Mercier, Célestin, Joseph, Valentin
Biographie
Né le 28 avril 1802 à Saint-Hippolyte (Doubs) ; il était le frère de Mercier, Hippolyte (voir ce nom), qui fut lui aussi décoré de la Croix de Juillet. Employé à l’octroi de Paris. Il adressa à la Commission des récompenses nationales une Notice fournie à M. Delestre, président du jury des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement de Paris sur les événements des 27, 28 et 29 juillet 1830 par le sieur Mercier, Valentin, demeurant rue d’Enfer n° 107 et ainsi rédigé : « Lundi 26 juillet. J’appris à 10 heures du matin l’apparition des fatales ordonnances, je me portai au Palais-Royal. Un rassemblement considérable avait lieu dans la nouvelle galerie dite d’Orléans et dans une partie du jardin. On s’entretenait de la saisie faite le matin au bureau du Régénérateur. Dans ces entrefaites, arrivèrent quelques gendarmes, qui cherchèrent à faire dissiper la foule. Leurs efforts furent inutiles. Je me mêlai parmi le public. Il me fut facile de remarquer combien serait grande la résistance qui se préparait. Dès ce moment même, je pensai que le règne de Charles X était à sa fin. Je me rendis chez mon père, rue de Richelieu. Je ne le trouvai point chez lui. De là, je revins chez moi où j’étais appelé pour affaire assez pressante. Je ne ressortis que dans la soirée. Mardi 27 juillet. Le matin de très bonne heure, j’étais au Palais-Royal. Je vis dans le jardin un assez grand nombre de jeunes gens occupés à lire les journaux. Des agents de police, soutenus par des gendarmes, arrachèrent des mains d’un de ces jeunes gens le journal qu’il tenait. Cette action nous indigna tellement que nous tombâmes dessus à coups de poings. Ils s’éloignèrent à toutes jambes. On me prévint que des jeunes gens des écoles désiraient se rassembler sur la place de l’Odéon pour aviser aux moyens d’organiser une résistance active. Je crus devoir m’y rendre de suite. Je ne trouvais rien de semblable. Je rentrai chez moi. Je repartis de nouveau sur les 2 à 3 heures. Je me dirigeai sur la rue Saint-Honoré. La foule était immense et l’agitation à son plus haut point. On me dit que la troupe stationnée sur la place du Palais-Royal venait de tirer sur le peuple et qu’il y avait eu plusieurs victimes. Dans le même moment, je vis porter un cadavre sur des planches par plusieurs jeunes gens qui appelaient leurs concitoyens à la vengeance. J’éprouvai à cette vue un sentiment pénible, qui suspendit, si je puis m’exprimer ainsi, et mes forces physiques et mes forces morales. Mais bientôt cet espèce d’abattement me quitta. Je recouvrai toutes mes forces. J’avais peine à contenir mon indignation. Je courus chez M. Delamarre, banquier place du Louvre pour y voir mon frère qui y était employé et chercher à me procurer des armes. J’appris là qu’il avait reçu une lettre qui lui avait été adressée par des étudiants pour se porter place de la Bourse. Je m’y rendis de mon côté. J’y arrivai à 7 heures environ. Un cadavre était exposé sur cette place. Un individu, que je ne connais point haranguait avec feu la foule qui l’entourait. Je me joignis à lui et fis tout mon possible pour engager ceux qui nous écoutaient à repousser la force par la force et à reconquérir nos libertés. Nous fûmes compris. Chacun promit de son côté de faire une résistance active. J’étais alors sans arme. Je courus chez mon père, rue de Richelieu. Je me munis d’un pistolet. De là, je me rendis à la barrière de l’Ecole militaire pour engager mon beau-père à mettre en lieu de sûreté les fonds de la ville, provenant de la recette qui lui est confiée. Je parcourus tout le quartier pour remarquer quel était l’esprit qui animait le public. J’eus la satisfaction de voir que mes sentiments étaient partout partagés et que chacun promettait d’en venir aux mains s’il était nécessaire. Je ne rentrai chez moi que fort tard, dans la ferme résolution d’embrasser avec vigueur le parti de la cause nationale. Mercredi 28 juillet. Je m’occupai tout au matin à mettre en état une carabine de ma propriété. Je descendis sans arme dans Paris. Arrivé au carrefour de l’Odéon, j’y appris que partout on forçait les armuriers à remettre des armes au public. J’obtins là une douzaine de cartouches, qui me furent remises par un jeune homme et je revins chez moi pour y prendre ma carabine. Je repartis et me dirigeai sur la Grève. Je me plaçai en embuscade derrière le parapet qui longe le quai de la Cité et là j’usai mes cartouches. Ce que je vis là de plus remarquable c’était une homme sans habit, les manches de sa chemise retroussées, tirer sur les troupes qui occupaient la place de Grève, recharger son arme, tirer de nouveau, sans se garantir par aucune chose. J’admirai le sang-froid et le courage de cet homme, qui me répondit que ce n’était point la première fois qu’il voyait l’ennemi et qu’il ne s’était jamais caché pour le regarder en face. Il n’y avait pas longtemps que j’étais marié, ma femme depuis quelque temps était malade, je craignis d’empirer son état en restant plus longtemps éloigné d’elle, je revins donc à la barrière d’Enfer. J’y trouvai ma femme dans un état alarmant. Je promis de ne plus m’éloigner pour sa tranquillité mais l’on verra par la suite que je ne pus tenir ma promesse. J’étais de retour depuis fort peu de temps lorsque je vis amener par deux gardes nationaux un grenadier à cheval de la garde, qui était tenu de crier pour ainsi dire à chaque pas Vive la charte ! il fut mis dans un cabriolet de place et partit aussitôt pour l’extérieur de Paris, accompagné d’un particulier montré derrière ce cabriolet, brandissant un sabre pour indiquer qu’il protégeait ce militaire. Les deux gardes nationaux dont je viens de parler se