Mollet, Pierre

Biographie


Ancien militaire au 84e, devenu portier au 8, rue de Chartres en face du Carrousel. Dans Le Constitutionnel du 2 août 1830 et Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, (repris dans la Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 28) la conduite de Mollet est ainsi rapportée : « La rue de Chartres, par sa position, s’est trouvée, dans la journée du 29, devenir le théâtre d’un combat long et meurtrier, entre les citoyens qui venaient de s’emparer du Louvre et les troupes royales stationnées sur la place du Carrousel et sur celle du Palais-Royal. Au moment où le feu le plus terrible jonchait cette rue de morts et de blessés, M. Thourel, avocat, demeurant n° 8, maison qui fait face au château, de concert avec le sieur Monet, portier, ont ouvert la porte cochère et fait de la cour et de la remise une ambulance provisoire. Parmi les combattants, il s’est rencontré trois élèves en médecine qui ont déposé leurs armes pour secourir et panser les blessés que d’autres citoyens enlevaient ensuite. Près de cinquante défenseurs du peuple, relevés de la rue au milieu d’une pluie de balles, ont été ainsi recueillis et ont reçu les premiers soins. Tous les voisins s’associant à cette œuvre de courage et d’humanité, jetaient par les croisées du linge et de la charpie. Quinze ou seize gardes royaux ont même été épargnés et sauvés, et le capitaine du 6e qui commandait sur la place du Palais-Royal, blessé assez grièvement, a été pansé dans la même maison, avec le même soin que les nôtres. » Il adressa, le 1er septembre 1830, la lettre suivante à la Commission des récompenses nationales : « […] A l’honneur de vous exposer que dans les journées mémorables des 27, 28 et 29 juillet 1830, il a recueilli dans la cour et les remises de ladite maison plus de soixante blessés, qu’il a été chercher lui-même au péril de sa vie au milieu des feux de la mousqueterie et des canons. Quatorze soldats du 6e régiment de l’ex-garde royale et un capitaine du même corps (M. Cauchy) ont été également arrachés à une mort certaine à laquelle les livrait la vindicte publique. Ne se bornant pas à remplir les devoirs de l’humanité, M. Mollet, quoique pauvre, mais cependant animé par un caractère tout français, s’est dépouillé de tout de qu’il possédait pour subvenir aux besoins des blessés, auxquels il venait déjà de prêter son appui. Puisque le roi et la France entière se réunissent pour accorder des récompenses nationales à ceux qui ont le plus contribué à cette grande œuvre, Mollet, ancien militaire, n’ayant pour élever sa famille que le modique revenu de sa porte, vous supplie, messieurs, de reporter sur son fils âgé de dix ans les droits qu’il pense avoir acquis à la reconnaissance publique et de le faire admettre dans une école pour y être élevé aux frais de l’Etat. » Il joignait à sa demande le certificat suivant : « Les soussignés, locataires d’une maison appartenant à M. Chevet, sise rue de Chartres n° 8, vis-à-vis le Carrousel, certifions à qui il appartiendra que le nommé Molet (sic), Pierre, portier de ladite maison, pendant les glorieuses journées des 28 et 29 juillet, a tenu une conduite au-dessus de tout éloge. Aidé il est vrai par quelques locataires, Molet a recueilli dans sa cour et dans deux remises au moins soixante blessés, qu’il allait chercher lui-même à travers les balles et les boulets. On l’a vu constamment s’exposer aux plus grands dangers pour secourir les victimes de la liberté dans tous les rangs et leur prodiguer les soins les plus empressés. Cet homme courageux a de plus sauvé de la fureur du peuple, fureur bien légitime dans cette circonstance, quatorze soldats du 6e régiment de la garde royale, faits prisonniers, et qu’il est parvenu, non sans peine, à cacher dans une écurie ; parmi eux était le capitaine Cauchy, blessé d’une balle à la cuisse. Quoique pauvre, il a prodigué aux blessés son vin, son linge, ses matelas et une assez grande quantité de planches qui lui appartenaient pour les transporter dans les hôpitaux, au fur et à mesure qu’ils étaient pansés. » Signé : Chevet ; Thuilliot, homme de loi ; Torriani, chocolatier ; Letellier, coiffeur, demeurant 8, rue de Chartres ; Chiony-Rameau illisible ; Huilliot, fabricant de blonde (sic) ; chevalier Carlet Reynault ; colonel Carton du Grammont, chevalier de Saint-Louis ; Couder, E. ; Lepoivre, marchand épicier, demeurant 8, rue de Chartres ; Martin, propriétaire ; Fitz, Patrick (voir ce