Perier, Michel-Ange
Biographie
Né le 6 mars 1803 à Lyon (Rhône). Etudiant en droit. Le dossier de ses droits fut instruit par la Commission des récompenses nationales de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il fut décoré de la Croix de Juillet auprès de la mairie du (ancien) XIe arrondissement. Il sollicita, à titre de récompense nationale, d’être dispensé du paiement de ses frais de thèse. Il en fut exempté, sur proposition de la Commission des récompenses nationales. Il signa, le 3 septembre 1830, le certificat constatant les circonstances dans lesquelles avait été tué Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand : « Nous, soussignés, attestons que M. Marie, Adolphe, Ferdinand Labarbe, étudiant en médecine, a combattu le 28 juillet 1830 pour la cause constitutionnelle et qu’il a reçu le même jour une blessure à l’attaque de l’Hôtel de ville, par suite de laquelle il a succombé le 16 août. Nous certifions en outre qu’il a laissé un enfant actuellement existant, né le 12 juillet 1830. » Il participa à la révolte des canuts, à Lyon en 1831, et fut l’un des onze inculpés traduits devant la cour d’assises de Riom (Puy-de-Dôme), en juin 1832. A l’issue du procès, il fut acquitté, comme l’ensemble des prévenus. Dans une demande posée auprès de la Commission des récompenses nationales instaurée après la Révolution de Février, Bonnefoy, Jean-Pierre, Mathieu, né le 8 pluviôse an IX, homme de peine, demeurant 75, rue Saint-Maur-Popincourt, en tentant d’obtenir un secours, donnait quelques indications sur Perier : « […] A Lyon, aux journées de novembre 1831, j’ai combattu avec le citoyen Perrier (sic), Michel-Ange, avocat, décoré de Juillet, rédacteur du journal La Glaneuse, avec lequel j’ai toujours été très bien et partagé les mêmes opinions. Etant avec lui lorsqu’il fut blessé, quai de Retz, par une balle qui l’atteignit au genou. Ayant aidé à le transporter chez le citoyen Martin, coutelier, près la place des Cordeilliers. Plus tard, il fut transporté à Fontaine. Je lui ai prodigué tout ce qui était à mon pouvoir jusqu’au jour où il a écrit à M. le procureur de Riom qu’il se constituait prisonnier et qu’il partait pour Riom […]. » Dans son Histoire de dix ans, Louis Blanc donne les indications suivantes concernant Périer (sic) pendant l’insurrection de Lyon en novembre 1831 : « […] Cependant, Lacombe, homme résolu et très influent dans les faubourgs, se dirigeait vers le pont Lafayette, à la tête d’une colonne nombreuse, composée des habitants de Saint-Georges. Avant d’y arriver, il y envoya des parlementaires, qui furent reçus à coups de fusil. Il se disposait à l’attaque, lorsqu’on vint lui apprendre que les soldats de la ligne, casernés aux Carmes-Déchaussés, menaçaient de prendre sa troupe par derrière. Il change aussitôt de dessein, court à la caserne, s’en empare, et se dirige vers la place des Célestins où déjà s’était formé un rassemblement tumultueux. Là se trouvait un jeune homme intrépide, Michel-Ange Périer. Il portait la décoration de juillet à sa boutonnière. A la vue de ce signe auquel se liaient tant de souvenirs, on entoure Périer avec enthousiasme, on l’embrasse, et un ouvrier lui présente une carabine en disant : “Vous avez combattu en juillet pour la cause du peuple. Eh bien ! Vous combattrez encore aujourd’hui pour cette cause.” Michel-Ange Périer prend vivement la carabine et répond : “Oui, mes amis, encore aujourd’hui, je défendrai la cause du peuple ; c’est la vôtre, c’est la mienne, c’est celle de tous. Vive la république !” Vive la république ! répétèrent avec force un grand nombre de voix. Et le cortège se mit en marche vers l’hôtel de ville. Ainsi, par la nature même des choses, la politique avait pris place dans l’insurrection, qui, à partir de ce moment, présenta un double caractère. Mais pour renverser un pouvoir qui avait ses racines dans la bourgeoisie, toute puissante alors, il eût fallu des idées, machines de guerre plus formidables que les canons. Arrivée au coin de la rue Neuve, la colonne partie de la place des Célestins se trouva face à face avec un détachement de la ligne, stationné sur la place du Plâtre. Le chemin le plus court pour arriver à l’hôtel de ville était la rue Sirène. Mais s’y engager c’était provoquer un affreux carnage. Michel-Ange Périer s’avança vers