portèrent de suite à la caserne de la gendarmerie de la barrière d’Enfer et désarmèrent ceux des gendarmes qui y étaient restés sans qu’ils aient fait aucune résistance. Le sieur Tisserand (voir Tisserand, Charles, Julien) s’était revêtu de ses habits d’uniforme et était accouru pour rejoindre ses camarades. Il fut présent et participa même à la distribution des armes. Un poste se forma de suite sur la demande de M. Dutraignaux (voir Dutraigneau, François), et fit à cette entrée de Paris un service militaire. Tisserand en fut le chef. Entre 6 et 7 heures du soir environ, une colonne de la garde royale, forte de deux mille hommes de toutes armes, se dirigea sur la barrière d’Enfer par le boulevard intérieur qui conduit de cette barrière à celle d’Italie. Je résolus de fermer les grilles de la barrière pour m’opposer à la sortie de ces troupes. Ce que je fis à l’instant. J’affirme ici sur l’honneur que c’est de mon propre mouvement et sans y avoir été porté par qui que ce soit que j’ai exécuté ce fait qui pouvait me coûter la vie car en fermant les grilles je me trouvais dans l’impossibilité de ressortir de Paris et par conséquent du même côté que la garde royale. J’eus le temps cependant de traverser la place et de rentrer dans la maison que j’habite au coin du boulevard et de la rue d’Enfer. La troupe n’allait alors qu’au pas et ce qui favorisa mon entrée chez moi c’est que des lanciers qui marchaient en tête de la colonne s’arrêtèrent pour demander avis à leur officier sur ce qu’ils avaient à faire. Ces troupes vinrent se mettre en bataille sur la place. Après un moment d’hésitation et plusieurs sommations qui furent faites par des chefs supérieurs même un officier général et auxquelles on n’obtempéra point, elle finirent pas se diriger sur l’Ecole militaire par le boulevard intérieur du Montparnasse. Je remarquai, lorsqu’elles défilèrent, beaucoup de blessés parmi lesquels figuraient beaucoup d’officiers. Nous pensâmes alors que le poste de la barrière d’Enfer était d’une grande importance pour les patriotes en ce qu’il pouvait couper les communications aux ennemis de nos libertés qui se trouvaient tant à l’Ecole militaire que dans les lieux environnants et ceux en position aux environs du pont d’Austerlitz. Nous résolûmes donc de faire tous nos efforts pour le conserver. On verra que nos prévisions étaient fondées. A la nuit tombante, toutes les grilles sont fermées. Nous restâmes là fort peu de monde. Tisserand occupait l’ancien corps de garde de la gendarmerie. Nous étions en face de lui dans le pavillon de droite. A minuit et demi, un détachement assez fort de cavalerie arriva par le boulevard d’Enfer pour prendre position à cette barrière et protéger par là l’arrivée des troupes à Paris. Un coup de feu partit du côté du poste de Tisserand. Aussitôt, cette cavalerie tourna bride et fit retraite au galop. Nous restâmes maîtres de notre position. Peu de temps après arrivèrent par le boulevard intérieur d’Arcueil les chasseurs de la garde qui étaient entrés dans Paris par la barrière de Fontainebleau. Lorsqu’ils nous aperçurent, le commandant ordonna le galop et prirent la direction de l’Observatoire par la rue d’Enfer. Le reste de la nuit fut calme. Jeudi 29 juillet. A peine le jour a-t-il paru que nous voyons arriver de tous côtés des personnes qui venaient s’informer du résultat de la résistance de la veille. Nous apprîmes alors avec une bien grande joie que les patriotes étaient à la place de Grève et que l’on se disposait à aller attaquer les châteaux royaux et les casernes qui n’étaient point encore en notre pouvoir. Les dragons de la garde arrivèrent à la barrière d’Enfer par le boulevard extérieur. Ils ne montraient point de dispositions hostiles. Ils passèrent tranquillement mais n’entrèrent point dans Paris. On voyait dans le même moment arriver de tous côtés des hameaux voisins une foule de personnes armées de toutes sortes d’instruments et se dirigeant sur l’intérieur de Paris. Pour exciter leur patriotisme et les soutenir dans leurs bonnes intentions nous crûmes MM. Dutraignaux, Legendre et moi de faire quelques distributions de boissons. Elles eurent lieu et plusieurs pelotons entrèrent dans Paris aux cris de Vive la charte ! vive la liberté ! Le matin, entre 7 et 8 heures environ, je me trouvais au petit Montrouge, vis-à-vis du marchand de tabac, lorsque je vis venir sur la route d’Orléans un paysan à cheval, que je pensai être employé à porter des ordres. Je le signalai à l’attention publique et je criai à plusieurs personnes plus rapprochées de lui que nous l’étions nous-mêmes de l’arrêter. Il le fut à quelques pas de la barrière. Il était porteur d’un portefeuille fermant à clef. Il n’avait point cette clef. Le public assemblé en foule à l’entour de cet homme demanda avec force qu’on ouvrît le portefeuille, ce qui fut exécuté. On trouva d’abord un paquet adressé à M. le directeur général des postes. Ce paquet fut également ouvert ; il renfermait une feuille de route pour l’estafette et un paquet à l’adresse du sieur de Peyonnet, ministre de l’Intérieur. Ce dernier paquet renfermait une lettre du préfet d’Orléans, ainsi conçue : “Ainsi que vous m’en avez donné l’ordre, je viens de prescrire au régiment suisse en garnison à Orléans de se mettre en marche pour Paris. Je puis donner ici l’assurance à Votre Excellence que ce régiment sera en marche avant une demi-heure. Je dois faire connaître à Votre Excellence que j’ai les plus grandes inquiétudes sur le sort qui nous attend. Une foule considérable s’est portée aujourd’hui sur l’hôtel de la préfecture. Il a fallu déployer une grande force pour maintenir la tranquillité. Je ne puis plus répondre de la conserver encore