Dumoulin, Jean-Baptiste

Biographie


Né le 30 juin 1786 à Grenoble (Isère), fils de Dumoulin, Jean-Baptiste, marchand gantier, et de Thomas, Anne, Marie, son épouse. Ancien officier d’ordonnance de Napoléon, premier décoré de la Légion d’honneur par l’empereur à son retour de l’île d’Elbe, fait prisonnier à la bataille de Waterloo, il ne rentra en France qu’en 1817. En 1820, il dirigeait une fabrique de gants à Grenoble, établie par son père, et dont les bénéfices pouvaient monter à soixante-quinze à quatre-vingt mille francs annuels. Il fut un des accusés de la conspiration du 19 août 1820. Son avocat, Odilon-Barrot, témoigne ainsi, dans ses Mémoires, de son procès : « La défense d’un sieur Dumoulin me fut confiée ; la vie de cet homme est assez curieuse, c’est une suite d’aventures de la nature la plus singulière. Il était fabricant de gants à Grenoble et il y faisait d’assez bonnes affaires, lorsque l’empereur y passa à son retour de l’île d’Elbe: il se prit d’un subit enthousiasme pour Napoléon, lui offrit un capital de 100.000 francs, offre qui, au début d’une entreprise dont les chances étaient incertaines, n’était pas sans valeur pour celui qui la faisait et pour celui qui l’acceptait. Dumoulin ayant témoigné le désir de s’attacher à la personne et à la fortune de l’empereur, celui-ci l’avait fait son officier d’ordonnance, et le marchand de gants, peu au fait des habitudes militaires, fut longtemps un sujet de plaisanterie pour ses camarades. Après le retour des Bourbons, notre officier improvisé s’était jeté dans les spéculations de la Bourse ; il y avait d’abord été heureux et un gain de plusieurs millions avait un instant jeté quelque éclat sur lui ; mais cet instant, hélas ! n’avait été qu’un éclair et les millions s’en étaient allés par où et comment ils étaient venus ; pour se consoler et pour satisfaire l’activité brûlante de son esprit en même temps que pour payer son tribut au culte impérial, auquel du reste, je dois le dire à son honneur, il est resté fidèle toute sa vie, Dumoulin s’était fait conspirateur. Il était assez gravement compromis dans ce procès. Je n’imaginais rien de mieux pour le sauver que de le représenter comme un homme sans importance, qu’on ne pouvait prendre au sérieux, qui avait conspiré, comme il avait joué à la Bourse, sans trop savoir ce qu’il faisait. Mon client fut mécontent de ce système de défense, se permit de m’interrompre et de revendiquer toute l’importance que je voulais lui ôter : il fut heureusement si burlesque dans les élans de sa vanité blessée, que la Cour des pairs, qui était alors dans ses jours d’indulgence, n’apercevant que le côté plaisant de ce débat entre l’avocat et le client, se prit à rire, et mon client fut acquitté. Je ne suis pas bien sûr que cet original m’ait pardonné cet acquittement ; le 30 juillet 1830, à l’Hôtel de Ville, il s’efforçait de faire proclamer le roi de Rome et se faisait expulser par le général La Fayette. Je l’ai retrouvé le 24 février, en uniforme de colonel, porteur d’un immense drapeau qu’il essayait de planter sur la tribune : il errait il y a quelque temps comme une ombre dans les antichambres de l’Élysée ; l’héritier de Napoléon, aujourd’hui président de la République, lui a confié le gouvernement du château de Pau, à titre de retraite. Je doute qu’il en profite; cette nature inquiète, agitée, ne peut trouver le repos que dans la tombe. » Rentier en 1830. Le 28 juillet au soir, à la réunion de députés au domicile d’Audry de Puyraveau, ce fut lui qui « un des combattants (M. Dumoulin) vint annoncer que les troupes royales avaient évacué l’Hôtel-de-Ville et s’étaient repliées sur le Louvre, position qu’elles paraissaient vouloir conserver ; que le peuple élevait des barricades formidables sur les quais, aux cris de Vive la liberté ! à bas les Bourbons ! et que le jour, qui s’approchait, éclairerait le