l’officier qui commandait le détachement, et, revenant vers les siens, il monta sur une barricade et les engagea énergiquement à éviter une effusion de sang inutile. La colonne prit alors la rue Neuve et alla déboucher sur le quai de Retz. Des balles pleuvaient sur elle de chaque fenêtre ; des dragons arrivaient au grand galop. Us furent reçus à coups de fusil, mais la colonne s’étant rompue pour leur ouvrir passage, plusieurs de ceux qui la composaient se précipitèrent en désordre dans une petite promenade plantée d’arbres, et séparée du quai par un parapet. On combattit sur ce point et tout le long du Rhône avec un acharnement extrême. Du pont Morand où il s’était placé, un nègre, nommé Stanislas, abattait un dragon ou un artilleur presque à chaque coup qu’il tirait, et sa joie éclatait aussitôt en gestes expressifs et en cris sauvages. Un coup de feu renversa Michel-Ange Périer au moment où, sur le quai, à l’angle d’une rue, et un genou en terre, il ajustait un garde national, posté à une fenêtre. Péclet, son ami, reçut deux balles dans le bras. On les emporta tout sanglants. L’insurrection perdait en eux les seuls hommes qui pussent, au moins pour quelques jours, lui imprimer une direction politique. » Il fut arrêté, le 22 août 1835, dans la maison du 19, rue de la Clef au moment où, avec Duval, Mathurin, et Argout, Jean, Frédéric, ils creusaient, dans cette maison un souterrain pour permettre l’évasion des prisonniers de Sainte-Pélagie. Le procès-verbal de leur arrestation établissait ainsi la liste des personnes compromises dans la tentative d’évasion : Duval, Mathurin, né vers 1787 à Saint-Georges-le-Gaultier (Sarthe), manœuvre, demeurant 17, rue du Monceau-Saint-Gervais ; Perrier, Michel-Ange, né vers 1802 à Lyon (Rhône), avocat, demeurant 18, rue de l’Ouest ; Argout, Jean, Frédéric, né à Trêves (Allemagne), le 20 octobre 1794, fils d’Argout, Pierre né à Saint-Jouard (Isère) et de Guillon, Louise née à Bourg (Ain), imprimeur, demeurant 3, rue Planche-Mibray ; Meulnotte, Jean, né vers 1795 à Beaune (Côte-d’Or), marchand épicier, demeurant 19, rue de la Clé ; Durand, Louis, né vers 1800 à Ambleaux (Aisne), porteur à la halle, demeurant en garni 19, rue de la Clé ; Desvignes, Clémentine femme Leclerc, née vers 1800 à Aumale (Seine-Maritime), demeurant 19, rue de la Clé ; Charron, Marie, Adélaïde, femme Desvignes, née vers 1760 à Paris, demeurant 19, rue de la Clé ; Blanchard, Claude, né vers 1810 à Sauves (Gard ou Rhône), boulanger, demeurant 19, rue de la Clé ; Dupin, Marie, née vers 1812 à Moulet (Côte-d’Or), demeurant 19, rue de la Clé, et vivant avec Blanchard, Claude ; Bussy, Catherine, femme Meulnotte, née vers 1800 à Paris, épicière ; Desvignes, Caroline, née vers 1789 à Aumale (Seine-Maritime), femme Duval, demeurant 17, rue du Monceau-Saint-Gervais ; Siméant, Dominique, né vers 1810 à Lyon (Rhône), commis voyageur, demeurant cour Batave, hôtel du Lion d’argent ; Cœur, François, né vers 1810, à Lyon (Rhône), étudiant en droit, demeurant 1, impasse de Rohan ; Beix, Fanny, née vers 1808 à Blois (Loir-et-Cher), ouvrière en parapluies, demeurant 6, rue du Val-de-Grâce ; Perrier, Jules, Joseph, né vers 1814 à Lyon (Rhône), étudiant en droit, demeurant 16, rue des Moulins ; Gesler, demeurant 10, rue Caumartin. Le même procès-verbal concluait : « Ces individus ont été arrêtés en vertu d’un mandat d’amener de M. le préfet de police, comme ayant participé plus ou moins à la tentative d’évasion des condamnés à la déportation détenus à Sainte-Pélagie. Le parquet ayant réclamé la transmission immédiate des pièces, il n’a pas été possible de faire l’analyse de cette affaire et d’établir d’une manière précise le degré de culpabilité de chacun des inculpés. » Perier fut acquitté, le 11 novembre suivant, avec Duval, Argout, Leclerc et la femme Leclerc. Nous empruntons au Dictionnaire biographique de Maitron la notice biographique qui lui est consacrée et ainsi rédigée : « Né le 6 mars 1803 à Lyon (Rhône), mort à Paris le 6 août 1856 ; avocat ; républicain, membre de la Société des Amis du peuple ; actif à Lyon, Paris et dans la Nièvre. Fils d’un orfèvre joaillier, Michel-Ange Périer fut étudiant à l’Ecole de Droit de Paris. Combattant de Juillet, il fut membre du bataillon de la Société des Amis du Peuple en Belgique et décoré de Juillet.