longtemps puisqu’il ne me reste pour opposer aux malveillants qu’une quarantaine de gendarmes. Je supplie Votre Excellence de vouloir bien expédier un ordre à un bataillon du régiment qui quitte Orléans pour lui prescrire de revenir sur ses pas. Peut-être parviendrons-nous avec cette force à maintenir l’ordre dans cette ville.” Cette lettre était signée, à ce que je puis me rappeler par M. de Foresta et était datée du 28 à minuit. Elle apprenait aux patriotes que des ordres avaient été expédiés pour faire marcher des troupes sur la capitale. Je pensai qu’elle devait être envoyée de suite au gouvernement provisoire. J’en fis la proposition, qui fut accueillie par le peuple rassemblé. Elle fut portée à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement par un détachement armé. Le jeune homme chargé de cette missive fut obligé pour obtenir son cheval qui était retenu par la public de faire serment de ne plus jamais l’employer à voyager comme estafette. Il a sans doute oublié son serment car bien des fois je l’ai vu depuis courir à franc étrier. Vers le 9 heures du matin, les ouvriers de l’entreprise de voitures publiques de Laffitte et Caillard vinrent sur le boulevard pour y faire des barricades. Je me mêlai parmi eux et les dirigeai tout en les aidant dans ce travail. J’engageai également le sieur Daguet, limonadier au café de la Vallière à leur faire quelque distribution de bière, ce qu’il fit. Il m’a dit depuis en avoir distribué une feuillette. Nous étions également assisté dans ce travail par M. Antiq, capitaine de la garde nationale. Entre 1 heure et 2 heure après-midi, un assez grand nombre d’habitants des communes rurales du sud de Paris vinrent m’engager à me mettre à leur tête pour les conduire au combat. Nous partîmes. Arrivés sur la place de l’Odéon, nous apprîmes qu’on s’était déjà porté sur la caserne de Babylone. Nous nous dirigions de ce côté lorsque l’on nous dit que tout était fini, que la caserne avait été prise de vive force par les patriotes. Je revins à la barrière d’Enfer. Entre 3 et 4 heures, un particulier y fut arrêté par le public et signalé comme étant un jésuite. Il fut conduit au corps de garde et relâché peu d’instants après. On l’arrêta de nouveau dans le petit Montrouge. Il fut fouillé et l’on trouva sur lui un poignard ; ramené à la barrière d’Enfer, il allait être fusillé lorsque nous nous élançâmes M. Dutraigneau et moi pour chercher à calmer l’effervescence publique. On venait de me donner l’assurance que c’était le parent d’une personne connue à Montrouge. Je fis la proposition de conduire cet homme au gouvernement provisoire parce qu’il pourrait peut-être en sa qualité de jésuite faire des révélations qui pourraient être d’une grande utilité à la cause nationale. Je parvins à me faire entendre. M. Dutraigneau appuya fortement ma proposition et le prétendu jésuite se dirigea sur Paris avec bonne escorte. Bien certainement c’est à M. Dutraigneau et à moi que cet homme doit la vie. A 5 heures environ le bâtiment des Missions étrangères situé rue d’Enfer contigu à l’hospice des Enfants-trouvés fut envahi par une troupe armée et livré au pillage. J’y courus de suite et parvins à faire transporter à l’hospice Cochin un assez grand nombre d’objets. D’autres brûlaient sur la voie publique. Le feu qui s’était communiqué dans une cheminée attenante à l’hospice des Enfants-trouvés menaçait fortement ce dernier établissement. Il (Dutraigneau ?) courut à la barrière d’Enfer pour y prendre les seaux à incendie et aidé de plusieurs personnes, nous parvînmes à empêcher tout dégât. De retour à la barrière d’Enfer, MM. Dutraigneau, Tisserand, Mignot (voir Mignot, Nicolas) et moi nous arrêtâmes un grand nombre d’objets volés, que je disposai moi-même à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement de Paris, procès-verbal de ce fait a été rédigé à cette mairie. Ce que je remarquai plus particulièrement une boîte contenant plusieurs rasoirs appartenant à l’abbé de Rauzan, ainsi que l’indiquaient des lettres dorées placées sur cette boîte. J’oubliai de dire aussi que parmi les objets nous trouvâmes des paquets fermant comme ceux à poudre. Nous présumions qu’ils devaient en contenir mais nous fûmes trompés dans notre attente, ils renfermaient de la sciure. Le soir, nous formâmes un poste avancé dans Montrouge pour y recevoir les Suisses dans le cas où ils arriveraient. J’étais chargé de l’inspection de ce poste. Nous passâmes la nuit assez tranquillement, seulement deux particuliers à cheval furent arrêtés sur la route d’Orléans, au milieu de la nuit. Nous les envoyâmes à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Nous employâmes notre temps à fondre des balles et faire des cartouches pour attendre les Suisse. Nous leur promettions une vigoureuse réception. Tout le monde sait qu’ils nous laissèrent fort tranquilles à notre poste. Je dois dire ici que les habitants de la commune de Vanves qui étaient venus nous joindre à la barrière se sont conduits d’une manière admirable sous le rapport de la discipline militaire. Ils avaient en tête un très bon trompette et un tambour qui nous a bien servi. Ils avaient un très beau drapeau, où on lisait en gros caractère Liberté pour tous les Français. Vendredi 30 juillet. Nous attendîmes toute la journée l’arrivée des Suisses d’Orléans. Nous fîmes des cartouches et des balles. En ma qualité de chef de poste, je me mis en correspondance avec le colonel Zimmer, qui envoyait fréquemment des volontaires m’apporter des instructions. Je le fus aussi avec le colonel Noël Gérard. C’était à moi que le mot d’ordre était adressé. Nous apprîmes dans la journée par le conducteur d’une diligence que le régiment suisse avait