Lemaire de Lessart

Biographie


Le 1er janvier 1831, alors qu’il était lancier au 4e escadron des lanciers d’Orléans, il adressa la lettre suivante au préfet de police : « Une grande partie des jeunes gens qui se sont voués à la cause de la liberté, pendant nos glorieuses journées de Juillet, ont obtenu des emplois dans le civil ou des grades dans l’armée ; c’est une justice que la patrie leur a rendue, elle n’a pas oublié ses plus chers enfants. Cependant, monsieur le préfet, quelques-uns de ces jeunes gens ont été mis en oubli, ou plutôt ceux qui n’ont rien demandé n’ont rien obtenu ; je suis du nombre de ces derniers et c’est vous, monsieur le préfet, qui pouvez, seul, me faire obtenir justice aujourd’hui. Aux premières nouvelles que je reçus des événements, je me suis rendu en toute hâte à Paris. Je suis arrivé assez tôt pour être de quelque utilité à mon pays. Mon bras s’est joint à ceux des amis de la liberté et a contribué, pour sa part, à renverser le trône des lys. Lorsque tout fut calme à Paris, je songeai à porter l’esprit de liberté dans mon pays natal et, connaissant la manière de penser du maire de Senlis, je demandai une autorisation du gouvernement provisoire afin de pouvoir faire arborer le drapeau tricolore en cette ville. Cet ordre, je l’obtins le jour même. Monsieur le préfet, vous avez eu la complaisance de me l’écrire de votre main. Fier de ce message, je partis pour Senlis, où je fis retentir les premiers cris de liberté, où je distribuai les couleurs nationales. Après m’être assuré de l’esprit du peuple, après m’être formé un parti, je fus trouver le maire. Il m’a reçu fort mal mais il n’était plus le maître. Une heure après lui avoir remis l’avertissement dont j’étais porteur, les trois couleurs flottaient à l’hôtel de ville. Certes beaucoup de personnes m’ont fêté dans la ville de Senlis mais je me suis fait aussi beaucoup d’ennemis. Il existe dans cette ville une vingtaine de petits nobles qui m’ont juré haine éternelle. Satisfait néanmoins de la victoire que je venais de remporter, je rentrai de suite à Paris. Je fis mon rapport au gouvernement provisoire sur les résultats de ma mission. J’ignore si vous en avez eu connaissance. Lorsque je suis arrivé à l’Hôtel de ville pour y déposer le rapport dont j’ai l’honneur de vous parler, j’appris que les constitutionnels partaient pour Rambouillet. Je me rendis aux Champs-Elysées, lieu du rendez-vous ; toutes les voitures étaient prises ; dans la crainte de ne pas avoir une place, je donnais mes derniers vingt francs à un jeune homme qui, sur ma demande, voulut bien me céder la sienne. Je partis donc pour Rambouillet, le cœur plein d’espérance et du désir de bien agir. Vous savez, monsieur le préfet, que ce fut là que se termina notre belle révolution. Lorsque Charles X fut chassé et que la liberté fut assise sur le trône, l’idée me vint d’embrasser la carrière militaire. En effet, j’entrai aux lanciers de la liberté, aujourd’hui lanciers d’Orléans. J’espérais obtenir un grade mais je me suis trompé. Aujourd’hui je suis encore simple lancier. Ainsi, monsieur le préfet, j’ai quitté mes parents chéris, j’ai renoncé à un bel avenir, j’ai tout abandonné pour ma patrie, j’ai offert ma vie à la cause de la liberté et je n’ai pas reçu la moindre récompense et cependant mille autres sont une position opposée à la mienne : les uns sont officiers dans l’armée, les autres occupent des emplois honorables dans le civil. Comme jusqu’à ce jour je n’ai formé aucune demande, je ne pourrais me plaindre avec raison ; on ne peut pas deviner qui je suis ni ce que j’ai fait ; mais j’espère, monsieur le préfet, grâce à vos soins et vos bontés, obtenir incessamment la récompense sur laquelle peut compter un des propagateurs des libertés, un des meilleurs amis de la France. Si vous désirez, monsieur le préfet, obtenir des renseignements sur la manière dont je me suis conduit à Senlis, vous pouvez vous adresser à M. Guibourg, notaire en cette ville et membre du conseil municipal, et à M. Vatin, maire actuel. Soldat, la distance qui me sépare de vous est immense, cependant j’ose compter sur votre extrême bonté, pensant bien que c’est d’après leurs sentiments non d’après le rang qu’ils occupent que vous jugez les hommes. J’ose espérer, monsieur le préfet, que vous daignerez m’honorer d’une réponse quelconque. J’ai l’honneur, etc. » Il fut nommé sous-officier dans le régiment où il était, sur proposition de la Commission des récompenses nationales. Il était caserné à Melun en 1831. Archives de Paris VK3 47 ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, liste générale de présentation et de nomination de sous-officiers (sous le nom de Lemaire Delessart).

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