Lemaire, Victor, Louis
Biographie
Né le 30 novembre 1811 à Paris. Peintre en bâtiments. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Xe arrondissement. Il reçut la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement. Sa médaille lui fut délivrée le 29 juin 1831 et son brevet le 19 août de la même année. Son nom est, comme décoré de la médaille de Juillet, sur une liste de décorés sur laquelle devait être choisie une députation de vingt-quatre décorés de la Croix de Juillet et de vingt-quatre décorés de la médaille de Juillet pour assister, à la Bastille, aux cérémonies qui devaient marquer le premier anniversaire de la révolution de Juillet. Sans doute s’agit-il de lui, quand comparurent devant la cour d’assises de la Seine, pour leur participation à l’émeute des 5 et 6 juin 1832, la veuve d’André, Paul (voir ce nom), Lemaire, peintre, et Hesse (voir Hesse, Cahen, Hirch), cordonnier. La Gazette des tribunaux, en date du 7 novembre 1832, relatait ainsi le procès des trois accusés : « Trois accusés sont présents sur les bancs : Lemaire, peintre ; Hesse, cordonnier, et Mme veuve André. Cette jeune accusée est mise avec le plus grand soin ; la délicatesse de ses traits et la douceur de sa physionomie contrastent singulièrement avec les faits graves qu’on lui reproche. Elle porte le deuil de son mari, mort du choléra depuis le mois de juin. Les faits résultant de l’accusation sont extrêmement simples. Il en résulte que le 5 juin Lemaire et Hesse auraient pris part aux désordres qui furent commis rue Saint-Paul ; ils auraient en outre désarmé un soldat. Quant à Mme André, on lui reproche d’avoir travaillé à la construction d’une barricade dans le même quartier, et d’avoir en quelque sorte dirigé les insurgés. M. le président procède à l’interrogatoire des accusés. – M. le président : Lemaire, n’êtes-vous pas allé au convoi du général Lamarque ? – Lemaire : Oui, Monsieur ; je l’ai suivi jusqu’à la Bastille, et je l’ai quitté avant les premiers bruits. Je suis rentré par la rue Saint-Antoine. – M. le président : On a trouvé chez vous un certain nombre d’armes ? – Lemaire : On me l’a dit ; mais je l’ignorais. Il paraît qu’elles y ont été apportées en mon absence. – M. le président : Où avez-vous passé la nuit du 5 au 6 ? – Lemaire : Dans mon lit. (On rit.) – M. le président : Le 6, au matin, n’avez-vous pas désarmé un soldat de la ligne ? – Lemaire : Non, Monsieur ; je suis arrivé au moment où on le désarmait, et j’ai pris le fusil pour qu’on ne lui fît aucun mal. – M. le président : N’aviez-vous pas les mains, les lèvres et les dents noires de poudre, lors de votre arrestation ? – Lemaire : C’est possible, mais ce n’était pas de la poudre, bien plutôt le charbon ; car nous nous étions sauvés chez un marchand de charbon. – M. le président : Hesse, n’avez-vous pas désarmé un soldat de la ligne, conjointement avec Lemaire ? – Hesse : Non, Monsieur ; j’ai seulement vu Lemaire prendre le fusil à celui qui avait été désarmé, et si nous avons fui, c’est que nous avons vu arriver la force armée, et on criait de tous côtés. – M. le président : Femme André, n’avez-vous pas le 5 juin, travaillé aux barricades ? – Femme André : Oui, Monsieur, on m’y a forcée ; c’est une grande femme allemande ; je me suis sauvée quand j’ai pu, comme les autres. – M. le président : Pourquoi avez-vous donc dit que si vous y aviez travaillé en juin, c’est que vous y aviez travaillé en juillet 1830 ? – Femme André : Non, je n’ai pas dit cela. – M. le président : N’aviez-vous pas les manches retroussées et un pompon rouge sur les cheveux ? – Femme André : Oui, Monsieur, mais c’est mon habitude. Silvain Guignard, soldat caserné à l’Ecole-Militaire, premier témoin, reconnaît Lemaire et Hesse pour lui avoir enlevé son fusil et ses cartouches. Il croit bien que ce sont eux ; il a bien entendu qu’on criait : Ne lui faites pas de mal ! La femme Picot reconnaît Lemaire et Hesse pour s’être réfugiés chez elle, et y avoir déposé leurs armes. – Roberge : Le 6 au matin je suis rentré au moment où on arrêtait chez moi, où ils s’étaient