déjà dépassé Etampes. Nous nous mîmes sur nos gardes. La nuit suivante, personne ne vînt. Samedi 31 juillet. Depuis plusieurs jours, aucune provision n’était entrée dans Paris. Elles arrivèrent abondamment dès la pointe du jour. Mais les barricades formées tant sur les boulevards intérieurs qu’extérieurs s’opposèrent à la circulation des voitures. Je remplis, dans ce moment, les fonctions difficiles de commissaire de police. Je fis approcher les voitures le plus qu’il était possible de la capitale et les provisions déposées sur la voie publique furent mises en vente. Les propriétaires de ces marchandises, voulant profiter de la circonstance, les surenchérissaient extrêmement. Le public, mécontent, se disposaient à prendre sans payer. Je plaçai de distance en distance des factionnaires pour maintenir l’ordre et taxai les marchandises. Chacun eut part aux provisions et à un prix très modéré. Je m’acquittai des fonctions de commissaire de police à la satisfaction générale. J’éprouvai un véritable plaisir lorsque plusieurs marchands et acheteurs vinrent me remercier des services que je leur avais rendus. J’ai omis de dire que, le jeudi, nous établîmes un drapeau tricolore et que de concert avec M. Dutraigneaux nous l’arborâmes au pavillon de droite, au même moment que Tisserand arborait le sien dans le pavillon de gauche. Nous fîmes encore dans la nuit de vendredi à samedi de nouvelles distributions de boissons aux volontaires nationaux qui se trouvaient à la barrière d’Enfer. Je passai quatre nuit sans prendre aucun repos. » Un rapport de la mairie et le registre des délibérations du jury de la Commission des récompenses nationales relataient, ainsi, sa participation aux combats : « Bien qu’il fut employé du gouvernement, dès le 26 il fit partie des rassemblements au Palais-Royal. Le 27, il fit encore partie des mêmes rassemblements et de ceux de la Bourse, où il fut l’un des orateurs. Le 28, il combattit au quai de la Cité jusqu’à ce que ses munitions furent usées et il retourna à la barrière d’Enfer. Le même jour entre 6 et 7 heures du soir, deux mille hommes de la garde royale se dirigeant du boulevard intérieur vers la barrière, il ferma la grille et se trouva près du côté de l’intérieur entre la troupe et la grille. Il parvint cependant à s’échapper en passant pour ainsi sous la tête des chevaux des lanciers. Le 29, il contribua aux distributions de boissons et de comestibles faites aux personnes des environs qui se rendaient en armes à Paris, signala à l’attention publique et fit arrêter l’estafette du préfet du Loiret à M. de Peyronnet annonçant le départ pour Paris des Suisses d’Orléans. Il s’interposa avec M. Dutraignaux pour empêcher le peuple de tuer un individu que l’on disait être un jésuite. M. Tisserand, commandant du poste, se joignit à eux et le fit conduire à Paris. Il empêcha la continuation du pillage aux Missions étrangères et fit restituer quantité d’objets, qui furent par lui déposés à la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Il prit des mesures pour empêcher l’incendie de se communiquer à l’hospice des Enfants-Trouvés. Il présida à l’élévation des barricades sur les boulevards, il arbora le drapeau tricolore sur le pavillon de droite barrière d’Enfer. Enfin il fit partie des gens armés qui attendaient les Suisses venant d’Orléans pour s’opposer à leur entrée dans Paris. » Il fit partie avec Delestre (président du jury), Condé Louis-Philippe Antoine, Chanonat Pierre Adolphe, Dufresne Olivier Claude, Grün Sébastien Jacques, Herfort François Joseph, Laugier Adolphe, Leuillier Antoine Pierre, Maës Nicolas Joseph, Paris Théodore Marie Augustin, Parquet Charles Egalité, Prévost Henry François, Vayron François Benjamin, Vitry Pierre Hippolyte, Vitte Joseph Marie, des seize membres composant le jury de la Commission des récompenses nationales pour le (ancien) XIIe. Il fit partie, pour le (ancien) XIIe arrondissement, des vingt-quatre jurés (deux par arrondissement) spécialement nommés pour apprécier les droits des membres mêmes de la Commission des récompenses nationales à une récompense. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) XIIe arrondissement. Le jury de la Commission des récompenses nationales, chargé d’examiner les droits de chacun à une récompense, se prononça, dans sa séance du 16 décembre 1830, à cinq voix pour la croix, une voix pour la médaille et aucune voix pour une mention. La séance du 23 février 1831 du jury fut consacré au différent amorcé par plusieurs personnes qui s’opposaient à ce que fussent décorés Dutraigneau, Tisserand et Mercier. En effet, une pétition, ainsi rédigée, avait été adressée au président du jury : « Parler contre des voisins est une action hardie mais quand il s’agit d’honneurs et de récompenses que l’on doit distribuer au nom de la nation, il importe à de vrais citoyens de venir déclarer la vérité à celui qui a mérité la confiance des distributions de ces récompenses. Un mot vous suffira, monsieur le président, pour vous démontrer que ceux qui ont l’audace de les réclamer en sont indignes et, pour vous en parler avec franchise, les soussignés ne peuvent croire que les sieurs Tisserand, Dutraigeau et Mercier aient eu la hardiesse de se présenter devant la Commission. Daignez, nous vous en supplions Monsieur le président, écouter les faits et ensuite vous jugerez ces messieurs et les soussignés. Le 28 juillet, le sieur Tisserand s’empara du poste de la barrière d’Enfer. Les gendarmes ayant rendu les armes au sieur Baptiste, marchand de vin rue de la Harpe et un autre individu dont on ignore le nom arrivant audit poste avec un grenadier de la garde royale qu’ils disaient vouloir sauver de la fureur de la