Massot, Dominique, Théophile, Laurent, Justinien

Biographie


Né le 5 septembre 1802 à Limoni (Jura). Sous-lieutenant au 5e de ligne, il refusa de faire tirer sur le peuple, le 27 juillet dans la répression des troubles près du Palais-Royal. Missemblé (voir Missemblé, André, Rose), combattant de Juillet, relata ainsi la conduite de Massot : « Je me trouvais rue Saint-Honoré, le 27 juillet mardi, au moment où nos premières victimes tombèrent pour la liberté. Un piquet de trente hommes, composé de grenadiers et voltigeurs, commandé par un sous-lieutenant, vint se mettre en position vis-à-vis la rue Neuve-des-Bons-Enfants. C’est le premier officier de la ligne qui a refusé de faire feu sur le peuple. M. Béranger, député de la Drôme, en a fait mention dans son rapport sur la mise en accusation des ministres. Cet officier a ordonné aux gardes royaux du 3e régiment de cesser le feu. Il a arrêté plusieurs charges de gendarmerie, sauvé la vie à deux bourgeois rue Neuve-des-Bons-Enfants. Un chef d’escadron de gendarmes ainsi que le capitaine commandant les grenadiers de la garde lui intimèrent l’ordre de faire feu sur le peuple, il leur répondit qu’il n’avait pas d’ordre à recevoir d’eux. A cette réponse, le capitaine le menaça de faire feu sur la troupe, s’il ne se retirait. A ce moment, le sous-lieutenant fit apprêter ses armes, ce qui lui valut un applaudissement unanime. Obligé de continuer sa patrouille, il engagea les bourgeois à se retirer dans les petites rues adjacentes afin d’éviter la fusillade. A peine son mouvement rétrograde fut-il opéré qu’un feu de peloton de la garde blessa plusieurs de nos braves et en tua quatre (c’était le 27, personne n’avait d’arme à 2 heures). Je m’empressai de relever celui qui était tombé à mes pieds tandis que plusieurs braves ouvriers accoururent à travers les balles relever les malheureux tués ou blessés. Nous les emportions lorsque les gendarmes nous ont impitoyablement chargés, jusqu’à la barrière des Sergents, où une grêle de pierres les a forcés de regagner la place du Palais-Royal. […] J’ai eu bien de la peine à découvrir le brave sous-lieutenant dont la modestie égale le courage. Cependant je l’ai découvert, c’est monsieur Massot, Théophile, sous-lieutenant au 5e régiment de ligne. De retour à son quartier, monsieur Massot fut vivement réprimandé par son ancien colonel sur ce qu’il n’avait pas fait faire feu. Mais mon colonel Dieu me garde dun aussi grand malheur. Le 28, sur la place des Victoires, même conduite de monsieur Massot. Rue Montmartre, il a contribué à arrêter le feu des Suisses, sauvé les jours à une jeune dame. On aime à dire que la conduite de cet officier a épargné bien du sang car s’il eût fait faire feu, les bourgeois auraient eu des ennemis de plus dans la ligne et de là des massacres de plus. La conduite de cet officier est d’autant plus méritoire que le 27 sa vie était compromise si les affaires eussent tourné autrement. M. Le général Subervie, témoin des faits ci-dessus énoncés, a fait chercher partout le nom de M. Massot. Ce n’est que la veille de son départ qu’il a pu le savoir par un officier […]. » Suivait une liste de Signatures des témoins de la conduite de M. Massot, dont pour les noms lisibles : Leblanc (voir ce nom), marchand de vin, demeurant 207, rue Saint-Honoré ; Vacossin, marchand orfèvre, demeurant 100, rue Saint-Honoré ; aluctin illisible, limonadier, demeurant 196, rue Saint-Honoré ; Patrelle, marchand épicier, demeurant 205, rue Saint-Honoré ; York, bottier, demeurant ???, rue Saint-Honoré ; Drain, marchand charcutier, demeurant 80, rue du Faubourg-du-Temple, « présent rue Saint-Honoré le 27 juillet » ; Chauchefoin, bottier, demeurant 219, rue Saint-Honoré ; Cavel « présent à l’affaire », demeurant 167, rue Saint-Martin ; Kirkof, fourreur, demeurant rue Saint-Honoré ; Parly fils, restaurateur place du Palais-Royal ; Joly, marchand de vin, demeurant 25, rue de Chartres ; Dive, bonnetier, demeurant 194, rue Saint-Honoré ; Grenier, marchand de vin, demeurant 192, rue Saint-Honoré ; Geslin, demeurant 188, rue Saint-Honoré ; Laborie, horloger, demeurant 190, rue Saint-Honoré. On peut lire dans le manuscrit de Victor Crochon le récit suivant de sa participation aux combats de