Exelmans, Rémy, Joseph, Isidore

Biographie


Général et comte d’Empire. Les sources concernant l’attitude du général Exelmans sont contradictoires. Bermond de Verchères dans La garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août, par un officier employé à l’état-major, écrit à son sujet : « La journée [du 29 juillet, N.D.A] qui vit finir dans Paris le pouvoir de Charles X était loin de se présenter comme décisive. Des généraux, dont le jugement et le coup d’œil militaire ne peuvent être révoqués en doute, le virent ainsi. Nous pourrions en citer plusieurs ; un seul suffit, le général Exelmans, qui vint à 11 heures près du maréchal de Raguse offrir ses services pour la cause royale. » Le vicomte de Foucauld, colonel de la gendarmerie de Paris, relate que le général la scène suivante, le 29 juillet au palais des Tuileries : « La pièce qui précédait le cabinet de M. le maréchal était en ce moment pleine de personnes de tous rangs parmi elles se trouvait le général Exelmans. Il fit un pas vers moi et m’offrit la main, en témoignage, je pense, des sentiments qui l’animaient dans ces circonstances critiques et de la justice qu’il rendait au zèle que je mettais dans l’accomplissement de mes devoirs, s’étant trouvé lui aussi, dans d’autres moments et pour une tout autre cause, en situation de faire preuve de dévouement et de fidélité. Une personne dont j’ignorais le nom, mais que j’avais vue plusieurs fois dans salons des ministres, se mit alors à élever la voix et à parler des preuves de fidélité données par le général dans la journée précédente (mercredi 28) ; il avait refusé, disait-elle, l’offre que les révoltés lui avaient faite de prendre un commandement parmi eux : il y avait donc justice (telle fut la conclusion de cette personne) à récompenser la fidélité du général par un commandement de troupes royales. » Sémonville écrit la même chose, en précisant que Marmont refusa l’épée qu’il offrait au service de Charles X. Chateaubriand dans ses Mémoires doutre-tombe, écrit la même chose : « [Après la nuit du 28 au 29 juillet] La position militaire était meilleure : les troupes se trouvaient plus concentrées, et il fallait traverser de grands espaces vides pour arriver jusqu’à elles. Le général Exelmans, qui jugea bien ces dispositions, vint à 11 heures mettre sa valeur et son expérience à la disposition du maréchal de Raguse. Mais on trouve dans la Biographie universelle et portative des contemporains, la notice suivante le concernant et qui voudrait attester la conduite d’Exelmans pendant les journées de Juillet. « Pendant les trois glorieuses journées de juillet 1830, le général Exelmans fut en butte aux méprises les plus pénibles et les plus périlleuses sur son caractère et ses véritables intentions. Ses antécédents, sa position présente et le salut de sa nombreuse famille lui imposaient la loi sévère d’agir avec maturité. Il n’attendait, dès le premier jour, qu’un avis sûr, lequel lui avait été promis par son ami le colonel Lourd, pour s’élancer dans le sublime mouvement du peuple ; mais cet avis ne vint pas. Le général, ne pouvant contenir son ardeur, sortit seul et fut étrangement méconnu. Le 29 juillet, le général Exelmans fut appelé par son ancien camarade, le général Girardin, qui était aux Tuileries, et qui le pria instamment d’aller dire à MM. Casimir Perier et Laffitte que le roi était enfin décidé à renvoyer ses ministres. Ne consultant que son désir de faire cesser l’effusion de sang et stimulé par la vue même de tous les dangers qui environnaient un tel message, le général Exelmans court chez M. Casimir Perier, et, ne le trouvant pas, il court chez M. Laffitte, à travers la fusillade des boulevards. Arrivé devant la garde royale, il en demande