populace. Le sieur Tisserand garde le poste jusqu’à 11 heures du matin le 29 juillet. Dans cet intervalle, il arrive un détachement de grenadiers à cheval de la garde, qui demanda à passer au sieur Allère, présentement tambour de la compagnie de la garde nationale du petit Montrouge, alors en faction, qui leur dit qu’ils ne passeraient pas avant d’avoir crié Vive la charte ! sur cette demande, un des grenadiers tire sur Allère un coup de pistolet. Le sieur Tisserand se sauve à toute hâte dans l’allée de sa maison, en face du corps de garde. Le sieur Allère va l’appeler et il ne peut le ramener au poste, qu’en le menaçant de tirer son fusil sur lui parce qu’il exposait le poste au plus grand danger. Nous vous le demandons, Monsieur le président, une telle conduite mérite-t-elle une récompense nationale ? Les sieurs Dutraigneau et Mercier se flattent d’avoir sauvé la vie à un prêtre. Cela fait pitié. Voici la vérité. Un prêtre a été en effet arrêté par la populace, qui demanda à grands cris qu’il fût fouillé. Le sieur Lecoq, propriétaire à ladite barrière, voulant faire cesser ces cris, fouille le prêtre et lui retire un poignard. A l’aspect de cette arme, la populace conduit le prêtre au corps de garde et le sieur Tisserand le fait accompagner par un homme dans Paris. Est-ce là un fait qui mérite la croix ? Peut-on se flatter d’avoir sauvé la vie à son semblable ? Quel Français n’aurait pas agi comme le sieur Tisserand ? Comment se fait-il que le sieur Dutraigneau, inspecteur des octrois de Paris, ose réclamer une récompense nationale. Il se vante d’avoir sauvé la vie du prêtre ci-dessus parlé et d’avoir sauvé la barrière de l’incendie. Ces faits sont faux et le sieur Dutraigneau n’a fait d’autre exploit que de déménager ses meubles qu’il avait à la barrière. Est-ce une pareille conduite qui peut lui valoir sa croix ? Le sieur Mercier, son commis, n’a pas fait d’autres exploits que lui. Avouez avec nous, monsieur le président, qu’il faut avoir de la hardiesse pour oser réclamer des récompenses nationales. Les soussignés, sans autre intérêt que d’éclairer la Commission, protestent de tout leur pouvoir contre tout ce qu’avance les sieurs Tisserand, Dutraigneau et Mercier. Ils ont l’honneur d’assurer messieurs les membres de la Commission qu’ils peuvent prouver que les susnommés n’ont rien fait pour mériter les récompenses qu’ils ne rougissent pas de réclamer. Ils osent donc venir supplier la Commission de faire une enquête et elle s’assurera que les trois dénommés veulent tromper sa bonne foi. Ils ont l’honneur de se dire avec respect etc. » Signé : Lecoq ; Chastelain ; Fouré ; Marais ; Normand ; Henrÿ ; Malauze, commandant le poste de la barrière d’Enfer le 29 juillet ; Frerot ; Hellwies ; Ozenne ; Armant ; Cavelle illisible. D’autre part, et dans le sens contraire, Panaé illisible avait adressé, le 23 février 1831, cette lettre au président du jury : « Une affaire indispensable m’empêche de me rendre à l’invitation que vous avez bien voulu me faire donner ; mais, dans l’intérêt de la vérité, je crois devoir vous faire connaître ce qui s’est passé en ma présence. Le mercredi à 4 heures du soir, M. Tisserand se présenta avec deux autres personnes à la caserne de la gendarmerie pour désarmer ceux des gendarmes qui s’y trouvaient encore. Il prit le commandement du poste, qu’il conserva jusqu’au lendemain. Le même jour, mercredi, à 5 heures après-midi, une colonne de garde royale arriva devant la barrière d’Enfer ; les grilles furent aussitôt fermées par M. Mercier, que je secondais dans cette opération, sur l’invitation de M. Dutraigneau. Le jeudi matin, je vis M. Mercier travailler aux barricades ; j’étais aussi avec lui lorsqu’il attira l’attention publique sur une estafette, qui fut à l’instant arrêtée ; le portefeuille dont ce particulier était porteur fut ouvert, une personne voulut donner lecture de son contenu mais elle lisait difficilement l’écriture de M. Foresta, préfet du Loiret, lorsque je m’offris pour terminer cette lecture, ce qui eut lieu. Je dois dire aussi que j’ai vu M. Dutraigneau délivrer des armes à différents particuliers et que plusieurs distributions de liquides ont été faites aussi par lui aux volontaires qui se présentaient à la barrière. Je quittai la barrière d’Enfer le jeudi à 2 heures après-midi. Jusqu’à ce moment, je n’ai vu paraître armé aucun des signataires d’une protestation que l’un d’eux, le sieur Normand, m’a dit avoir été faite. Je puis affirmer, sur l’honneur que les auteurs de cette protestation, ceux du moins qui m’ont été désignés, n’ont pris à la barrière d’Enfer jusqu’au moment de mon départ la moindre part aux affaires. Voilà, M. le président, la vérité. Je regrette de ne pouvoir aller vous donner ces détails de vive voix mais, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le dire, une affaire indispensable m’appelle hors de Paris ce soir-même. Je suis, etc. » Le procès-verbal de la séance du 23 février 1831, qui devait régler le différend, fut ainsi rédigé : « Des plaintes étant parvenues au jury sur les droits de MM. Dutraigneau, Tisserand et Mercier aux récompenses honorifiques, deux membres du jury, MM. Grün (voir Grün, Sébastien, Jacques) et Leuillier (voir Leullier Armand) furent chargés de prendre des informations : leur rapport fut que les droits contestés étaient de notoriété publique. De nouvelles plaintes ayant été faites verbalement à M. le président, il déclara ne pouvoir en recevoir que par écrit ; le jury, dans sa séance d’hier, a décidé que les plaignants seraient entendus aujourd’hui, contradictoirement avec MM. Dutraigneau, Mercier et Tisserand et qu’ensuite il serait décidé si le jury devrait maintenir ou modifier ses