»Nommé avocat, il s’installa à Lyon et devint rédacteur au journal républicain La Glaneuse. Il fut l’un des rares bourgeois à se battre aux côtés des canuts, participa aux combats lyonnais de novembre 1831 et fut déféré en 1832 aux assises du Puy-de-Dôme (voir Granier Adolphe, Romand Jean-Claude).
»Membre du premier “comité invisible” de la Société des droits de l’homme en juillet 1833 sur l’impulsion de Godefroy Cavaignac, il défendit devant les tribunaux de la société de secours mutuels et de défense professionnelle des ouvriers cordonniers de la ville, dite Société du Parfait Accord, en novembre 1833. Il se joignit quelques mois plus tard à un certain nombre d’autres personnalités connues pour l’intérêt actif qu’elles portaient à l’amélioration du sort des ouvriers pour déconseiller l’arrêt général du travail recommandé au contraire par le conseil exécutif du Mutuellisme, en février 1834.
»Défenseur des accusés d’avril (Lyon), il fut arrêté après l’échec d’une seconde tentative d’évasion de Sainte-Pélagie, le 22 août 1835, par un tunnel qui aboutissait 12, rue de la Clef (XIIe arr., maintenant Ve), écroué à La Force sous l’inculpation d’évasion de détenus et bris de prison, le 25 août 1835 (avec son frère, Jules Joseph Périer, Dominique Siméon, son cousin, Jean-Frédéric Argout, Mathurin Duval et François Cœur), mis en liberté par erreur le 9 septembre avec son frère, il se constitua volontairement prisonnier le 27 novembre 1835, transféré à la Conciergerie le 30 novembre 1835 puis libéré..
»Les journaux lyonnais (L’Echo de la Fabrique, Le Précurseur) de cette période contiennent plusieurs de ses notes et plaidoiries. Voir Falconnet, Luckner Laurent, Pétetin Anselme.
»Marié à Lyon le 7 septembre 1837 avec la fille d’un négociant lyonnais, il s’installa au milieu de la décennie 1840 à Nevers comme avoué près le tribunal civil de la ville. Il doit alors graviter dans les milieux républicains car, à peine la Deuxième République proclamée, il est nommé conseiller de préfecture en mars 1848. Un mois plus tard, il publia une circulaire pour annoncer son refus d’être candidat aux élections à la Constituante.
»En janvier 1849, Michel-Ange Périer démissionna de ses fonctions de conseiller de préfecture et se présenta à l’élection législative de mai. Dans sa profession de foi, il affirmait que “les principes du programme de la Montagne sont les miens”. Mais, il ne recueillit que 3 421 voix, très loin derrière les six autres élus de gauche (Gambon, Miot, Pyat, Rochut, Rouet et Malardier).
»En octobre 1850, lorsque parut le premier numéro du Peuple, sous-titré journal démocratique de la Nièvre. Liberté Égalité Fraternité, Michel-Ange Périer en était le rédacteur en chef. C’est d’ailleurs lui qui annonça, dans un éditorial de mars 1851, la suspension de la publication du journal.