le colonel, qui était M. de Cerisay, et lui intime, en se nommant, l’ordre émané de Saint-Cloud, pour faire cesser le feu. M. de Cersay obéit à l’instant mais en priant le général de s’interposer également du côté du peuple, afin que la suspension fût réciproque. Alors le général ne balance pas à marcher vers les barricades élevées sur le boulevard Italien, et fait ainsi plus d’un demi-mille à l’encontre d’une grêle de balles ; il arrive enfin, se nomme, et veut s’expliquer ; mais aussitôt des cris confus étouffent sa voix, on vocifère contre lui les qualifications les plus odieuses ; il allait infailliblement périr si son fils aîné, qui l’avait suivi malgré ses ordres, n’eût écarté les canons de fusils que l’on avait dirigés sur sa poitrine et sur sa tête. Heureusement quelques citoyens le reconnurent et parvinrent à calmer l’effervescence des autres. » Le colonel Marchal (voir ce nom) laissa le témoignage suivant sur la conduite d’Exelmans, accompagné de son fils pendant cette tentative de médiation : « [Le 29 juillet sans doute sur le boulevard des Italiens] Je profitai de cette circonstance pour diriger ma colonne vers la place Vendôme, en longeant la rue de la Paix. Le patriotisme et le dévouement du général Exelmans faillirent lui être funestes à lui ainsi qu’à son fils Charles, dont il était accompagné. Ce général, en marchant le long du boulevard, faisait signe avec son mouchoir blanc, qu’il ne fallait pas tirer, voulant annoncer ainsi qu’il y avait trêve et suspension d’armes ; la plupart de mes combattants, qui n’avaient aucune connaissance des usages de la guerre, prirent ce mouchoir blanc, emblème de la paix, pour un drapeau royaliste : on se disposait à tirer sur cet
illustre guerrier et son digne fils, lorsqu’heureusement les citoyens Lendormi, marchand de chevaux, rue du Mont-Blanc, Derniame père, etc., qui se trouvaient là parmi le peuple, ayant reconnu le général, arrêtèrent les funestes effets d’une méprise qui pouvait avoir un résultat si déplorable. A peine ces deux citoyens avaient-ils prononcé ce nom révéré de tous les amis de la patrie, que tous ces bras tendus pour donner la mort, tombèrent, et l’on entoura d’hommages, de respects, et de la plus entière confiance, ce guerrier citoyen qui, comme un ange de paix et de conciliation, venait d’arrêter l’effusion du sang français. Si l’on considère combien était imposante la réunion de troupes qui se trouvaient alors sur le boulevard de la Madeleine et sur tous les points environnants ; si l’on ne perd pas de vue qu’il y avait des corps de cavalerie et d’infanterie protégés par une artillerie formidable, on ne peut révoquer en doute que le combat que nous étions sur le point de livrer n’eût été des plus meurtriers et des plus sanglants ; je dois même l’avouer, malgré l’intrépidité à toute épreuve de mes braves combattants, j’avais de grandes inquiétudes sur les résultats de cette lutte terrible. Je dois donc, avec tous les amis de la liberté témoigner la reconnaissance la plus vive à ce général aussi sage qu’habile, qui vint si à propos et avec tant de succès interposer sa puissante médiation. Les palmes qu’a méritées le citoyen en cette circonstance, ne le cèdent en rien aux glorieux lauriers dont ce guerrier s’est couvert sur tous nos champs de bataille. » Le général Exelmans dirigea l’arrière-garde de l’expédition de Rambouillet, commandée par le général Pajol. Alexandre Dumas fut un des tout premiers combattants de la révolution de Juillet. Il en laissa un récit impartial et bien renseigné. Nous empruntons à ses Mémoires, son témoignage concernant Exelmans et sa participation à l’expédition de Rambouillet : « Au-delà du quai de Billy [au départ de Paris], le général Exelmans était apparu.