drapeau tricolore flottant sur les tours de l’Hôlel de ville. Cet officier venait, au nom de la patrie, supplier les députés d’aller s’établir à l’Hôtel de ville et d’y constituer un gouvernement provisoire. M. Sébastiani interrompant brusquement : “Messieurs, ceci est par trop grave ; nous ne devons reconnaître que les couleurs et le drapeau du gouvernement.” M. Méchin : “Je partage entièrement l’opinion de mon collègue M. Sébastiani. Nous ne devons pas nous écarter de notre rôle de médiateurs. Il est tard, nous devrions nous retirer.” MM. Guizot et Gérard, qui ont toujours écouté sans rien dire : “Oui, retirons-nous.” Et ces messieurs se retirèrent en effet. » On trouve aussi dans les Mémoires de la duchesse d’Abrantès un témoignage sur la conduite de Dumoulin. La duchesse d’Abrantès voulait rendre hommage à la fidélité de Dumoulin, Jean-Baptiste et rapportait d’abord, comment, dans une réunion de députés, le 28 juillet au soir, et devant leur décision de reporter toute décision au lendemain à midi, il s’était écrié aux cinq derniers députés qui ne s’étaient pas déjà empressés de partir : « A midi ! s’écria l’officier d’ordonnance de l’Empereur, eh ! monsieur, à cette heure le sort de la ville de Paris sera décidé ainsi que le vôtre ! A midi ! et ! que ferez-vous pendant les heures qui vont s’écouler jusque-là ? écouterez-vous le bruit de la canonnade pour savoir aussi de quel côté sera la victoire ?... Mais non !… car en vous je trouve encore ici des cœurs vraiment français !… Allons, de la résolution ; vous êtes cinq dans cette chambre : c’est plus que suffisant pour répondre aux cris de la patrie !!… » Puis plus loin : « Nul officier de Napoléon ne lui fut plus dévoué. Lorsqu’en 1818 Dumoulin gagna à la Bourse plusieurs millions, il ouvrit une négociation avec lord Bathurst, secrétaire d’Etat de la Marine, pour être autorisé à envoyer 100.000 francs par an à l’Empereur, à Sainte-Hélène. Sous la Restauration, Dumoulin fut arrêté huit cents fois pour des tentatives en faveur de Napoléon... Le 29 juillet 1830, revêtu de son uniforme d’officier d’ordonnance de l’Empereur, il fut le premier à entrer à l’Hôtel-de-Ville... Le gouvernement provisoire, pour récompense, le nomma commandant de l’Hôtel-de-Ville. Alors, se rappelant son serment fait à l’Empereur, à l’île d’Elbe, de mourir pour sa cause, il court chez David, imprimeur, faubourg Poissonnière, dans la nuit du 28 au 29 ; il fait faire plusieurs milliers de proclamations qui rappelaient Napoléon II au trône de France, d’après le décret des Chambres du 21 juillet 1815 et le 30 juillet, à 9 heures du matin, du consentement de trois membres de la commission municipale, dont je sais les noms, aidé d’un petit nombre d’amis qui étaient dans son secret, il proclame Napoléon II, lorsque M. le colonel Carbonnel, associé de l’agent de change Lombard et secrétaire de M. de Lafayette, dit à M. Dumoulin que son général voulait lui parler, et l’attira dans une pièce reculée, où il ne trouva que deux factionnaires qui le retinrent dans cette chambre depuis 9 heures du matin jusqu’à 7 heures du soir. Cette circonstance est la seconde où M. de Lafayette fut fatal à la dynastie impériale. Je parlerai de la première dans mon Histoire de la Restauration, à la fin des cent-jours. J’ai placé celle-là maintenant, parce que, n’allant pas jusqu’à cette époque, je puis anticiper sans crainte. M. de Lafayette a été funeste à la France sous tous les régimes. Je crois qu’il voulait lui donner le sien. » Bonnellier, dans son Mémorial de lHôtel-de-Ville, 1830, apporte les indications suivantes : « Un officier que j’ai déjà eu occasion de citer, M. Dumoulin, dont le zèle pour Napoléon avait eu en 1815 un héroïsme remarquable, s’était occupé, dès le moment du combat, de ressusciter les sympathies impériales. Il s’était donné un grand mouvement pour réunir quelques-uns de