Hervieu, Pierre, Sosthène

Biographie


Né le 30 septembre 1809 à Ryes (Calvados). Etudiant en droit. Il sollicita une sous-lieutenance, mais semble-t-il, sa demande fut posée trop tardivement (sans que la date nous fût connue). Sa demande était ainsi rédigée : « […] Mes titres sont ceux de tous les jeunes gens qui, pendant la révolution de Juillet, se sont montrés braves et amis du pays. Attaché dès le 1er juillet à un comité de salut public, qui, par d’exactes informations, pouvait prévoir l’effet des fatales ordonnances, j’ai su répandre parmi les artisans et les ouvriers du quartier Rochechouart des idées de haine et de vengeance contre le despotisme. Le 26 venu, c’est un journal à la main que j’allais dans les lieux les plus fréquentés apprendre au peuple le sort qu’on lui préparait et l’exciter à une résistance légale. Le 27, je marchais avec ceux qui avaient écouté ma voix et que j’avais munis soit de sabres et de fleurets, soit de tringles et barres de fer dont j’avais fait des armes. Le 28, en revenant de la rue Saint-Denis, où j’avais aidé à élever les premières barricades sous le feu des troupes, j’ai contribué à en construire de semblables et dans la rue du Faubourg-Montmartre et dans la rue de Buffault et dans la rue de Provence. Le 29, j’étais devant le ministère des Affaires étrangères, où pendant longtemps j’ai tiré avec succès sur la garde royale et mis plusieurs fois mes jours en péril. Le 30, j’ai monté la garde à la Chambre des députés, où le capitaine de la garde nationale du poste m’a demandé mon nom et mon adresse. Le 31, je fus un de ceux qui accompagnèrent à l’Hôtel de ville le lieutenant général du royaume. Après cela, partir pour Rambouillet n’était qu’une conséquence de mes actions premières : je l’ai fait malgré les fatigues dont j’étais accablé car les nuits mêmes n’étaient pas un temps de repos pour moi. Ce n’est pas à moi de faire valoir ma conduite pendant la grande semaine. Quoique jeune, je crois avoir connu les devoirs d’un bon citoyen et les avoir remplis avec ardeur. Je dois donc me borner à rappeler les faits avec la franchise d’un jeune homme : mon quartier en a été témoin et peut en attester la vérité. Si je ne présente qu’un petit nombre de certificats c’est que j’ai pensé que le devoir de la Commission était de s’en rapporter à de sévères enquêtes plutôt qu’à une multitude de témoignages, qui peuvent ne pas avoir une authenticité suffisante. Et c’est de tous mes vœux que j’appelle cette juste et nécessaire inquisition ; c’est surtout d’elle que j’attends le succès de ma demande. J’ai fait au collège Louis-le-Grand de bonnes études littéraires. Je me suis ensuite livré pendant trois ans l’étude des mathématiques dans l’école préparatoire de M. Mayer. Si je n’ai pu entrer à l’Ecole polytechnique, au moins j’ai été admis sur la liste des admissibles. M. Dinet, celui des inspecteurs qui m’a interrogé, m’en a donné sa parole. Maintenant je continue les cours de droit, que j’ai commencé l’année dernière. J’ose espérer que la Commission voudra bien accueillir ma demande, sans me dissimuler néanmoins l’obstacle que j’éprouverai par le retard que j’ai mis à la former. Cependant, sans nulle vanité, ce retard pourrait s’expliquer en ma faveur. J’ai toujours reculé devant l’idée de proclamer ce que j’ai pu faire de bien pendant la révolution et de demander une récompense pour des actions dont le seul mobile a été l’amour du pays. D’ailleurs de plus dignes sans doute devaient se présenter. Mais, aujourd’hui que la guerre est devenue une probabilité, ma ferme et invariable intention est de suivre contre l’étranger le drapeau que de mes faibles mains j’ai contribué à reconquérir et si j’ai quelques droits à une sous-lieutenance c’est aujourd’hui seulement que j’ai dû les faire valoir. En tout cas, si, par le refus de la Commission, je suis forcé de partir comme soldat, je jure de ne pas démentir sur le champ de bataille ma conduite passée et de mieux mériter une autre fois les épaulettes du brave. » Il accompagnait sa lettre des certificats suivants. Le premier : « Je, soussigné, certifie avoir reconnu M. Hervieu, demeurant rue de Buffault n° 10, se battant et formant des barricades dans les journées des 28 et 29 juillet. » Signé : Poutret, A., marchand épicier, demeurant 9, rue de Buffault. Le deuxième : « Je, soussigné, lieutenant de la 3e compagnie du 2e bataillon de la IIe légion de la garde nationale de Paris, certifie qu’il est à ma connaissance que M. Pierre, Sosthène Hervieu, chasseur de la même compagnie et habitant de la même maison que moi, a pris les armes dans les glorieuses journées des 28 et 29 juillet dernier et a fait partie de l’expédition de Rambouillet aux ordres du général Pajol. » Signé, le 24 novembre 1830 : Girard, Adolphe (voir ce nom), demeurant 10, rue Buffault. Le troisième : « Je, soussigné, portier de la maison sise à Paris, rue de Buffaut, n° 10, certifie avoir vu monsieur Hervieu sortir armé de ladite maison dès le 27 juillet jusqu’au 30 juillet matin. Il n’est rentré chez lui pour prendre du repos que deux fois, pendant deux heures chaque fois. » Signé le 24 novembre 1830 : Levallois. Le quatrième : « Je, soussigné, Maréchal, Pierre, marchand tonnelier, demeurant rue de Buffaut n° 10, faubourg Montmartre, certifie avoir vu M. Hervieu sortir armé de chez lui