Collin, Alexandre, Pierre, François
Biographie
Né le 29 juillet 1808 à Essoyes (Aube). Elève de l’Ecole polytechnique. Le 22 avril 1831, il adressait à la Commission des récompenses nationales l’exposé suivant de la conduite qu’il avait tenue pendant les combat : « Après avoir quitté le 28 à 11 heures l’Ecole polytechnique avec tous mes camarades, je suis allé chez mon correspondant. Là, j’ai quitté mon uniforme. Je voulais connaître la situation de Paris par moi-même et afin d’être plus libre j’ai changé d’habit. Je suis allé sur le quai de la Monnaie en descendant la rue de Seine, dans laquelle s’élevaient des barricades. J’ai rencontré sur le quai un de mes camarades, avec lequel j’ai causé quelques instants. C’était au même moment que la fusillade et la canonnade se firent entendre sur le quai de la Ferraille et sur la place du Châtelet. Ne pouvant traverser le Pont-Neuf, puisque les royaux en occupaient l’extrémité vers la rive droite sur le quai de la Ferraille, je remontai la Seine jusqu’au pont de la Tournelle. De là, on entendait et on apercevait facilement la fusillade et les mouvements des royaux et des patriotes vers les abords de la place de Grève. Je traversai le pont de la Tournelle et le pont Marie et j’arrivai dans la rue Saint-Antoine, un peu après que les troupes royales placées vers la Bastille eurent tenté par la rue Saint-Antoine leur jonction avec celles de la place de Grève. Je descendis la rue Saint-Antoine et j’arrivai vers les 5 heures près du tourniquet Saint-Jean. Quelques instants après, nous vîmes arriver par la rue Saint-Antoine un détachement de quelques cuirassiers, qui se rendirent à la place de Grève après avoir essuyé quelques coups de feu et qu’ils eurent eux-mêmes fait une décharge près du tourniquet. Je suis resté environ une heure ou une heure et demie au bout de la rue du Tourniquet. Nous avancions du côté de la rue Saint-Antoine pour tirer sur l’arcade Saint-Jean quand le marchand de vins qui se trouve vis-à-vis faisait signe qu’il y avait ou non des royaux ou des Suisses à proximité. A 7 heures environ, j’étais dans la rue de la Tixéranderie quand les Suisses s’emparèrent de la boutique du marchand de vin qui se trouve au coin de la rue Tixéranderie et de celle du Mouton. Il était difficile de les débusquer. Cependant vers les 10 heures, ne se trouvant plus en sûreté, ils abandonnèrent leur position. Nous avons remarqué qu’ils avaient essayé de faire sauter le tiroir du comptoir à coups de fusil. La fusillade, qui était vive vers les 7 heures, alla en diminuant jusqu’à 10 heures. Bientôt les royaux ne tiraient plus que pour vouloir indiquer qu’ils étaient sur le qui-vive. Enfin, vers minuit, ils quittèrent la place de Grève en laissant tous leurs morts. Vers les 11 heures environ, on vint nous dire que le colonel des lanciers ou du moins un officier supérieur était dans une des salles de l’Hôtel de ville et qu’il y avait possibilité d’entrer par les jardins de la préfecture pour le prendre mort ou vif. Mais nous n’avons pas trouvé de moyen de parvenir à notre but. Le lendemain 29 juillet je me suis rendu en uniforme sur la place de l’Odéon. Un moment après que le peuple [s’était] dirigé en colonne vers la caserne Babylone. Accompagné de quelques étudiants, nous avons gagné le Pont-Neuf et de là la place de l’Ecole. Nous restâmes quelques instants sur le quai de l’Ecole, après quoi, nous retournâmes sur nos pas et nous allâmes dans la rue de l’Arbre-Sec puis de là aux environs de la place Saint-Germain-l’Auxerrois. Entre midi et 1 heure, après que le Louvre [était] emporté, je retournai par le pont des Arts du côté de la caserne Babylone mais j’appris, chemin faisant, que la caserne était prise et que nous avions perdu un de nos camarades. Je n’ai pas assisté à la prise des Tuileries, non plus qu’à l’affaire de la rue de Rohan, quoique cependant je sois retourné vers les 2 heures dans la rue Saint-Honoré. Telles sont les circonstances auxquelles il me fut