ces généraux qui n’avaient point échangé leur ancien serment contre les faveurs de la Restauration. Je m’abstiendrai de tout détail sur ces réunions, parce que j’ai sur elles des notes beaucoup trop contradictoires ; je me borne à dire que M. Dumoulin organisa, sinon d’une manière consistante, du moins avec rapidité, les éléments d’un avènement impérial. De plusieurs faubourgs de Paris devaient aboutir sur la Grève des groupes portant l’aigle et criant : Vive Napoléon II ! Une proclamation, datée du 30, et de l’Hôtel-de-Ville, ayant en-tête : Gouvernement provisoire, disait aux Parisiens : “Napoléon II est l’héritier de votre gloire ; il est notre empereur.” Il manquait à cet héritier, à cet empereur, de se trouver là pour recueillir et son héritage et son titre. Les trônes ne se prennent pas par procuration. En vain l’infortuné fils de Napoléon eût étendu ses bras vers la France ; il était à Schönbrunn, et la couronne de France était à l’Hôtel-de-Ville de Paris. D’ailleurs, si puissants que soient les souvenirs, ils ont rarement autant de force que l’actualité. On se souvenait bien qu’un jour un petit enfant couché sur le bouclier de François Ier avait été présenté, aux lueurs étincelantes de vingt mille baïonnettes, au-dessus du balcon des Tuileries ; que la voix d’un grand homme, la voix d’un peuple, le cri d’une armée l’avaient appelé Napoléon II... Mais depuis quinze ans cet enfant était sous la garde de l’Autriche ; et, le 30 juillet 1830, il était encore à Schönbrunn ! Les projets résolus en sa faveur n’eurent donc ni retentissement ni importance. La bonne volonté d’un simple officier devait échouer contre l’oubli des uns et la mauvaise volonté des autres. Ce dernier sentiment eut même un effet direct contre l’homme qui, pour se faire chef de parti, manquait d’ampleur, d’adresse et de circonspection. M. Dumoulin, revêtu de l’uniforme oublié, inofficiel, d’officier d’ordonnance de l’Empereur, dit à l’oreille des uns et des autres quelques mots de l’Empire, dans l’enceinte de l’Hôtel-de-Ville ; et l’un des aides-de-camp de M. de Lafayette – M. Carbonnel – le pria de passer dans une pièce voisine ; et, lorsqu’il y fut, il s’y vit renfermé, gardé par les factionnaires ; et plus rien de l’Empire ne fut dit ; et toute proclamation impériale fut non avenue ; et Napoléon II resta clans l’oubli. » Le Constitutionnel du 18 août 1830 rapportait à son sujet : « Parmi les citoyens qui se sont le plus distingués dans les trois belles journées auxquelles la France doit une ère nouvelle, nous devons mentionner particulièrement M. Dumoulin, de Grenoble. Personne n’a oublié à combien de dangers et de persécution il s’est exposé pour combattre et renverser le gouvernement usurpateur qui a pesé quinze ans sur la France. On sait que M. Dumoulin a été impliqué dans plus d’un procès de conspiration, et qu’il a risqué plus d’une fois le sort de Berton et de Caron, précurseurs infortunés des braves citoyens de Paris. M. Dumoulin s’est battu tous les jours, le 27, le 28, le 29 juillet, et, chaque soir on l’a vu au milieu des députés, conseillant les mesures les plus promptes et les plus décisives. Il a figuré à l’Hôtel de ville, parmi nos courageux municipaux, tout auprès du général Lafayette ; il a contribué à la formation du gouvernement provisoire, et aux proclamations qui en ont révélé l’existence. Au Louvre, il a vu périr à ses côtés, le brave Lamy, son compagnon de quinze années de tentatives pour affranchir la patrie. Aux Tuileries, il a donné du pain à des citoyens qui, après avoir vaillamment combattu, mouraient de faim au milieu d’un monceau de bijoux et d’argenterie précieuse. Enfin, M. Dumoulin n’a manqué nulle part où il y avait du courage à déployer, des bienfaits à répandre, des libertés à conquérir. » Alexandre Dumas un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet, et qui en laissa un