Mallet, Joseph, Michel, Alexandre

Biographie


Né le 20 février 1803 à Illiers (Eure-et-Loir). Clerc de notaire jusqu’en 1829, huissier à partir de 1829 et jusqu’en 1831, puis correspondancier ou nouvelliste à partir de 1832 et jusqu’en 1848. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet, le 16 mars 1848, la lettre suivante à la Commission : « Vous demandez à chacun ce qu’il a fait pour la république, je viens répondre à votre appel en ce qui me concerne. Je me nomme Joseph, Michel, Alexandre Mallet, né en 1803 ou 1804 (sic) à Illiers, département d’Eure-et-Loir, d’une des plus honorables familles de cultivateurs qu’il y ait en France, car de temps immémorial aucune tache ne l’a atteinte. En 1814, les Prussiens tuèrent mon père. Ma mère me destina au notariat, écoutant beaucoup plus son cœur de mère que ma vocation. J’ai été successivement premier clerc de Me Fresnaye à Illiers, deuxième clerc de Me Levassor, notaire à Chartres, clerc de Me Outrebon, notaire à Paris, principal clerc de Me Leclerc, notaire à Pierrefitte, près Paris, puis deuxième clerc de Me Tournaut, en 1828, à Corbeil. En 1829, n’ayant point assez de fortune pour me faire notaire, j’achetai une étude d’huissier, à Ecouen, moyennant quarante mille francs. Toutes les pièces constatant ces faits sont au ministère de la Justice. J’étais donc huissier à Ecouen, en 1830, dans une très belle position de fortune. Le 27 juillet, me trouvant à Paris et ayant été chargé, rue Richelieu, par les lanciers de Charles X, j’aidai à construire la première barricade qui fut faite, rue Saint-Honoré près la rue Traversière. Depuis ce moment jusqu’au 29, je ne quittais pas une minute le fusil et je crois que l’un de mes amis, nommé Lucas, depuis avocat à la Cour de cassation et alors clerc de Me Isambert, depuis conseiller à la Cour de cassation, me fit porter sur la liste des décorés ou des médaillés, je n’en sais rien. Comme ces récompenses furent accordées par un ministère déjà exécrable et réactionnaire, je ne m’en suis jamais informé. De retour à Ecouen, le 1er août, je voulus y proclamer la république, que j’avais déjà prêchée à Paris, sur toutes les bornes qui sont autour de la Bourse. M. Bertin était alors juge de paix à Ecouen. M. Antheaume, maire. M. Roussigné, aujourd’hui conseiller à la cour royale était procureur du roi à Pontoise. Tous ces hommes étaient dévoués à Charles X, ils se dévouèrent à Louis-Philippe, comme ils se dévouent aujourd’hui à la république, sans aucun doute. Quant à moi, quand la réaction fut venue, vous le devinez bien, on me persécuta... Je fus obligé de vendre ma charge en 1831, à une époque où toutes les charges avaient diminué de valeur. Je fus ruiné d’une manière absolue, ainsi que ma pauvre mère. Ma mère mourut de chagrin et de misère en 1832. Alors, ne sachant que faire, j’inventai le métier de nouvelliste, aux funérailles du général Lamarque, en 1832. Depuis lors j’ai fourni ma correspondance de nouvelles, recueillies par moi, écrites par moi, imprimées par moi et distribuées par moi au National, jusqu’à la mort d’Armand Carrel, au Commerce, au Bon Sens tout le temps de sa durée, sous Rodole et Louis Blanc, au Constitutionnel, au Courrier français, à la Réforme depuis sa fondation jusqu’à ce jour. C’est moi qui ai constamment informé M. Lesseps et M. Blanc dans la belle lutte qu’ils ont soutenue depuis 1840, l’un dans le Courrier et l’autre dans la Réforme, contre l’embastillement de Paris. Un seul reproche était fait à ma correspondance par les journaux de l’opposition dynastique, c’était celui de trop suer la république. J’ai plusieurs lettres de Flocon et de Louis Blanc, qui témoignent de leur affection pour moi, je les tiens à votre disposition mais je ne m’en dessaisirai jamais. Ce métier, choisi par moi parce qu’il n’existait pas, aimé parce qu’il me laisse ma liberté, je l’ai fait honorablement, loyalement et il m’a fourni ma pâtée, sans que j’aie gêné les intérêts de personne. Toujours je me suis effacé et fait petit, autant que possible bien que j’aie rendu plus d’un service à la presse militante. Depuis 1832, j’ai toujours habité l’hôtel de Metz, rue des Vieux-Augustins 50 et la rue Saint-Pierre-Montmartre. J’ai vécu humblement mais je défie âme qui vive de reprocher quoi que ce soit à ma probité. Deux cabinets de lecture, où je suis bien connu, m’ont servi de lieux de repos et de travail, le cabinet Valois 156 au Palais-National (lire Palais-Royal, N.D.A.) et le cabinet de la Tente, galerie Montpensier n° 10. J’ai pour amis intimes M. Farnault, du ministère des Travaux-Publics, bien connu de MM. Marie et Boulage, M. Arrivez du ministère des Finances, M. Langevin des bureaux de la Douane au même ministère. Je ne fais pas un pas sans qu’ils