décisions précédentes. Furent entendus : 1°) Lecoq, Joseph, Henri, âgé de trente-deux ans, pâtissier-traiteur, demeurant au petit Montrouge n° 6, a dit que le 28 un nommé Baptiste amenait un grenadier hors de Paris vers 10 à 11 heures, que ce Baptiste s’est emparé du poste ; que le 29 le peuple a arrêté un prêtre, que c’est Lecoq qui l’a fouillé et que les carrieurs l’ont conduit au poste que commandait M. Tisserand. Sur la demande de M. le président s’il sait ce qu’est devenu le prêtre, après avoir été conduit au poste, il dit qu’on lui a dit que M. Tisserand l’avait fait conduire dans Paris par un homme de garde. Il dit avoir combattu à Babylone et que c’est à son retour que l’arrestation avait eu lieu, vers 2 heures. Interpellé de dire qui le 28 avait fait fermer la barrière à deux mille hommes de la garde royale ? Ne sait pas qui l’a fait fermer et soutient qu’il n’y a eu aucun débat. Sur l’imputation que M. Tisserand se serait sauvé et que le sieur Allaire le serait allé chercher chez lui, en le menaçant d’un coup de fusil s’il ne revenait pas, dit l’avoir entendu dire. 2°) Heban père, appelé par M. Tisserand. N’a aucune connaissance des faits énoncés dans la protestation. A vu M. Tisserand commandant le poste le 28 juillet, habillé en garde national ; ajoute qu’un drapeau tricolore a été fait chez M. Tisserand, l’a arboré. 3°) Heban fils. A vu M. Tisserand commandant le poste le 28, où il est arrivé le premier et n’a été relevé que le 29 soir par les gens de la banlieue. Lorsque la troupe s’est présentée à la barrière, il était à la maison n° 103 au rez-de-chaussée. 4°) Lemaire (aussi témoin à décharge appelé par Tisserand, N.D.A.). Le 28, ayant entendu M. Tisserand qui criait Aux armes ! s’arma de son fusil et fit partie du poste commandé par M. Tisserand. Ils furent relevés à 9 ou 10 heures du soir le lendemain. Le fait de Baptiste et du grenadier s’est passé vers 5 heures du soir. 5°) Leuillier. N’était pas à la barrière le 28 et le 29, étant de poste à la place Saint-Michel ; c’est lui qui est surnommé Baptiste. Il a accompagné un grenadier, qui désirait sortir de Paris, jusqu’à la barrière d’Enfer ; il était vers 4 heures. N’a rien vu à la barrière que le désarmement du poste de gendarmes, auquel il a coopéré. 6°) Le ci-devant brigadier des gendarmes de poste à la barrière le 28. Lorsque Baptiste est arrivé, qui lui a dit : “Je viens vous conduire un courrier et non pour vous désarmer” à quoi les gendarmes lui répondirent qu’ils se mettaient sous sa protection. M. Leuiller a mis le banc en travers la porte, a annoncé au peuple que les armes allaient être rendues, que M. Tisserand était arrivé au même moment pour sommer le poste, qui lui fut fait réponse que le poste était rendu. 7°) Chatelain. Etait en face de chez M. Lecoq lorsqu’on a arrêté le prêtre, l’a vu fouiller par Lecoq et conduire au poste ; ne sait rien de plus. Le 29, il était de garde à la barrière, dit avoir entendu tirer un coup de pistolet sur Allaire par la garde royale, sans l’avoir vu ; n’a pas vu Allaire poursuivre Tisserand ; dit qu’on lui a lu la protestation avant de la signer ; qu’il n’a signé qu’une chose c’est qu’il ne croit pas que M. Tisserand ait mérité la croix ; qu’il ne connaît ni M. Dutraigneau ni M. Mercier mais qu’ils n’ont mérité la croix ni l’un ni l’autre. Il a seulement monté la garde le 29 à 5 heures du soir. 8°) Maret n’était pas à la barrière le 28 ; le 29 soir, a fait partie du poste qui fut relever celui commandé par M. Tisserand ; il était 9 heures du soir, et fit sa faction de suite : ne peut expliquer la contradiction qui existe entre sa déposition et la protestation. N’a rien vu du prétendu coup de fusil ou de pistolet tiré sur Allaire ni de la fuite de M. Tisserand. A vu conduire le prêtre au poste ; on voulait le fusiller et on l’a conduit deux fois derrière le corps de garde pour le fusiller et c’est lui avec d’autres qui l’ont empêché. C’est vers midi que ce prêtre fut arrêté. Ce n’est pas lui qui s’est opposé à ce qu’on tuât ce prêtre ; dans ce moment, il était sur la porte de sa maison et le prêtre était entouré de beaucoup de monde. Sa maison est située à cinquante toises du lieu où ça se passait. Il ne connaît ni M. Dutraigneau ni M. Mercier. 9°) Normand. Le 28, était près de la barrière, sans être de service ; le 29, a fait partie du poste qui a relevé celui commandé par M. Tisserand, à 5 heures. Le prêtre fut arrêté en face la porte de M. Gravelle ; il a ordonné qu’on le fouillât. C’est Lecoq qui l’a fouillé et lui a trouvé un poignard. Il ne connaît rien de plus sur ce fait et rien du tout du coup de pistolet tiré sur Allaire ni de la fuite de M. Tisserand. Le 28, il a vu Baptiste le premier au poste de gendarmes et M. Tisserand le second. Il était sur la porte de sa maison lorsque les lanciers sont arrivés à la grille. Sa maison est à deux cents pas de la barrière, au numéro 6. Il déclare que si on ne lui eût demandé sa signature que contre MM. Dutraigneau et Mercier il ne l’eût pas donnée. 10°) Armand. N’a rien vu du prétendu coup de pistolet contre Allaire ni de la prétendue fuite de M. Tisserand. Ne connaît rien de l’arrestation du prêtre. Prétend avoir monté la garde au poste le 29 à 11 heures du matin et cependant dit avoir été armé par M. Dutraigneau à 5 heures du soir d’un fusil, qu’il ne lui a pas encore rendu. Il était sur le pas de sa porte au moment où les lanciers arrivèrent à la grille. 