récit impartial et bien renseigné, donnait sur une réunion qui eut lieu le 27 juillet, pour organiser la résistance, les précisions suivantes : « L’autre réunion, qui était bonapartiste, avait lieu chez le colonel Gourgaud (voir ce nom. Elle se composait, d’abord, du maître de la maison, puis du colonel Dumoulin, du colonel Dufays, du colonel Plavet-Gaubert (voir Clavet Gaubert) et du commandant Bacheville (voir ce nom). On cherchait un moyen de faire les affaires de Napoléon II ; mais, comme tous ces hommes étaient bien plus des hommes d’action que des hommes de conseil, on n’arrêta rien, et l’on se donna rendez-vous pour le lendemain, place des Petits-Pères. » Et aussi : « Oui, le peuple, la bourgeoisie, la jeunesse s’étaient jetés ardemment dans l’insurrection ; mais la finance, mais les hauts grades de l’armée, mais l’aristocratie restaient en arrière. On avait bien vu M. Dumoulin, avec son grand sabre et son chapeau à plumes, haranguant dans la rue Montmartre, on avait bien vu le colonel Dufays (voir Dufaÿ, Guillaume, Michel), habillé en homme du peuple, un mouchoir autour de la tête, poussant à l’insurrection […]. » Et enfin, toujours le récit d’Alexandre Dumas : « [Le 30 juillet] En même temps que j’entrais dans la grande salle de l’hôtel de ville, Alexandre de la Borde (voir Delaborde, Alexandre) y entrait de son côté. Quelques-uns de ces hommes qui crient toujours quelque chose criaient : “Vive le préfet de la Seine !” Odilon-Barrot, dont le nom vient justement de se glisser sous ma plume à propos d’éloquence parlementaire, écrivait à une table ; il était habillé en garde national. Il leva la tête, s’étonnant que l’ancien préfet de la Seine, M. de Chabrol de Volvic, pût exciter un pareil enthousiasme. Il reconnut Alexandre de la Borde, et fit un mouvement de surprise. – Eh bien, oui, c’est moi, dit l’auteur de l’Itinéraire en Espagne avec une naïveté toute spirituelle et surtout toute juvénile qui était un des caractères saillants de sa personnalité ; on vient de me nommer préfet de la Seine. – Vous ? – Oui, moi. – Et qui vous a nommé préfet de la Seine ? – Est-ce que je sais ?... Un monsieur qui a un chapeau à plumes, un grand sabre et une longue écharpe. Ce monsieur, c’était le colonel Dumoulin, qui reparaît si exactement à toutes les révolutions avec ce même chapeau à plumes, ce même sabre et cette même écharpe, que je commence à croire que c’est lui qui leur porte malheur. » Dumoulin fut décoré de la croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il signa, comme « officier d’ordonnance de l’Empereur, commandant de l’Hôtel de ville » le certificat suivant en faveur de Clavet Gaubert (voir ce nom) : « Je suis heureux de déclarer que j’ai vu M. Clavet Gaubert avec le colonel Dufaÿ dans une barricade de la rue des Coquilles, ralliant une masse d’ouvriers qui ont repoussé victorieusement une attaque de la garde royale. J’ai également retrouvé le commandant Clavet Gaubert à l’attaque du Louvre. » Il signa, le 3 août 1830, le certificat suivant en faveur de Chignard, Louis, David : « Nous, soussignés, attestons que dans la journée du 29 juillet M. Louis, David Chignard, ancien officier, né à Demarary dans l’Amérique du Sud, sorti la veille de la prison de Sainte-Pélagie, dans laquelle il était détenu pour dette, demeurant actuellement passage du Commerce-Saint-Germain n° 6, s’est présenté au café du passage Dauphine, au moment où nous nous proposions de marcher sur le Louvre. Qu’étant possesseurs d’un bon pour la délivrance d’un fusil, nous n’avons point hésité, malgré notre ardent désir d’être armés nous-mêmes pour contribuer activement au triomphe de la liberté, de lui céder cet honneur, comme étant par son expérience militaire plus capable que nous d’en faire un usage vraiment utile. Que, parti avec nous, il a marché avec nous et toujours à notre tête sur le palais du Louvre. Que