possible d’assister les 28 et 29 juillet. Ne pouvant autrement que par ce récit vous indiquer la part que j’ai prise aux affaires je puis cependant donner à l’appui un certificat de mon correspondant à l’Ecole polytechnique. » Quelque temps plus tard, il écrivait à la même Commission : « J’ai reçu votre circulaire du 28 mars, qui m’invite à me présenter devant vous. Vous aurez été étonnés de ce que je ne me sois pas rendu à votre invitation : mais ayant appris que le but de cette convocation était d’établir par un interrogatoire les titres aux récompenses, je n’ai pas jugé convenable de m’y rendre. Je laisse aux amateurs de décorations le soin de dérouler leurs titres aux yeux de la Commission. Pour moi, il me suffit de savoir ce que j’ai fait les 28 et 29 juillet soit à la place de Grève en habit bourgeois soit au Louvre en uniforme. Ce souvenir est pour moi une récompense. » En effet, selon la sous-commission chargée d’examiner les droits à une récompense honorifique des élèves de l’Ecole polytechnique et passés en 1831 élèves ingénieurs des Ponts et Chaussées et des Mines à Paris, sous-commission composée de Zeiller (voir Zeiller, Antoine, Jacques, Eugène), Lacroix (voir Lacroix, Jean, Charles) et Bouniceau (voir Bouniceau, Pierre), délivra à son sujet, en date du 14 mars 1831, un rapport qui établissait qu’il avait « déclaré avoir combattu dans les journées de Juillet mais n’ayant eu pour témoin aucun de nos camarades, nous n’avons rien pu préciser à leur égard ». De même selon le rapport que fit Lannoy (voir Lannoy Raignault de, Camille, François), autre élève de la même Ecole et choisi pour établir les droits de chacun des élèves à une récompense honorifique, en fonction de la part prise aux combats de Juillet, et cette part prise en uniforme ou en habits bourgeois, il n’était pas du nombre de ceux dont Lannoy disait qu’ils « ont combattu en uniforme dans les journées de Juillet et me paraissent avoir mérité la décoration spéciale ». Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 26 avril 1831, à huit voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Selon un certificat délivré en faveur de Barbet, Charles, il participa à la campagne de Rambouillet. Il était élève ingénieur des Ponts et Chaussées et des Mines à Paris en 1831. En 1847 seulement, il s’informa auprès du ministère, affirmant avoir été porté sur les listes de la Commission des récompenses nationales. Il lui fut répondu que sa croix était effectivement déposée depuis dix-sept ans à la mairie du XIIe arrondissement et qu’il pouvait la retirer. Il demeurait à Pouilly-en-Auxois (Côte-d’Or) en 1847. Histoire de la révolution de Paris depuis le 26 juillet jusqu’au 31 août 1830, Paris, chez Philippe libraire, rue Dauphine, 20, 1830, p. 211 (sous le seul nom de Collin) ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat supplémentaire et définitif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, Le Moniteur universel 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD3 8, révolution de 1830, lettres de polytechniciens, rapports divers, etc. (je pense que c’est bien sa signature, tenter de vérifier…) ; Archives de Paris VK3 17, Témoignages, rapports, notes sur les élèves de l’Ecole polytechnique, aussi une liste d’Elèves des Ponts et Chaussées et des Mines, aussi le rapport de Lannoy ; Archives de Paris VK33 Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, une page volante avec l’indication suivante rédigée au crayon à papier : « Etait le 28 à la Grève, où il a combattu depuis 6 heures jusqu’à 10 heures du soir. Le lendemain, au Louvre en uniforme » et aussi Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 26 avril 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants (sous le nom de Colin) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement et liste supplémentaire des décorés de Juillet ; Archives nationales F/1dIII/50 ; Archives nationales F/1dIII/84 in dossier Barbet, Charles (sous le nom de Colin).