»Arrêté avant le coup d’État du 2 décembre 1851, interné, il est mis sous surveillance à Paris. Nous perdons alors sa trace.
»Il mourut à Paris le 6 août 1856 et son décès fut annoncé par La Presse le 11. » La notice donne les références suivantes : Archives nationales CC/558. Archives départementales de Paris (Seine), registres d’écrou DY/4 28-10765. Archives départementales du Rhône, série M, Journées de novembre 1831. Archives départementales de la Nièvre, état civil de Nevers. Journaux Le Bien du Peuple, Le Peuple et le Journal de la Nièvre. G. Weill, Histoire du Parti républicain, p. 78. Gazette des tribunaux, 3 décembre 1835, p. 111, 3e col. Notes de J. Risacher et jean-Pierre Bonnet.
Perier demeurait 185, rue Saint-Jacques (mais 9, rue des Fossés-Saint-Jacques in Archives nationales F/1dIII/33) en 1831 ; à Lyon en 1831 ; 18, rue de l’Ouest en 1834. Ordonnance du roi contenant publication des noms des citoyens qui ont obtenu la Croix de Juillet, Bulletin des lois, 2e partie, ordonnances, n° 104 bis ; Etat nominatif des citoyens auxquels sera décernée la Croix de Juillet, instituée par la loi du 13 décembre 1830, sur les récompenses nationales, Le Moniteur universel, 2 mai 1831 ; Archives de Paris VD6 3, liste des décorés de la Croix de Juillet du (ancien) XIe arrondissement (sous le nom de Perrier, Michel-Ange) ; Archives de Paris VD6 633 n° 1, Etat des citoyens décorés de la Croix de Juillet, dont la décoration n’a pas encore été retirée, idem liste des décorés qui n’ont pas retiré leurs croix ; Archives nationales F/1dIII/33, Commission des récompenses nationales, état de demandes de dispenses de droits universitaires (sous le nom de Perrier, Michel Ange) et état des dispenses de frais d’études et de réception accordées à des étudiants en droit et en médecine sur les propositions de la Commission des récompenses nationales (sous le nom de Perrier, Michel Ange) ; Archives nationales F/1dIII/39 Commission des récompenses nationales, noms des citoyens qui ont mérité la décoration spéciale, (ancien) XIe arrondissement ; Archives nationales F/1dIII/60 in dossier Labarbe, Marie, Adolphe, Ferdinand ; Archives de la préfecture de police AA 373 in dossier Bonnefoy, Jean-Pierre, Mathieu ; Histoire de dix ans, 1830-1840, Louis Blanc, Bruxelles, Meline, 1847, tome Ier p. 380-381 ; La Révolte des canuts 1831-1834, Perdu, Cahiers Spartacus, p. 35 ; L’Insurrection lyonnaise de novembre 1831, le mouvement ouvrier à Lyon de 1827-1832, Rude, éditions Anthropos, Paris, 1969, pp. 287-289, 394, 395, 404-411, 416-418, 493, 494, 539, 589, 601, 606, 626-629 ; Il y a in Archives de la préfecture de police AA 382 in dossier Datry, François un Perrier, locataire de la maison 13, rue Lévêque, ou habitant du quartier, décoré de Juillet et combattant de Février, qui précisait avoir vu Datry, le 24 février, à la barricade de la rue Saint-Honoré, en face de celle des Bons-Enfants et qui signa, le 1er mai 1848, le certificat suivant en faveur de Datry, François (voir ce nom), quand ce dernier tenta de faire valoir ses droits auprès de la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février : « Les soussignés, locataires de la maison n° 13, rue Lévêque, et les habitants du quartier certifient que la conduite du citoyen Datry, François, ancien militaire, a été pendant les journées des 22, 23 et 24 février, celle d’un bon et courageux patriote ; qu’il a contribué, par tous les moyens possibles, au renversement de l’infâme gouvernement de Louis-Philippe et que, depuis, il n’a cessé de concourir au rétablissement de l’ordre et à l’affermissement de la république, pour laquelle il avait déjà combattu dans les journées de juillet 1830. Ils croient faire acte de justice, en contribuant à faire connaître les droits qu’un honnête homme, père de famille, peut avoir à la reconnaissance publique. »