné personne, parce qu’on le savait capable de tout, et l’on doit moins l’attribuer à ses opinions politiques qu’à son penchant pour le désordre et au désir qu’il manifestait de prendre part au pillage si la révolte triomphait. Le commissaire de police du quartier habité par Bousselin, qui a recueilli ces renseignements, ajoute que l’abandon absolu dans lequel se trouvent ses deux jeunes enfants est la seule considération que l’on puisse faire valoir en sa faveur. » Le parquet donna l’avis suivant sur la demande en grâce de Bousselin : « Bousselin a été signalé par l’instruction comme ayant pris une part très active aux désordres sanglants qui ont eu lieu le 6 juin dernier dans la rue Beaubourg ; plusieurs habitants de ce quartier ont déclaré qu’il avait montré une férocité qui avait excité une indignation générale. En effet, il a été vu parmi les insurgés, armé d’un fusil de munition et portant autour du corps un mouchoir rempli de cartouches ; il a travaillé aux barricades élevées au coin des rue des Petits-Champs et Saint-Martin et il n’a pas cessé depuis 10 heures du matin jusqu’à 4 heures du soir de faire feu sur la troupe de ligne et sur la garde nationale qui passaient dans la rue Saint-Martin. Lorsque ses coups portaient on entendait ceux qui l’entouraient crier Bravo ! en voilà encore un de descendu. Son ardeur était telle qu’il ne prenait pas le temps de manger, et l’on a vu la femme avec laquelle il vit lui apporter des aliments sur la barricade même. Il provoquait les citoyens paisibles à sortir de leurs domiciles et à se joindre aux insurgés. Il disait à ceux qu’il apercevait à leurs fenêtres et qui ne répondaient point à ses provocations Canailles, descendez donc, dans deux heures vous serez désarmés et pillés ! Il se présenta avec plusieurs autres insurgés à la porte d’un propriétaire de la rue des Petits-Champs en demandant des armes ; sur le refus qu’il éprouva, il dit Marquez-le et aussitôt l’un des individus qui l’accompagnaient écrivit le nom de ce citoyen sur un papier, sans doute pour que sa maison fût livrée plus tard au pillage et à la dévastation. Le même jour, vers 2 heures après-midi, Bousselin se trouvait dans la petite rue du Maure, lorsqu’il aperçut un garde national isolé qui était arrêté près de la porte d’une maison. Il le mit en joue aussitôt en lui disant : Montre-toi donc, fainéant, tu te caches, b… de lâche. Ce garde national s’avança vers lui et lui dit qu’il était un père de famille, mais Bousselin lui répondit Cela ne fait rien, autant toi quun autre et tira à l’instant même son coup de fusil sur ce malheureux, qui tomba baigné dans son sang et parvint à se traîner jusqu’au passage de la Réunion, où il expira. Tous ces faits ont été attestés à l’audience par un nombre considérable de témoins, qui habitent le même quartier que Bousselin et qui le connaissent depuis longtemps. Il a été établi en outre que lui-même s’était vanté publiquement de sa férocité et qu’il avait déclaré avoir tué un grand nombre d’hommes pendant cette journée. […] Cette affaire est sans contredit, une des plus graves de toutes celles qui ont été produites à la cour d’assises et les faits qui ont donné lieu à sa condamnation sont d’une atrocité tellement révoltante que cet homme ne peut avoir aucun droit à la clémence du roi. J’estime qu’il y a lieu de maintenir dans son entier la peine prononcée contre lui et je ne crains pas de dire qu’une commutation de peine accordée à Bousselin produirait la plus fâcheuse impression parmi les habitants de ce quartier populeux qui ont été surpris de ne point entendre prononcer contre lui une peine plus grave encore. La garde nationale, qui dès le 7 juin lui a fait rapporter ses armes et l’a expulsé de ses rangs, ne verrait sans doute pas non plus sans étonnement l’indulgence dont il serait l’objet. » Bousselin était père de deux enfants en 1830. Il demeurait 32, rue Beaubourg en 1830-1831 ; 7, rue du Pont-aux-Choux en 1832 (5, impasse Berthaud et 37, rue Beaubourg en 1832 in Archives nationales BB/22/51-66) ; sa mère, 29, rue Aumaire en 1832. Compte-rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, liste nominative des blessés de la Ire classe du VIIe arrondissement auxquels il a été alloué des indemnités définitives lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, Paris, Imprimerie de Crapelet, rue de Vaugirard, n° 9, novembre 1832, p. 76 (sous le seul nom de Bousselin, Victor) ; Archives nationales F/1dIII/36, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées aux combattants blessés ou non blessés pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) VIIe arrondissement (sous le seul nom de Bousselin, Victor) ; Archives nationales F/1dIII/82, un état imprimé comprenant les noms et les secours ou pensions distribués aux veuves, orphelins, ascendants ou blessés du seul (ancien) VIIe arrondissement, p. 2-3 état des blessés non classés et de la 1re classe et aussi Compte rendu des travaux de la Commission de la souscription nationale en faveur des veuves, orphelins et blessés de juillet 1830, lu et approuvé à la séance générale du 11 juillet 1832, liste nominative des blessés des 1re et 2e classes auxquels il a été alloué des indemnités définitives (ancien) VIIe arrondissement, blessés de 1re classe (sous le seul nom de Bousselin, Victor) ; Archives nationales BB/18/1330 ; Archives nationales BB/22/51-66 ; Archives de la préfecture de police AA 421, 1831-1833 (sous le nom de Bousselin, Victor, Etienne, Delphine) ; Annuaire historique universel pour 1834, documents historiques 1re partie, p. 55, Tence, Ulysse, Paris, chez Thoisnier-Desplaces libraire, 1835. Consulter la Revue de lAvranchin et du pays de Granville, volume 25 à 26, il y a sa filiation par exemple. Maitron donne sur le compte de Bousselin les informations complémentaires suivantes : « Incarcéré à Sainte-Pélagie puis, le 30 octobre 1833 dans le quartier politique de la maison centrale du Mont-Saint-Michel (Manche), il observa une conduite calme qui le fit classer parmi les détenus susceptibles dobtenir une grâce, ce dont il bénéficia le 27 décembre 1834, à la suite dun rapport favorable du directeur de la maison centrale et du préfet de la Manche sur son bon comportement lors de lincendie du Mont en novembre 1834. Bousselin était marié et père de deux enfants. Dhumeur sombre et mystérieuse, il se suicida en août 1835, se frappant au cœur dun coup de couteau. » Et donne les sources biographiques complémentaires suivantes : « Archives nationales F/16/411 ; CC/597. J.-Cl. Vimont, Enfermer les politiques. Aux origines des régimes de détention politique (1810-1848), Thèse dact., Paris VII, 1991, 1295 pages. J. C. Vimont, La prison politique en France, genèse dun mode dincarcération spécifique, XVIIIe-XXe siècles, Paris, Anthropos, 1993, 504 p. LAmi de la religion, journal ecclésiastique, politique et littéraire, 1834, p. 407. Journal des débats politiques et littéraires, 29 août 1835, p. 3, 2e col. A. Des Etangs, Etudes sur la mort volontaire : du suicide politique en France depuis 1789 jusquà nos jours, Paris, Libr. Victor Masson, 1860, p. 433. Notes de Pierre Baudrier, Th. Bouchet et J-C Vimont. »

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