Juillet : « [Le 27 juillet] Le chef de la gendarmerie, ne pouvant plus faire charger sa troupe sur le peuple, fit appeler un détachement du 5e de ligne. Trente hommes eurent l’ordre d’avancer ; ils étaient commandés par M. Massot, sous-lieutenant. Ce jeune officier portait sous l’uniforme le cœur d’un vrai Français. Craignant que, dans un moment d’exaltation, ses soldats ne tirassent sur le peuple, il ne fit point charger les armes. La haute barricade ayant d’abord empêché que l’on ne reconnût la petite troupe qui s’avançait, elle reçut quelques coups de pierres. M. Massot passa le premier par une ouverture, et fut suivi par ses soldats ; ils sont aussitôt accueillis aux cris de Vive la ligne ! Vive le 5e ! Ce sont nos frères ! On s’approche d’eux avec confiance, on leur dit : “Vous ne ferez pas feu, les soldats de la ligne seront nos amis. – Ne craignez rien, répond ce jeune officier, je suis Grenoblois.” Ce mot courut dans la foule et produisit une agréable impression : on se rappelait avec plaisir que, dans maintes occasions, les habitants de Grenoble avaient donné des preuves de leur amour pour la liberté, de leur dévouement sans borne pour la patrie. Cependant cette légère barricade avait été renversée par la garde et la gendarmerie ; des gardes royaux furent placés en tirailleurs au coin des rues ; ils firent feu et le sang coula de nouveau. Mais les têtes étaient trop exaltées pour qu’on se décourageât facilement ; d’ailleurs la population continuait à se précipiter dans la rue Saint-Honoré, de sorte que les plus timides étaient remplacés par d’autres citoyens ou même souvent obligés de s’arrêter malgré eux. Le détachement du 5e, pour ne pas repousser le peuple, se rangeait quelquefois de côté. M. Massot, voyant que les gendarmes profitaient de ce mouvement pour charger, les surveilla avec attention : aussitôt qu’ils se préparaient à cette manœuvre, il mettait sa petite troupe en ligne et leur barrait le chemin. Les citoyens ne tardèrent pas à s’apercevoir du soin que le Jeune Blondin (c’était ainsi qu’à l’époque des grandes barricades on désignait cet officier dans la rue Saint-Honoré) prenait pour leur épargner les coups de sabre ; aussi, en signe de reconnaissance, ils se découvraient sur son passage et l’accueillaient aux cris de Vive la ligné ! Vive le 5e ! On continuait néanmoins à lancer des pierres contre les gendarmes dont les chevaux touchaient ces soldats ; quelques-unes les atteignirent : M. Massot en ayant reçu une au col et voyant sa petite troupe émue s’écria : “Mes amis, point demportement, soyons calmes, ils travaillent pour nous, ces pierres ne sont pas à notre adresse.” […] Le commandant de gendarmerie reprocha à M. Massot sa mollesse. “Monsieur, répondit le jeune officier, quand on est devant l’ennemi, il n’y a qu’une manière de se battre, mais en face de ces concitoyens chacun sert à sa manière.” Telle fut la première rencontre entre le peuple et la ligne : elle eut d’heureux résultats et encouragea beaucoup l’esprit de résistance de la population. […] Le détachement du 5e de ligne sous les ordres de M. Massot avait été envoyé près la rue Richelieu : cet officier avait su si bien se concilier l’esprit de la multitude que, pour laisser un libre passage à sa petite troupe, elle dérangea elle-même une voiture de porteur d’eau qui barrait la rue. [Vers 17 heures] Le détachement du 5e, commandé par le capitaine Emery, ayant sous ses ordres le jeune Massot qui a laissé de lui, dans ce quartier, un souvenir si honorable, fut remplacé par un autre détachement du même régiment ; il était commandé par le capitaine Hamon, l’un de ces vieux soldats qui ont gagné tous leurs grades sur les champs de bataille, et qui ont parcouru, en vainqueurs, l’Europe entière, sous les couleurs nationales. A peine était-il arrivé qu’il reçut du vicomte de Foucaud l’ordre de se porter en avant du côté de la rue du Coq ; alors ce digne capitaine s’approchant du lieutenant Titon, dont il connaissait le patriotisme et qui avait toute sa confiance : “Pensez-vous, lui dit-il, que je doive obéir ? – Non, lui répond cet officier ; à votre place, je ne marcherais que sur un ordre écrit ou j’exigerais, au moins, que le colonel de la gendarmerie ne passât pas devant