malgré le feu meurtrier des Suisses, un des premiers il s’est précipité sur les grilles du Louvre, en nous adjurant de le suivre et de faire feu sur lui s’il venait à faire un pas en arrière. Qu’après avoir escaladé sous nos yeux les grilles du palais, il a reçu à la tête une blessure qui, malgré sa gravité ne l’a point empêché de marcher en avant et de se battre avec intrépidité jusqu’au moment où nous fûmes maîtres du Louvre. Que le même 29 juillet dans la soirée M. Chignard, que nous croyions mort ou couché sur le champ d’honneur du Louvre, fut amené au poste du même passage Dauphine, couvert de sang et de poussière et frappé au côté gauche d’une seconde blessure, qui l’avait mis hors de combat. En outre et pour acquitter tout à la fois la dette de l’estime et de la justice, nous attestons que M. Chignard est une des vrais braves à l’intrépidité desquels nous devons la prise et le triomphe du Louvre. » En 1831, il était chef d’escadron. Il fut nommé capitaine au 5e régiment de hussards le 27 octobre 1830 et mis à la disposition du général commandant ; à la division d’Oran le 25 avril 1834 ; capitaine au 5e régiment de lanciers le 22 décembre 1845 et mis en non-activité par retrait d’emploi le 6 mai 1846 ; à chaque fois il ne rejoignit pas le poste auquel il avait été affecté. Il toucha sous le règne de Louis-Philippe, un secours mensuel comme ancien condamné politique sous la Restauration (sans doute cent vingt-cinq francs mensuels comme en janvier 1848). En 1852, il sollicita d’être nommé officier de la Légion d’honneur ; dans sa lettre au maréchal Exelmans, grand chancelier, il lui rappelait le fait suivant : « […] Je vous prie de vous rappeler cette circonstance que vous étiez dans le cabinet de Casimir Perier, alors premier ministre et mon ami intime, quand en présence du général Pajol, je déclarai à Casimir Perier que je refusais positivement la croix d’officier, ajoutant que je me contentais de celle donnée par l’Empereur plutôt que de la changer par celle que m’accorderait un Bourbon. » A cette occasion, il récapitulait ainsi les services qu’il avait rendus : « 23 septembre 1814. Mon arrivée à l’île d’Elbe, offrant à l’Empereur ma fortune et ma vie. “Grenoble n’attend que votre arrivée pour se jeter à vos pieds, dis-je à l’Empereur, avec sa nombreuse garnison et son matériel d’artillerie ; mes nombreux amis, au nom de qui je viens, vous garantissent un succès certain, etc., etc. A Grenoble, Votre Majesté entre à Paris.” A cette époque, j’avais vingt-six ans, possédant cinq cent mille francs de fortune et réalisant soixante-quinze à quatre-vingt mille francs de bénéfice par an (la maison Perier frères de Paris peut l’attester). Le 7 mars 1815. L’Empereur rentre à Grenoble, je remets à ses pieds la somme de cent mille francs. Nommé le même jour capitaine d’état-major dans sa garde et son officier d’ordonnance, et décoré par lui de la croix de la Légion d’honneur. 8 mai 1815. Auteur du premier don patriotique pour la somme de trois mille francs, que je déposais dans les mains du ministre Carnot avec la lettre du 8 mai, extrait ci-après : “Quand chaque citoyen lui doit l’hommage de sa personne et de sa fortune… La France aujourd’hui menacée par le délire de rois trois fois vaincus et trois fois pardonnés” voir Le Moniteur du 8 mai 1815. 10 mai 1815. L’Empereur à l’Elysée me mande dans son cabinet et me montre Le Moniteur contenant ma lettre du 8 mai ; Sa Majesté me rappelle les cent mille francs que je lui ai remis à Grenoble et m’ordonne de me présenter chez le baron Peyrusse, son trésorier, qui a ordre de me compter cette somme. Ah ! plus tard, Sire, après la victoire ! Je vous en supplie ne permettez pas que je me mettre en contradiction avec cette lettre d’aujourd’hui. Allons, c’est bien dit l’Empereur, en me souriant, je veux en attendant vous payer les intérêts. Recevez cette épée avec le titre de baron de l’Empire, le duc de Bassano vous l’adressera. 