– Me voici, Pajol, dit-il en se faisant jour jusqu’à celui-ci.

– C’est un peu tard... Mais n’importe, avait répondu Pajol, vous commanderez l’arrière-garde.

– Bien, avait répondu Exelmans.

Et il avait passé, en effet, à l’arrière-garde, où il trouva justement les Rouennais qui venaient d’arriver. »

La seule autre mention que fit Dumas de la participation d’Exelmans, est quand Charras, aide de camp de Pajol qui dirigeait l’expédition, dut aller rejoindre Versailles pour se plaindre auprès du préfet de la ville qu’il n’avait pas fait livrer le pain qui lui avait été demandé pour ravitailler les troupes parisiennes, et qu’il fut arrêté par un poste d’arrière-garde : « – Qui vive ? cria la sentinelle.

– Ami.

– Ce n’est pas assez.

– Comment, ce n’est pas assez ?

– Non... Qui vive ?

– Charras, premier aide de camp du général Pajol, commandant en chef l’armée expéditionnaire de l’Ouest.

– Avancez à l’ordre.

La chose était tenue militairement, comme on voit.

– Qui commande ici ? demanda Charras.

– C’est le général Exelmans.

– Je lui en fais mon compliment... Conduisez-moi à lui.

On satisfit à ce désir, qui n’avait rien d’exorbitant.

Le général était couché dans son manteau, à gauche de la route, sous un prunier.

Son fils était couché près de lui.

Charras exposa l’objet de sa mission.

– Savez-vous, reprit Exelmans, que nous crevons tous de faim, ici ?

– Général, ce n’est pas la faute du général Pajol : il a envoyé, avant onze heures du matin, le colonel Jacqueminot à Versailles, pour commander dix mille rations de pain.

– A qui ?

– Au préfet.

– Et ce b... -là ne les a pas envoyées ?

– Vous voyez bien que non, puisque je vais les chercher.

– Et vous m’assurez qu’elles ont été commandées ?

– Devant moi le colonel Jacqueminot est parti.

– Eh bien, monsieur, moi, le général Exelmans, je vous ordonne de faire fusiller le préfet.

Charras tira de sa poche un portefeuille et un crayon.

– Un mot d’écrit, général, et ce sera fait dans une heure.

– Mais, monsieur...

– Au crayon, cela me suffira.

– Mais, monsieur...

– Allons, dit Charras, je vois que le préfet de Versailles ne sera pas encore fusillé cette nuit.

– Mais, monsieur, réfléchissez à ce que vous me demandez.

– Moi, général, je ne vous demande rien, que de me laisser passer.

– Laissez passer monsieur, dit le général Exelmans.

Et il se recoucha sous son prunier. » Il recommanda Basset, Philippe, Victor, afin qu’il puisse entrer dans la garde municipale : ce dernier s’était, assurait-il, placé sous son commandement pendant l’expédition de Rambouillet.

Nous empruntons au Dictionnaire des girouettes la notice qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Aide-de-camp des généraux Eblé, Broussier et Murat, depuis 1798 jusqu’en 1805 ; chargé de présenter à l’empereur les nombreux drapeaux pris à l’ennemi : “Je sais qu’on ne peut être plus brave que vous, lui dit Napoléon” et il le fit officier de la Légion-d’Honneur. Nommé colonel du 1er régiment de chasseurs, général de brigade, emmené prisonnier en Angleterre, rentré en France en 1811, prenant du service à Naples, auprès de Joachim Murat, qui le fait son grand-écuyer ; le quittant pour servir de nouveau sa patrie ; général de division pendant la guerre de Russie ; comte d’empire, grand officier de la Légion d’honneur.

»Employé dans son grade après la première Restauration, nommé chevalier de Saint-Louis, on intercepta une correspondance qu’il entretenait avec le roi Murat ; l’ordre fut donné de l’arrêter, et il se livra lui-même. Mais bientôt il s’évada de la maison où il était détenu par la gendarmerie, prenant toutefois l’engagement par écrit de se constituer prisonnier aussitôt qu’il serait cité légalement devant un tribunal compétent pour le juger : il remplit sa promesse et, le 14 janvier 1815, il se rendit volontairement à Lille, où le conseil de guerre devait s’assembler, écrivant au comte d’Erlon, président, qu’il était trop assuré de la pureté de ses intentions pour en craindre les suites sous un prince dont il admira toujours la justice.