11°) Allaire. Etait le 28 en faction à la barrière lorsque les grenadiers de la garde sont arrivés. Il a crié Qui vive ! Il leur a dit qu’il fallait crier Vive la charte ! Ils ont tiré un coup de pistolet sur lui. M. Tisserand s’est sauvé et le poste s’est dispersé : il était vers minuit. Lui déposant s’est embusqué au coin du mur à droite en sortant de Paris. Déclare ne pas avoir couru après M. Tisserand pour le ramener au poste ni de l’avoir menacé de coups de fusil à cette fin. Il dit que M. Tisserand était à portée de lui lorsque l’on a tiré le coup de pistolet. Il faisait très noir à ce moment. M. Tisserand n’a quitté qu’après que la troupe eut fait demi-tour. 12°) Henry. Le 28, n’était pas de service. Le 29, fut armé par M. Dutraigneau et cependant dit avoir monté la garde à 11 heures, après la prise de Babylone, c’est-à-dire après le retour de Lecoq. N’a rien vu du prétendu coup de pistolet contre Allaire ni de la fuite de M. Tisserand. Il était chez lui quand on a arrêté le prêtre. Dit que dans la nuit du 28 au 29 il a donné un verre d’eau à M. Tisserand et qu’il lui avait vendu de la poudre, le 28. 13°) Malhause. Le 29 à 11 heures ou midi, prétend avoir relevé le poste, sans pouvoir préciser l’heure. N’était pas sur les lieux pendant la nuit et ne connaît aucun fait. Il était sur le pas de sa porte au moment où on a arrêté le prêtre. Ce prêtre fut conduit au poste que commandait M. Tisserand, qui s’en est emparé et l’a fait conduire dans Paris. Il ne connaît ni M. Dutraigneau ni M. Mercier, qu’il était chef de poste le 29 et ne les a pas vus. C’est après l’arrestation du prêtre qu’il a pris possession du poste. 14°) Hausenne (lire Ozenne). Ne connaît rien du coup de pistolet contre Allaire et de la fuite de M. Tisserand ; il déclare que c’est une légèreté de sa part d’avoir signé ce fait, il n’a rien vu ni entendu. N’a pas lu la protestation avant de la signer. 15°) Frerot. N’était pas à la barrière le 28, n’a pas vu la prétendue fuite de M. Tisserand. Le prêtre fut arrêté vis-à-vis de chez lui ; M. Lecoq fut lui présenter la protestation à signer, en lui disant Voici une protestation que nous faisons contre Tisserand. Signez que vous étiez de garde le 29. Ce qu’il a fait, de confiance et sans lire la pièce. Déclare ne connaître aucun des faits qu’elle contient et de ne pas connaître MM. Dutraigneau et Mercier. 16°) Hellevix. N’était pas à la barrière le 28 ; a monté la garde le 29 vers 5 heures du soir. Ne connaît pas les faits contenus en la déclaration. Dit qu’il a vu M. Tisserand se sauver dans le jour. Il a signé sans lire une protestation que Lecoq lui a présenté. 17°) Lapalu (aussi témoin à décharge appelé par Tisserand, N.D.A.). N’a pris aucune part aux événements. A vu M. Tisserand au poste pendant trois jours. Lecoq lui a présenté à signer une protestation ; il s’y est refusé. » Le procès-verbal ajoutait les précisions suivantes : « MM. Dutraigneau et Mercier, forts de leurs consciences et certains que la vérité tout entière sortirait des débats qui allaient s’ouvrir devant le jury, n’ont fait paraître aucun témoin à décharge. Ils ont pensé que la Commission n’accueillerait point un acte qui ne peut être qualifié autrement que de diffamatoire, attendu que la plupart des signataires de la protestation ne les connaissent point et qu’une partie de ceux ce qui ils sont connus ont déclaré n’avoir rien à dire sur leur compte. » A la suite de ces auditions, le jury revota et maintint ses votes par sept voix contre une. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement. Mais sa nomination à la Croix de Juillet fut l’objet de réclamations. Une lettre fut adressée à la rédaction du Constitutionnel par plusieurs lecteurs et abonnés à ce journal, tous gardes nationaux et habitants de la ville de Montrouge, et qui se plaignaient : « […] Viennent vous prier d’insérer dans votre estimable journal que des réclamations pour des décorations ont été faites par trois de leurs cohabitants, les sieurs Dutregneau (voir Dutraigneau, François), inspecteur de l’octroi de Paris, barrière d’Enfer, Mercier, employé et son secrétaire, et enfin Tisserand (voir Tisserand, Charles, Julien), marchand de vin au Petit-Montrouge. Ces trois individus ont peut-être rendu des services, les deux premiers le devaient comme salariés par le gouvernement et le sieur Tisserand n’a agi que conjointement avec ses camarades et n’a pas fait plus qu’eux pour maintenir le bon ordre et la tranquillité dans le Petit-Montrouge à la barrière d’Enfer, dont les signataires sont tous habitants. Cette réclamation n’est faite que pour empêcher que la Commission des récompenses nationales soit induite en erreur et n’accorde à un seul ce que tous ont mérité. » Signé : Herman ; Marais illisible ; Chastelain ; Guy illisible ; Malauze illisible ; Viomard illisible ; Ozonne. Retrouver l’article du Constitutionnel ? On trouve dans le dossier la note suivante : « Je vous prie mon cher Saint-Firmin (un des membres de la Commission des récompenses nationales, N.D.A.) de prendre note illisible de cela pour que ces individus ne soient pas nommés ; toute la commune de Montrouge est contre eux. » Dans le dossier, une note rédigée par Prost illisible et adressée, le 19 mars 1831, à Delaitre, président du jury du (ancien) XIIe arrondissement, est ainsi rédigée : « Pour répondre à l’invitation que vous avez eu la bonté de me faire relativement à MM. Dutraigneau et Mercier, de la barrière d’Enfer, j’ai l’honneur de vous dire qu’après avoir à plusieurs reprises, en détails et en masse, consulté l’opinion de toute la commune, il en est résulté pour ma conviction que ces messieurs sont loin et bien loin de mériter la décoration. Je dis même que ce serait un malheur en ce sens que cela ferait tourner en ridicule auprès de ceux qui l’a prononcé. M. Dutraigneau et Mercier ont mérité que l’administration de l’octroi eût pour eux quelques égards, voilà tout. Quant à la grande question de savoir s’ils eussent perdu