18 juin 1815. Blessé et fait prisonnier à Waterloo. 1830. Le 29 juillet, nommé par décret du gouvernement provisoire commandant de l’Hôtel de ville, je profite de cette position pour proclamer Napoléon II, et pour ce fait mes six mille affiches, saisies, et immédiatement arrêté et destitué par le marquis de La Fayette. 1833. Je fais imprimer à mes frais le Moniteur de Gand, rédigé par M. Guizot alors ministre, ce qui me coûta trois mille francs. Je le fais distribuer à la Chambre des pairs et à celle des députés et à domicile à tous les amis de l’Empire. 1841. D’après une lettre du château de Ham, du 16 août 1841, que m’écrit le prince « de réunir un comité, etc. », j’imagine la fondation de l’anniversaire du 5 mai, où bravant toutes les humiliations et des déceptions qui m’arrivent d’hommes qui alors proclamaient leur fidélité à Louis-Philippe et qui aujourd’hui sont conseillers d’Etat et sénateurs. Arrêté neuf fois par les Bourbons aînés, cinq fois par les cadets, ayant pris part à toutes les tentatives napoléoniennes durant les deux époques et une quinzième fois sous la république comme bonapartiste des plus dangereux ! 24 février 1848. Blessé d’une balle à l’attaque du poste du Château d’eau au Palais-Royal, transporté à une ambulance improvisée chez un marchand de vins au coin de la rue de Chartres, j’y trouve prisonniers les généraux Perrot et Lamoricière, tous deux effrayés et en larmes sous les menaces de la mort que fait entendre la colère populaire ; je les fais déguiser, en échangeant leurs uniformes et leurs chapeaux contre des blouses et casquettes que me donnent des ouvriers et je les fais échapper, au péril de ma vie, dans ce moment par une porte de dégagement. Arrivé aux Tuileries à la tête du peuple victorieux, je m’élance debout sur le trône, que je jette par la fenêtre ; j’en porte la nouvelle à la Chambre des députés ; j’en escalade la tribune, armé d’un drapeau que j’avais arraché aux faisceaux du trône, les satisfaits de la veille s’arrêtent dans leur proclamation de la régence, et, dans leur fuite précipitée, laissent s’organiser le gouvernement provisoire (lire le Moniteur et les journaux de l’époque : “Ainsi, dans cette journée, on vit le colonel Dumoulin, comme en 1815 dans sa conduite héroïque à Grenoble, toujours persévérant dans une restauration impériale et ne cherchant qu’à l’introduire par une brèche républicaine.” Lamartine, 3e volume, p. 59. Le 24 février dans la nuit, le gouvernement provisoire, par un décret, me nomme colonel et commandant du Louvre. Le 25, je fais renverser au Louvre la statue du duc d’Orléans aux cris de Vive lEmpereur ! Je suis destitué le 26 comme bonapartiste trop dévoué et soupçonné par mes relations avec le prince (Moniteur du 25 février). Sur une lettre du prince, qu’il m’adresse de Londres du 1er juin, malgré la répugnance qu’il me fait connaître sur sa candidature, c’est dans la nuit qui précède la clôture des bureaux que Paris le lendemain matin lit une affiche improvisée, imprimée, affichée dans la nuit, proclamant sa candidature, qui le fait sortir le cinquième de la liste des candidats. Mais cette victoire, il faut le dire, entièrement acquise par l’énergique dévouement de M. de Persigny qui a eu la bonté de m’admettre à l’aider dans cette noble cause. Le 25 juin, je me présente boulevard du Temple, au quartier du général Lamoricière, pour lui offrir mes services. Ce déloyal militaire oublie toute pudeur ; il me fait arrêter aussitôt, m’envoie à la préfecture de police sous la recommandation de Bonapartiste des plus dangereux, où je rencontre dans le même cachot M. de Persigny. J’y reste cinquante jours et n’en sors que sur les démarches actives du général Petit. Le général Lamoricière oubliant que je lui ai sauvé la vie le 24 février, ainsi qu’il me l’a