“Extrait du rapport fait au roi par le ministre de la Guerre, le 29 décembre dernier : « Les faits dont M. le général Exelmans s’est rendu coupable sont infiniment graves. 1°) Il a entretenu une correspondance avec l’ennemi, pendant qu’il était employé en qualité d’inspecteur-général des troupes de cavalerie de la première division militaire ; 2°) il a commis un acte d’espionnage, en écrivant à Joachim que des milliers de braves officiers, instruits à son école, seraient accourus à sa voix, si les choses n’eussent pas pris une tournure aussi favorable pour lui ; 3°) il a écrit des choses offensantes pour la personne et la puissance de V. M. ; 4°) il a désobéi aux ordres que le ministre de la Guerre lui a donnés de la part de V. M. ; 5°) enfin, il a violé le serment qu’il a prêté, en recevant l’ordre royal et militaire de Saint-Louis.

»Sur le troisième chef d’accusation, le général Exelmans a répondu que le profond respect qu’il avait pour la personne du roi était une garantie suffisante qu’il n’avait rien écrit d’offensant pour elle.

»Le 23 janvier, le conseil de guerre acquitta M. le lieutenant-général Exelmans à l’unanimité. Acquitté et libre, il profita des premiers moments de sa liberté pour se présenter au pied du trône, pour remercier sa majesté de lui avoir fait rendre justice, et pour lui jurer une fidélité à toute épreuve » (Journal des débats du 28 janvier 1815.)

»Deux mois après, il se joint aux officiers à demi-solde, qui revenaient de Saint-Denis, pour aller jurer à l’empereur une fidélité à toute épreuve. (Journal de l’Empire du 23 et du 26 mars.)

»Nommé d’abord commandant en chef du deuxième corps de cavalerie, il fut appelé, le 2 juin, à la Chambre des Pairs. Retiré à Clermont-Ferrand, après la désastreuse journée de Waterloo, il envoie sa soumission au roi, qui venait de rentrer à Paris. Mais Louis XVIII, qui était rancuneux, comprit Exelmans dans l’ordonnance du 24 juillet 1815, et l’exila de sa patrie.

»Il y rentra plus tard, quand les mesures prises contre les 38 individus exilés de France sans jugement eurent été adoucies.

»Lieutenant-général en disponibilité au commencement de 1826, il fut remis en activité par la haute protection de l’excellente duchesse d’Angoulême, qui bientôt, ainsi que son illustre époux, honora la famille Exelmans de toute sa bienveillance. Il était auprès de ces princes adorés, quand la révolution de juillet éclata.

»La victoire s’étant déclarée pour le peuple, le lieutenant-général Exelmans est venu offrir ses services au gouvernement sorti des barricades. Louis-Philippe non seulement l’a fait maintenir sur les cadres d’activité de l’armée, mais encore il a obtenu pour lui une des quinze grand-croix de la Légion d’honneur qui ont été distribuées depuis juillet. Il fait bon d’avoir des amis partout. »

F/9/1155 in dossier Basset, Philippe, Victor ; Biographie universelle et portative des contemporains, par Rabbe, Vieilh, Boisjolin et Sainte-Preuve, tome cinquième, Paris, 1836, p. 203 ; Histoire populaire de la révolution de juillet, récit des combats qui eurent lieu sous le commandement du colonel Marchal pendant les trois journées, Marchal, Colonel, impr. de Mme de Lacombe (Paris), 1834, p. 69-71 ; Mémoires sur la révolution de 1830, Sémonville in Revue de Paris, 1re année, t. 5 (1er septembre 1894), p. 76 ; La garde royale pendant les événements du 26 juillet au 5 août, par un officier employé à l’état-major, Bermond de Verchères, chez Dentu 1830, p. 58 ; Mémoires sur les événements de juillet 1830, vicomte de Foucauld, ancien colonel de la gendarmerie de Paris, Paris, Dentu, 1851, p. 49 ; Tableau dramatique de la justice au XIXe siècle, tome Ier, chez Surcy et Camus, Paris, 1847, p. 145-148, 507-513 ; La Restauration, marquis de Roux, Paris, Fayard, 1930 ; Nouveau Dictionnaire des girouettes, Nos grands hommes peints par eux-mêmes, pairs, hommes d’Etat, hommes de lettres, généraux, évêques, chansonniers, préfets, journalistes, statuaires, ministres, députés, ambassadeurs, vaudevillistes, etc., par une girouette inamovible, à Paris, Lerosey, libraire, Palais-Royal, 1831, p. 351-354.

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