Payelle, Jean-Baptiste, Joseph
Biographie
Entré à la 6e compagnie du 5e bis bataillon du train d’artillerie, le 24 août 1807, sorti le 17 janvier 1808 après avoir servi « avec zèle et probité » et s’être « attiré l’estime de ses chefs et l’amitié de ses camarades », selon un certificat délivré par les membres du conseil d’administration de son régiment. Limonadier en 1830. Il comparut, le 9 avril 1831, devant le maire du (ancien) IVe arrondissement, pour attester connaître parfaitement Decrucq, François, Joseph et savoir que « ledit sieur Decrucq, blessé dans la journée du 29 juillet dernier et par suite ne pouvant se livrer au travail se trouve sans ressources et sans aucun moyen d’existence ». De la même manière, il comparut, le 11 avril 1831, devant le juge de paix du (ancien) IVe arrondissement, pour attester connaître parfaitement le même Decrucq, François, Joseph « et savoir que le 29 juillet à midi ce dernier a été atteint d’une balle qui lui a traversé la jambe gauche et froissé le tendon d’Achille et qu’il a reçu cette blessure derrière une barricade élevée rue Saint-Honoré, au coin de celle Croix-des-Petits-Champs ». Le dossier qu’il déposa devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février nous donne quelques indications biographiques sur son compte sur le soutien qu’il apporta après la révolution de Juillet à Paris au soulèvement de la Belgique. Payelle sollicita en effet, le 31 mars 1848, auprès de la Commission la place de directeur des pompes funèbres de la Ville de Paris, expliquant ainsi ses titres : « […] Militaire dans l’artillerie, il n’a quitté le service qu’ensuite d’un congé de réforme. Il a contribué à la révolution de 1830, en recevant les trois exilés de Potter, Tielemans, Bartels, en armant, équipant, envoyant à ses frais en Belgique la légion belge parisienne, ce qui a amené sa ruine, ainsi que l’attestent ces messieurs, par trois pièces qui sont jointes. Il croit avoir fait constamment et régulièrement son service de la garde nationale en bon citoyen. » Il joignait plusieurs certificats à sa demande. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Le soussigné déclare qu’en août 1830 il était alors bien connu à Paris, de son concitoyen M. Payelle, qui tenait à cette époque un brillant café estaminet rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 19. Conjointement avec MM. Tielemans, Bartels et d’autres Belges de ce moment à Paris, le soussigné organisa dans cet établissement même une espèce de comité national qui avait pour but de se tenir au courant des événements de la patrie et d’aviser aux moyens d’y prendre part de la manière la plus efficace possible. Les réunions fréquentes qui avaient lieu à cet effet dans les salons de M. Payelle et à l’une desquelles les couleurs insurrectionnelles furent inaugurées publiquement et solennellement eurent pour résulta d’éloigner du café ses habitués principaux, la plupart peu partisans des journées récentes de Juillet, ensuite de faire signifier congé à M. Payelle par son propriétaire, ancien légitimiste ; et M. Payelle transporta alors son café et estaminet belge rue Dauphine 33. Mais déjà son déplacement forcé avait été pour lui un rude échec et la presque insurmontable difficulté de se créer une clientèle nouvelle dans un quartier opposé à celui où il était connu achevèrent de l’accabler ; ses affaires n’allèrent pus qu’en vain et en déclinant. Rentré dans son pays, M. Payelle espère que les faits ci-dessus attestés par des témoins oculaires suffiront pour le faire indemniser par qui de droit de quelques-unes au moins de ses pertes. Le soussigné souhait de bien bon cœur que les démarches de M. Payelle fera à cet effet soient couronnées du succès qu’il désire. » Signé, le 13 novembre 1847 (sic) : De Potter (la copie est certifiée conforme à l’original en date du 31 mars 1848. Le deuxième certificat, une lettre ainsi rédigée et adressée à Payelle : « Monsieur, ce n’est pas seulement un plaisir c’est un devoir pour moi que de certifier les faits que vous avez posés et les services que vous avez rendus en 1830 ; grâce à vous les bannis belges ont trouvé à Paris toutes les facilités populaires pour y rendre populaire la cause de notre révolution, organiser l’association qui a si puissamment contribué à son succès et réunir les moyens d’envoyer à Bruxelles notre petite armée de volontaires ; tout s’est passé chez vous, et en partie à vos dépens, sans autre but de votre part que d’être utile à la Belgique, et si votre position n’est pas heureuse aujourd’hui soyez convaincu que je serai heureux de trouver une occasion de l’améliorer. Recevez, etc. » Signé, à Bruxelles, le 14 novembre 1847 : Tielemans. Le troisième certificat, une autre lettre ainsi rédigée et adressée à Payelle : « Mon cher M. Payelle, j’apprends avec une peine bien vive que vos affaires, depuis longtemps compromises par suite du dévouement dont vous aves fait preuve en 1830 à Paris pour la cause de notre pays, vous forcent à revenir en Belgique demander une assistance devenue indispensable. Le gouvernement belge saura sans doute s’acquitter envers vous et si je ne suis pas en position de vous offrir une recommandation efficace du moins puis-je espérer que l’exposé des faits à ma connaissance vous aidera à obtenir justice. Dès leur arrivée à Paris vers le 10 août 1840 trois bannis belges MM. De Potter, Tielemans et moi vous ont vu des premiers venir à eux les féliciter, leur offrir votre concours le plus actif aux efforts qu’ils allaient tout naturellement tenter auprès de tous les Belges si nombreux à Paris pour étendre à notre pays l’affranchissement que la France venait de conquérir. Vous avez organisé les différentes démonstrations civiques qui tendaient en fêtant nos personnes à populariser chez le peuple parisien la cause de l’insurrection prochaine de la Belgique. Vers le 10 septembre, et en grande partie par l’effet de vos démarchez zélées, une association belge s’est formée à Paris pour l’enrôlement des volontaires tant Belges que Français, un local a été mis à la disposition de son bureau dans votre café, rue de Grenelle-Saint-Honoré n° 19, comme peuvent l’attester les survivants des principaux membres, MM. Renon, Léopold Plaisant, Coché, Morival, Zechers. Les frais inévitables ont été faits de votre bourse. Vous avez fourni les drapeaux, délivré l’argent de route à certain nombre d’enrôlés et traité pendant plusieurs jours dans votre établissement les volontaires nécessiteux. L’invasion d’un nouveau public, tout de circonstance et de passage, devait éloigner votre clientèle, habituée et une clientèle perdue ne se retrouve pas ; la ruine a donc été le prix de votre patriotisme. Si vous n’êtes plus jeune, vous avez force et santé, il serait pénible de penser qu’en l’absence de distinction et d’indemnité dont le temps est périmé, l’administration actuelle ne trouvât pas moyen de vous utiliser dans un modeste emploi. J’apprendrais avec plaisir votre réussite et je vous prie, en attendant, d’agréer etc. » Signé, à Bruxelles, le 14 septembre 1847 : Bartels, Adolphe. La veuve fut recommandée par la Commission pour obtenir un bureau de tabac ou un bureau de papier timbré en province. Il était marié et père de deux enfants en 1848. Sa veuve demeurait 19, rue de Grenelle-Saint-Honoré en 1830 ; puis 33, rue Dauphine à une date non précisée ; puis 68, quai de la Grève en 1848. Archives nationales F/1dIII/52 in dossier Decrucq, François, Joseph ; Archives de la préfecture de police AA 406.