écrit en août 1848. » Il fut libéré le 10 août 1848, sur décision du conseil de guerre. En 1851, il reçut un secours de trois cent soixante-quinze francs, de la part de la préfecture de police, à titre d’ancien prisonnier politique sous la Restauration. Aux deux premiers trimestres de 1852, il reçut un secours de trois cent soixante-quinze francs, de la part de la préfecture de police, à titre de condamné politique sous la Restauration. En 1852, la préfecture de police donnait sur son compte les renseignements suivants, relativement à une baisse voire une suppression de l’allocation qu’il recevait : « Belle fortune. Bien considéré dans le monde. Aucune charge de famille. Paralysé de la langue. Moralité et conduite politiques satisfaisantes. On peut supprimer le secours sans inconvénient. » Les renseignements recueillis ne parurent cependant pas suffisants à l’administration pour décider de la suspension des secours. Le secours est pourtant indiqué comme suspendu au deuxième trimestre de 1852, mais rétabli peu après et pour chaque trimestre de l’année 1852 et du 1er trimestre de 1853. Il mourut le 1er janvier 1856. Il demeurait 9, rue du Sentier en 1820 ; 14, rue de Provence en 1830 ; 14, rue Papillon en 1831 ; 36, rue de la Victoire en 1843 ; 8, rue Saint-Hyacinthe-Saint-Honoré en 1848 ; 26, rue du Marché-Saint-Honoré en 1851-1853. Le Constitutionnel, 18 août 1830 ; Histoire des choses et des hommes de Juillet, Sarrans, Thoisnier-Desplaces, Paris, 1833, tome premier, p. 262 ; Mémoires de madame la duchesse dAbrantès ou souvenirs sur Napoléon, la Révolution, le Directoire, le Consulat, lEmpire et la Restauration, tome troisième, 4e édition, Bruxelles, Société belge de librairie, p. 563 ; Mémorial de lHôtel-de-Ville, 1830, Bonnellier, Paris, chez Houdaille, 1835, pp. 74-77 ; Barrot Odilon, Mémoires posthumes, 3e édition, Paris, chez Charpentier, 1875, t I, p. 74-77, 114 ; Histoire des choses et des hommes de Juillet, Sarrans, Thoisnier-Desplaces, Paris, 1833, tome premier, p. 260-262 ; Mes Mémoires, Alexandre Dumas, tome VI, cinquième série, nouvelle édition, Paris, Lévy frères, 1867 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la croix de Juillet du (ancien) IIe arrondissement ; Archives de Paris VK3 42 in dossier Clavet Gaubert ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/49 in dossier Chignard, Louis, David ; Archives de la préfecture de police AA 366, Etat des allocations accordées pour le mois de janvier 1848 aux condamnés politiques de la Restauration qui résident à Paris ; Archives de la préfecture de police AA 368, Etat de répartition de secours imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852, 1er trimestre 1852, idem rapport au ministre de la Police générale, août 1852, idem Etat de répartition de secours imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852 (secours à divers titres), minute 209, idem Rapport au ministre de la Police générale, en date du 13 septembre 1852, minute 216, idem Etat de répartition de secours imputables sur le chapitre 6 du budget de 1852 (secours à divers titres), et afférents aux 3e et 4e trimestres de 1852, minute 263, idem Etat de répartition de secours entre quatre-vingt-sept personnes qui recevaient des allocations sur les crédits spéciaux que les anciens budgets consacraient aux condamnés politiques, 3e et 4e trimestres réunis, minute 265, idem Etat de répartition de secours entre vingt-cinq personnes qui recevaient des allocations sur les crédits spéciaux que les anciens budgets consacraient aux condamnés politiques, 1er trimestre 1853, minute 275 ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Paris, Pagnerre, 1841, tome I, p. 200 ; Journal de Grenoble contenant les actes administratifs, etc., 7 avril 1821, p. 3 ; base leonore de la Légion d’honneur LH/848/45.

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