nom), chirurgien du poste du Palais-Royal de la compagnie de Vernon, demeurant même rue n° 13. Latour, Joseph, Marie (voir ce nom), chirurgien major donna ses soins dans cette maison. Dans le récit que fit Thourel, André, Albin, François, Bruno (voir ce nom) de sa propre participation aux événements, il donne les indications suivantes concernant Mollet : « Le 29 juillet, au milieu de la fusillade la plus meurtrière, j’ai fait ouvrir les portes de la maison que j’habite, rue de Chartres, n° 8, en face des Tuileries. Secondé par le sieur Monnet, portier, je ramassais ou fis ramasser près de soixante blessés, qui reçurent chez moi les premiers soins des mains du docteur Fitz, Patrick (voir ce nom), demeurant même rue n° 13 et de deux élèves en médecine. De là, quand le feu devenait moins vif, nous les faisions transporter à la Charité. J’eus aussi le bonheur d’arracher à une mort presque certaine quinze gardes royaux désarmés, que je fis cacher dans une écurie. Je leur fis ensuite raser leurs moustaches et, revêtus de mes propres habits, ils purent sortir sans danger. Cinq d’entre eux m’avaient été amenés par le nommé Thiébaut, marchand de meubles, rue de Cotte, n° 8. M. de Conchy, capitaine au 6e de la garde, frappé d’une balle à la jambe, fut ainsi recueilli chez moi. Reconnu pour avoir commandé, un instant auparavant, le poste de la place du Palais-Royal, sa vie était compromise mais je le fis sur-le-champ porter sur mon propre lit, dont il n’est sorti que le lendemain pour être transporté chez lui, rue Neuve-Saint-Augustin, n° 59. Ces faits rapportés dans le Constitutionnel et National du 2 août peuvent être attestés par MM. Dupin aîné et Persil, députés, et par tous les locataires de la maison. » Un autre certificat était ainsi rédigé en faveur de Thourel mais dans lequel allusion est faite à Mollet et au rôle qu’il tînt : « Nous, soussignés, locataires habitant la maison du 8 de la rue de Chartres, certifions comme étant à notre connaissance personnelle les faits suivants. Le 29 juillet dernier, pendant que l’on se battait dans les rues de Chartres, de Rohan, etc. le sieur Mollet (sic), portier de la maison, et le sieur Thourel, avocat, locataire, ouvrirent la porte cochère et, ayant organisé dans la basse-cour une ambulance provisoire, ils y firent donner les premiers soins à une cinquantaine de blessés bourgeois, qu’ils allaient recueillir au milieu du feu le plus meurtrier. Seize gardes royaux faits prisonniers et dont la vie était en péril, furent cachés par leurs soins dans une écurie. Le soir, après leur avoir fait raser les moustaches et les avoir vêtus de manière à ce qu’ils ne pussent être reconnus, il les firent successivement sortir et tous furent sauvés. Le sieur Deconchy, capitaine au 6e de la garde royale, blessé à la jambe, recevait les mêmes soins que les blessés bourgeois mais, sa présence excitant quelques murmures, il fut porté dans l’appartement même du sieur Thourel. Le lendemain, on le transféra chez lui, rue Neuve-Saint-Augustin, n° 59. C’est au sang-froid du sieur Thourel que cet officier doit la vie. Les sieurs Mollet et Thourel ont fourni pour le service des blessés, vin, linge, bouillon, etc., et pour les gardes royaux différents vêtements ; et nous nous sommes tous associés à leur dévouement, quant à ces fournitures et aux soins à donner aux blessés. » Signé août 1830 : Letellier ; Lefaivre ; Torriani ; Huilliot, T., L. ; Huilliot, homme de loi, tous demeurant 8, rue de Chartres. Le dossier d’examen de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales du (ancien) Ier arrondissement. Son dossier est apostillé de l’observation suivante : « Digne de l’intérêt de la Commission, qui devra le recommander à M. le ministre de l’Instruction publique. » Il demeurait 8, rue de Chartres en 1830. Le Constitutionnel du 2 août 1830 ; Le National, 3 août 1830 (sous le nom de Molet) ; Histoire de la révolution de 1830 et des nouvelles barricades, par F. Rossignol et J. Pharaon, Paris, chez Vimont, Levavasseur et Urbain-Canel, 1830, nom des personnes qui se sont particulièrement distinguées p. 275 (sous le nom de Molet) ; Evénements de Paris des 26, 27, 28 et 29 juillet 1830, par plusieurs témoins oculaires, (repris dans la Révolution mémorable des journées des 27, 28 et 29 juillet 1830, Cousin d’Avalon, Paris, Stahl, imprimeur-libraire, quai des Augustins, n° 9, p. 28) ; Archives de Paris VK3 48.

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