dès le 27 juillet et se diriger vers les lieux où l’on se battait. J’atteste aussi que j’ai aiguisé pour lui des sabres et des fleurets, que de sa fenêtre il distribuait à des hommes du peuple et qu’ils emportaient avec eux. » Signé le 24 novembre 1830 : Maréchal. Le cinquième : « Je, soussigné, certifie avoir vu, le mercredi soir 28 juillet 1830, M. Sosthène Hervieu parmi les combattants qui s’étaient postés au coin de la rue Sainte-Anne et de la rue Neuve-des-Petits-Champs, prévoyant une attaque des troupes de la garde royale et des Suisses qui se trouvaient à la rue Saint-Honoré et à la place Vendôme. Il est resté sous mes fenêtres pendant plusieurs heures et ensuite je l’ai vu se diriger sur le boulevard. Je certifie en outre que ledit M. Hervieu est venu déjeuner chez moi le lendemain de la campagne de Rambouillet, où il était allé en armes. » Signé le 24 novembre 1830 : veuve Gaillard, demeurant 42, rue Sainte-Anne. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, il était maréchal des logis au 6e chasseurs à cheval (quoique il apparaît aussi dans la liste de ceux qui furent nommés sous-officier, sur proposition de la Commission des récompenses nationales et affecté dans le 55e régiment d’infanterie de ligne). Le 24 juillet 1831, Girard, Adolphe (voir plus haut) adressait la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « Messieurs, j’ai l’honneur de vous remettre sous ce pli le dossier de M. Hervieu, Pierre, Sosthène, décoré de la médaille de Juillet et maréchal des logis au 6e régiment de chasseurs à cheval, lequel dossier avait été par lui retiré de chez M. Guinard, commissaire de notre arrondissement pendant la captivité de ce dernier. M. Hervieu, mon ami, ayant appris que le ministère avait demandé à la Commission la remise de tous les dossiers des hommes de Juillet, s’est empressé de me charger du soin de réintégrer le sien. Je réclame de l’obligeance de messieurs les membres de la Commission qu’ils veuillent bien me faire accuser réception de ce dossier, qui se compose de cinq certificats et d’une demande. Je suis, etc. » En 1845, il apparaît dans le Bulletin des lois, IXe série, tome vingt-sixième, n° 747 p. 747, comme membre de la Société d’agriculture de Bayeux, de la Société des courses de Caen, propriétaire, demeurant à Ryes. On trouve dans Biographie des neuf cents députés à lAssemblée nationale, par ordre alphabétique de départements, sous la direction de Lesaulnier, seconde édition, Paris, aux bureaux de la rédaction, 12, rue Duphot, 22 août 1848, la notice biographique le concernant : M. Hervieu (Pierre-Sosthène 48.209 voix), né à Ryes, près Creully (Calvados), le 30 septembre 1809 ; propriétaire à Ryes, commandant actuel de la garde nationale de cette commune. Envoyé dans un collège de Paris, il y fit de bonnes éludes, qu’il dirigea spécialement pour son admission à l’Ecole Polytechnique, où, par suite des examens qu’il subit avec distinction, il eût été admis, si alors il y eût eu de la place. Il a servi quelque temps dans un régiment de cavalerie, d’où il est sorti avec le grade de maréchal des logis. Rentré dans son pays, il provoqua la création de routes et d’établissements de charité. Il se rendit adjudicataire de ces travaux, pour les diriger et les accélérer ; lorsqu’ils furent terminés, il réunit les ouvriers et leur distribua les bénéfices réalisés sur les prix d’adjudication. En 1830, ayant été nommé chef de bataillon de la garde nationale de Ryes, il s’occupa avec zèle de son organisation. Il a concouru activement à la formation d’un établissement pour l’extinction de la mendicité dans la commune qu’il habite. Cet établissement ayant parfaitement réussi, et c’est le seul, la commune de Ryes a obtenu le prix proposé par le prince de Monaco, pour la première fondation de ce genre qui aurait un plein succès. Il a écrit une Notice nécrologique sur M. Signard d’Ouffières, dans l’Annuaire normand. Il a toujours été de l’opposition, mais assez modéré. M. Hervieu possède une fortune immobilière de 10.000 francs de rente. Très humain pour les ouvriers, il sait toujours leur procurer du travail sur sa propriété. D’un caractère flegmatique et réfléchi, homme intègre et d’un jugement sûr, n’ayant que des vues honnêtes, il va droit au but qu’il s’est proposé, sans souci des obstacles qu’il rencontre et des intérêts qu’il froisse. Républicain d’instinct, ses opinions se fortifièrent encore lorsqu’il vit Louis-Philippe oublier l’origine populaire de sa royauté, peu de temps après son avènement au trône. Les travaux de l’Assemblée nationale seront pour lui un véritable labeur ; et on pense que, par ses sentiments, son instruction, son expérience des hommes et des affaires, il est à la hauteur de sa tâche de représentant. » Il demeurait 10, rue Buffault en 1831. Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris VK3 25 liste alphabétique des décorés de la médaille de Juillet (sous le nom dHervieux, Pierre, Sosthène) ; Archives de Paris VK3 46 ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers (sous le nom dHervieux, Pierre, Sosthène) et aussi Commission des récompenses nationales, deuxième état de sous-officiers (sous le nom dHervieux, Pierre, Sosthène) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) IIe arrondissement.

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