réfugiés, Hesse et Lemaire. On a vu que Lemaire avait les mains et la bouche noires ; on a cru que c’était de la poudre. – Me Etienne Blanc, avocat de Lemaire : n’étaient-ils pas cachés dans un magasin à charbon ? – Roberge : Oui. – Me Etienne Blanc : Alors, ils ne pouvaient pas avoir les mains blanches ; voilà ce qui serait étonnant. – Genet, maréchal des logis des dragons, a assisté à l’arrestation et ne sait rien du désarmement ; seulement, il a cru d’abord reconnaître Lemaire, comme ayant tiré la veille sur son colonel : le témoin se rétracte. – Chartier, maréchal des logis des dragons, même déposition. – Bodier, rentier : J’ai vu Mme André sortir avec deux révoltés, après la révolution qui venait d’avoir lieu à la Bastille. Elle avait des armes, un pompon rouge à la tète et des manches retroussées. Voilà tout. – M. le président : Ne savez-vous rien de plus ? – Bodier : Ah ! mon Dieu si, j’en sais, mais voilà tout. Ce qui m’a surpris, c’est qu’elle menaçait ceux qui ne voulaient pas donner des armes, ça m’a affligé par égard pour son sexe, véritablement, voilà tout. – Femme André : C’est faux, absolument faux. – Bodier : Bien plus, elle a manifesté à vouloir monter dans les maisons ; mais ils ne sont pas montés, elle y mettait une ardeur, que je l’ai jugée comme une Jeanne d’Arc, et voila tout. – Hérisson : J’ai vu la femme André conduire deux hommes chez les habitants de la rue, pour les forcer à donner leurs armes ; elle est venue chez moi ; je l’ai vue construire les barricades. Darant a vu Lemaire, le 5 au soir, vers une barricade, mais il n’y travaillait pas. – Saint-Paul, même déposition. Il ajoute que Lemaire s’est vanté d’avoir désarmé un garde municipal. On procède à l’audition des témoins à décharge qui justifient la moralité des prévenus. Le sieur Vallée atteste que le 5 au soir, Lemaire s’opposa au pillage de la boutique d’un perruquier, et dissipa le groupe en le menaçant de son fusil. Bonnard affirme qu’il a vu prendre le fusil au fantassin, et que ce fusil a passé dans plusieurs mains. M. Pécourt, avocat général, soutient l’accusation à l’égard de Lemaire et de Hesse. Quant à Mme André, ce magistral discute les charges qui s’élèvent contre elle ; elles ne lui paraissent pas suffisantes pour déterminer une condamnation. Fussent-elles plus graves, cet honorable magistrat hésiterait à appeler les rigueurs de la justice sur une femme qui, arrêtée en même temps que son mari, a eu le malheur de le perdre pendant sa captivité, et sans assister à ses derniers moments. Me Arrondson et Conseil plaident pour Mme André et pour Hesse ; Me Blanc présente la défense de Lemaire. “Lemaire, dit-il, après avoir réfuté avec habileté toutes les charges de l’accusation, Lemaire a été privé de sa liberté pendant cinq mois ; c’est un sacrifice qu’il fait à son pays, comme il lui offrait sa vie dans la journée du 5, en repoussant seul l’émeute qui commençait à surgir. Vous direz, la main sur la conscience : Lemaire est innocent. Vous pourrez ajouter : Lemaire est honorable, car il a rempli le devoir d’un bon citoyen.” Après le résumé impartial de M. le président et trois quarts d’heure de délibération du jury, les trois accusés, déclarés non coupables, sont acquittés. » Il demeurait 40, rue de Verneuil en 1830-1831 (mais 40, rue de Varennes en 1831 in Archives de Paris VD6 524 n° 3). Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la médaille instituée par la loi du 13 décembre 1830 sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 19 juin 1831 ; Archives de Paris Vbis7K4 2 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille Xe arrondissement ; Archives de Vbis7K4 4, contrôle nominatif des citoyens décorés de la médaille de Juillet auprès de la mairie du (ancien) Xe arrondissement ; Archives de Paris VD6 524 n° 3 ; Archives de VD6 545 n° 3 (liste des médaillés du [ancien] Xe arrondissement) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens proposés pour la médaille (ancien) Xe arrondissement ; Gazette des Tribunaux, 7 novembre 1832 ; L’Ami de la religion, jeudi 8 novembre 1832, tome LXXIV, p. 61.