le connaissent. Enfin, dans les journées de Février dernier. J’ai fait les barricades. Je n’ai pas tiré un coup de fusil ; mais j’ai commandé le 24. Entre 10 heures et midi, je commandais la résistance contre les supplications des parlementaires endormeurs Odilon-Barrot, Horace Vernet, Lamoricière et un officier d’état-major de la garde nationale sur la ligne des boulevards jusqu’à la porte Saint-Denis, devant la première barricade. J’ai commandé trois autres résistances entre 11 heures et 1 heure de l’après-midi. La première, devant le Théâtre-Français contre Lamoricière encore, un gros monsieur à cheval, en habit noir, et une palme à la main. La deuxième contre le général Gourgaud, rue de Rohan et rue de Chartres au bout des fusils des municipaux logés dans le poste du château d’eau (ils ne tiraient pas encore). C’est moi qui ai dit au général : “Allez dire à Louis-Philippe que le peuple est et sera le maître et que lorsqu’il aura pris possession des Tuileries, il verra ce qu’il peut accorder aux mendiants.” Partie du manuscrit brûlée de Girardin, qui venait du château pour endormir le peuple partie du manuscrit brûlée En sortant de là, j’empêchai le peuple de massacrer un général, qui était sorti d’on ne sait quel appartement du Palais-Royal. Dès que les deux terribles postes du Palais-Royal et du château d’eau eurent commencé leurs feux croisés, une minute après avoir repoussé les propositions du général Gourgaud et de l’officier d’ordonnance qui l’accompagnait, je fis descendre les colonnes de garde nationale et de citoyens qui arrivaient par la rue de Richelieu et les conduisis au feu, armé seulement d’une simple baïonnette, que je tiens à la disposition de la république. C’est moi qui fit sauter la serrure de la grille du péristyle Chevet, au Palais-Royal, près le Théâtre-Français et qui fit entrer dans les cours et les appartements une colonne d’insurgés qui attaquèrent les deux postes avec tout avantage. Les deux postes ayant éteint leurs feux, dix minutes après j’étais aux Tuileries. Je portais mon unique paletot gris et ma baïonnette à la main droite. Une balle a broyé la semelle de mon soulier droit et m’a légèrement luxé le pied. Le soir, quand je me rendis à la rédaction du Constitutionnel, MM. Merrudu illisible et Boniface me virent boitant et je crois que M. Petit de la Réforme, que je vis aussi, m’en fit la remarque. Un Polonais, qui dîne chez Katcomb, rue Neuve-des-Petits-Champs, me vit, dit-il, dans l’affaire des postes. Enfin, le 25 février au matin, j’allais me mettre à la Réforme à la disposition de M. Flocon et comme il n’a pas eu besoin de mes services j’ai continué de faire ma correspondance, avec un dévouement sans borne à la république, à laquelle je me dévoue comma à une maîtresse qu’on adore, depuis un quart de siècle. Telle a été mon humble vie. Tels ont été mes actes. Rien de plus mais rien de moins, je le jure sur l’honneur. Je me tiens toujours à la disposition de la république. Je ne lui demande personnellement rien. Mais, comme je suis le plus pauvre des journalistes et que ma sœur, Marie, Geneviève Mallet, femme Boucher, habitant Illiers, est malheureuse, sans que je puisse la secourir comme je voudrais, si vous pensez que mon dévouement et mes sacrifices de vingt ans vaillent quelque chose reportez sur ma sœur votre intérêt et votre bienveillance, je vous en devrai une éternelle et sincère reconnaissance. J’ai l’honneur... P.S. Je n’ai jamais appartenu à aucune société secrète, je n’ai jamais trouvé l’occasion. J’ai souscrit aux amendes des journaux, aux témoignages de reconnaissance et ai assisté à toutes les manifestations publiques des républicains. » Il joignait à sa lettre le certificat suivant : « Je certifie que M. Mallet, pendant les dernières années de la monarchie déchue, a rendu les plus grands services à la presse républicaine ; qu’il a bravé toutes les fatigues et souvent des dangers très nombreux et très réels pour fournir à la presse des renseignements sans lesquels elle n’aurait pu soutenir la lutte contre les journaux ou les orateurs du gouvernement. M. Mallet a donc fait preuve à la fois, dans ces circonstances difficiles, de patriotisme et d’énergie et j’appelle sur lui l’intérêt de tous les bons républicains. Nota : j’atteste également que M. Mallet a été le correspondant de la Réforme depuis la fondation jusqu’au 24 février et que malgré la modicité de ses honoraires, il a toujours concouru au paiement des amendes qui ont frappé le journal. » Signé, le 7 novembre 1848 : Flocon, représentant du peuple. Il demeurait 50, rue des Vieux-Augustins et 8 bis, rue Saint-Pierre à Montmartre en 1848. Archives de la préfecture de police AA 400.

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