Peulvey-Chapelle, Pierre, Césaire

Biographie


Né le 20 fructidor an XI (7 septembre 1803) au Bosc-Renoult (Orne). Marchand de couleurs. Il déposa un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications sur sa participation à la révolution de Juillet. Il adressa en effet la lettre suivante à la Commission : « […] Bien jeune encore, il vit l’invasion étrangère et le 7 mai 1816, son pauvre père fut écartelé (car ils se mirent à douze à quinze sur chacun de ses membres) par les forcenés de la ligue étrangère pour ne pas avoir voulu livrer ce qui était confié à sa garde. Le vol, le viol, l’incendie étaient les hauts faits de ces forcenés, aussi le cœur patriotique du soussigné gémissait depuis cette époque à jamais fatale pour lui, qui lui avait ravi son père bien-aimé. Il maudissait le retour des Bourbons et la Sainte-Alliance, qui avaient amené sur le sol sacré de la patrie ces hordes de bandits et d’assassins qui, en assassinant son père, l’ont privé à tout jamais de son bonheur et d’un heureux avenir. C’est animé de ces mêmes sentiments de répulsion pour cette race et la Sainte-Alliance qu’à la révolution de Juillet le soussigné courut aux armes, passa pendant longtemps, jours et nuits, aux corps de garde (Blancs-Manteaux) et y remplit courageusement son devoir. Le 3 août, fatigué par les nuits incessantes passées sous les armes, pris de fièvre cérébrale, étant de service on lui porta secours immédiatement et le 23 août il fut transporté à l’hospice. Il reçut tous les secours que nécessitait sa position fâcheuse car elle menaçait son existence et pendant six ou huit mois il fut en convalescence, ce qui le priva de faire les démarches nécessaires pour être classé au nombre de ceux qui furent récompensés de leur dévouement et de leur patriotisme. Depuis cette époque, étant garde national, il eut comme tous ces collègues à lutter pour le maintien de l’ordre et de la liberté. Il était près des barricades aux affaires d’avril [1834, N.D.A.], mai [1839, N.D.A.], juin [1832, N.D.A.] et en juillet 1835 (affaire Fieschi) il était sous les armes et fit son devoir. Electeur depuis 1835, il a continuellement et ce de tout son pouvoir, appuyé l’opposition, restant ferme et inébranlable dans son opinion de vrai patriote. C’est dans ses mêmes sentiments et avec la même fermeté que quoique alité depuis le 14 décembre 1847 par des douleurs goutteuses et nerveuses, il se rendit le 24 février au matin, étant à peine convalescent et ne pouvant encore supporter que des chausson de tresse, il se rendit rue de Vanneau où était sa compagnie au 2e bataillon Xe légion. Ils firent une longue et difficile tournée, ayant à franchir les imposantes et fortes barricades des rues Saint-Honoré, Vivienne, Richelieu et autres, ainsi que d’une partie des boulevards. Toute fatigante que fut cette tournée pour le soussigné, vu sa position, elle n’avait nullement paralysé son courage. Cependant, voyant les Tuileries au pouvoir du peuple, il songea à quitter le bataillon, qui venait d’entrer dans la place du Carrousel, heureusement sans avoir de blessés ni tués. Rentré chez lui, le soussigné, tout boiteux qu’il était, pensa que tout n’était pas fini pour lui. Il créa, aidé de ses bons voisins, un poste provisoire ou à défaut d’officier et étant sous-officier il s’instaura chef de poste le 24 au soir, où il resta jour et nuit jusqu’au dimanche matin 27 (8 heures), époque à laquelle il ferma ce poste improvisé, vu que le quartier était très tranquille et jouissait d’une sécurité parfaite. Malgré la triste position dans laquelle l’avait mis cette fatigue trop prolongée, aujourd’hui le soussigné est en pleine convalescence et il espère que sous peu il ne lui restera plus que le souvenir sans aucune incommodité. Telle a été, monsieur le président, la conduite du soussigné depuis 1830 jusqu’à ce jour et dont au besoin il pourra vous présenter des certificats. Si ce n’est pas abuser de votre bienveillante équité, il vous prie de vouloir bien faire prendre bonne note de ces faits qui prouvent qu’il a rempli ses devoirs de bon citoyen et de le faire porter au nombre de ceux qui ont quelque droit à une récompense nationale. Sa reconnaissance pour cette marque de justice ne pourra qu’égaler le respect profond avec lequel etc. » Sa demande fut rejetée par la Commission. Il était marié en 1848. Il mourut vers 1851. Il demeurait 46, rue du Cherche-Midi en 1848-1851. Archives de la préfecture de police AA 407 ; Les Industries chimiques et pharmaceutiques, Haller, Albin, tome II, Paris, Gauthier-Villars, 1903, p. 296 (où il est rapporté que la maison de produits chimiques fut fondée en 1820 par Peulvey-Chapelle au 46, rue du Cherche-Midi) ; Minutes et répertoires du notaire François Lefort, 20 octobre 1842-31 mars 1865 (étude XXIX) MC/ET/XXIX/1138.

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