nous avec sa troupe. – Nous marcherons, dit le capitaine Hamon, après quelques instants de réflexion, mais nous ne ferons point feu. – Capitaine, répliqua aussitôt le lieutenant Titon, je partage vos sentiments, n’oublions jamais que nous sommes Français avant tout.” Le brave Hamon, dont le cœur battait aux noms de patrie et de liberté, dit alors au colonel Foucauld : “Je consens à partir mais sous l’expresse condition que vous passez, vous et votre troupe, derrière moi, sinon je refuse positivement d’exécuter votre ordre.” Force fut au vicomte de Foucauld de souscrire à cet arrangement. Arrivés près la rue du Coq, ils sont arrêtés par une barricade : le colonel commande de faire feu ; le capitaine Hamon refuse de lui obéir et de répéter l’ordre : ses soldats, dignes d’un tel chef, restent immobiles, leurs armes n’étaient pas même chargées. » En octobre 1830, Massot était toujours sous-lieutenant au 5e régiment de ligne caserné à Rocroy. Une députation de la Ire légion de la garde nationale rédigea une pétition à l’effet de lui faire obtenir une décoration pour la conduite qu’il avait tenue dans les événements. D’autre part des liens se créèrent entre Missemblé et Massot et une correspondance s’ensuivit, dont cette lettre du 28 octobre 1830 de Massot à Missemblé : « Je m’empresse de vous écrire pour vous exprimer combien je regrette de n’avoir pu vous voir avant mon départ. Mais vous serez assez bon pour m’excuser en faveur de l’embarras où je me suis trouvé par rapport à mon jeune frère ; embarras d’où je n’ai pu sortir qu’en le faisant engager dans le 65e de ligne à Courbevoie. Le général qui a organisé ce régiment a bien voulu le faire, après quelques jours, fourrier à la 3e compagnie du 2e bataillon. Je suis excessivement sensible à la visite que vous m’avez faite le 4 et au billet que vous m’avez laissé et que je conserverai toute ma vie, comme l’acte d’approbation de ma conduite dans la journée du 27 juillet de la part d’un brave homme. Je vous en remercie mille fois. Je ne doute pas de l’empressement que vous auriez mis à m’écrire si les démarches que vous avez faites avec ces messieurs de la rue Saint-Honoré avaient eu quelques résultats heureux mais puisqu’il n’y a rien n’y pensons plus. J’aurais au moins pour moi ma conscience et l’estime de quelques braves gens comme vous. Je me rappellerai toute ma vie la conduite aussi noble que désintéressée que vous avez tenue à mon égard, vous d’abord, ensuite M. Joly et autres. Je vous prie d’en recevoir mes sincères remerciements. […] Je n’ai qu’un regret dans toute cette affaire, c’est de n’avoir pu faire davantage pour mon pays ; mais notre belle patrie peut encore avoir besoin de ses enfants, alors, comme en juillet, je montrerai que je sais vivre et mourir pour elle. Une chose qui m’afflige c’est de voir tous les intrigants réussir, les hommes du lendemain prospérer… Je ne puis m’en consoler qu’en pensant que comme les sauterelles en Egypte c’est un fléau inévitable. » Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement. En 1831, il était lieutenant au 5e régiment de ligne. En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut (sous le nom de Massot, Jacques, Théophile, Laurent, Justin, lieutenant au 7e de ligne), auprès de la mairie du (ancien) IIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. Bibliothèque historique de la Ville de Paris, manuscrits, 8-ms-1025, ouvrage de Victor Crochon, f° 98-112, 151 ; Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives nationales F/1dIII/34, Commission des récompenses nationales, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette commission, du 8 octobre 1830 au 31 octobre 1831 par la mairie du (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) IIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/66.

Soumettre une suggestion sur la notice

Votre adresse email
Numéro de téléphone


Tous droits réservés - © 2026 Laurent Louessard / Camille Maillet (Torii Kōdo) - Mentions légales - Politique de confidentialité - Contact
An unhandled error has occurred. Reload 🗙

Un instant ...

Serveur occupé, tentative de reconnexion dans secondes.

Veuillez recharger la page.

Session mise en pause par le serveur.

Veuillez recharger la page.