leur état en cas ce chances contraires aux libertés, je dis qu’ils n’avaient rien à craindre car leur conduite a été telle qu’ils ont conservé la barrière [par des fraudes ou des frondes illisible, N.D.A.] voilà tout ce qu’ils ont fait pour la liberté. A première vue, j’aurai l’occasion de m’expliquer plus au long. Mon témoignage, vous pouvez le faire connaître hautement. J’ajouterai, ce que j’oubliais, c’est que M. Dutraigneau, sachant qu’il n’a pas mérité la décoration ne l’a pas demandée et ne persisterait pas à la demander. » En 1831, à l’occasion des fêtes anniversaires de Juillet, il reçut, auprès de la mairie du (ancien) XIIe arrondissement, vingt-cinq francs de gratification, à titre de décoré mais non blessé. En 1848, il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février. Il était alors industriel et adressa la lettre suivante à la Commission : « S’il est un gouvernement paternel juste appréciateur des droits acquis c’est le gouvernement de la république, appelant à le servir les citoyens intègres et capables, qu’un patriotisme intelligent, qu’un dévouement absolu ont toujours guidés dans la vie politique. Fils d’un ancien magistrat de 89, distingué par son mérite et ses longs services, je puisai à cette source les principes qui me poussèrent quoique jeune encore à prendre une part active aux événements mémorables qui amenèrent la régénération de ma patrie. Je consacrai à ces luttes tout ce que la nature m’avait donné de force et d’intelligence pendant plus de vingt années. Rien ne me coûta, mon temps, ma fortune, ma plume, ma personne, tout enfin servit à l’accomplissement de la mission que je m’étais imposée. Qu’il me soit permis d’appeler votre attention sur quelques-unes des circonstances particulières qui ont signalé ma longue carrière d’abnégation et de dévouement. Vous dire que je fus dans la société Aide-toi le ciel t’aidera le collaborateur de Garnier-Pagès aîné, du général Thiars, de Bixio et de tant d’autres, vos amis et les miens c’est vous indiquer clairement la ligne politique que j’ai toujours suivie et qui n’a pas manqué d’attirer sur moi cette inquisition tracassière et incessante dont vous ne fûtes point exempts. En 1828, après les affaires de la rue Saint-Denis, je dus me mettre à l’écart pendant quelques mois pour me soustraire aux recherches de la police. En 1830, nommé membre de la Commission des récompenses nationales par suite de l’élection du (ancien ) XIIe arrondissement de Paris, je remplis jusqu’à la fin de 1831 ces fonctions honorables et gratuites. Je fus du nombre des membres qui refusèrent du gouvernement monarchique toute récompense honorifique ou lucrative, voulant conserver mon indépendance et ne participer en aucune manière à une politique que je devais combattre. En 1832, à la suite des journées de juin, je fus dénoncé comme républicain et comme ayant pris une part active à ces événements avec le peloton d’artillerie parisienne que je commandais. Je dus encore une fois me soustraire aux poursuites de la police et donner ma démission de secrétaire du bureau de l’inspection du Sud des octrois de Paris, position que j’occupais depuis 1824. Rentré dans la vie civile, les luttes électorales, me retrouvèrent sur la brèche, toujours ferme, toujours persévérant. Jamais un seul instant, je ne doutai des destinées de la France. J’avais foi dans son peuple généreux et le 23 février m’a trouvé prêt, sans me surprendre ni m’étonner. Aujourd’hui que le gouvernement de la république est appelé à cicatriser nos blessures aujourd’hui que la voix des bons citoyens est entendue, je viens, vétéran de la liberté, vous prier citoyens membres de la Commission, de me présenter à titre de récompense nationale au ministre des Finances pour un emploi de percepteur des contributions directes, auquel j’ai des droits acquis par plus de huit années de services administratifs et comme une juste rémunération de mon dévouement aux intérêts de la chose publique. A vous, citoyens membres de la Commission, cette belle et noble mission de faire valoir près de l’administration les droits des citoyens que vous jugez dignes de votre appui ; le vôtre ne me faillira pas et il puisera sa force dans des services accomplis. » Il fut recommandé par la Commission pour une perception des contributions en province. Il était marié en 1848. Il demeurait 107, rue d’Enfer en 1830-1831 (barrière de l’Ecole-Militaire in Archives nationales F/15/2557-2559) ; 71, rue de Richelieu en 1848. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives de Paris, VD6 672 n° 1 ; Archives de Paris VD6 639 n° 5, liste générale alphabétique ; Archives de Paris VK3 33 Commission des récompenses nationales, mairie du (ancien) XIIe arrondissement, le 16 décembre 1830, le 23 février 1831, jury pour l’examen des demandes de récompenses honorifiques, idem un feuillet intitulé Individus qui se sont présentés sans dossier ; Archives de Paris VK3 34, liste de 829 noms, accompagnés d’observations sur les exploits des impétrants ; Archives de Paris VK3 43 in dossier Dutraigneau, François ; Archives de Paris VK3 48 ; Archives nationales F/1dIII/33 droit des membres de la Commission à la décoration de Juillet (sous le seul nom de Mercier) ; Archives nationales F/1dIII/37, Commission des récompenses nationales, (ancien) XIIe arrondissement, état des sommes payées en dépenses diverses pour le compte de cette Commission, du 8 octobre 1830 au 31 août 1831 par la mairie du (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIIe arrondissement ; Archives nationales F/15/2557-2559, état nominatif des membres de la Commission des récompenses nationales et des membres des jurys ; Archives de la préfecture de police AA 402.