Terrier, François

Biographie


Né le 26 mars 1793 à Angers (Maine-et-Loire). Médecin, reçu docteur à la faculté de Paris, le 23 août 1817. Il déposa un dossier à la Commission des Réclamants ([ancien] IIe arrondissement), sise 10, rue Bourg-Labbé puis 6, rue Dalayrac. On trouve dans son dossier plusieurs pièces justificatives de sa conduite. Le premier certificat, ainsi rédigé : « Je certifie avoir vu le 29 juillet M. Terrier à la prise du Louvre, étant armé d’un fusil de munitions, faisant feu sur les Suisses. Je certifie de plus l’avoir rencontré aux Tuileries, où nous avons monté ensemble dans les appartements pour maintenir l’ordre. » Signé, le 6 juillet 1831 : Lacroix (voir Lacroix, Joseph), décoré de Juillet, demeurant 17, rue Bourbon-Villeneuve. La deuxième pièce, cette lettre, en date du 24 mai 1831, et à en-tête de la direction générale des Postes au cabinet du président du Conseil : « Mon cher monsieur, je viens de parcourir la liste des décorés de Juillet et j’y vois, non sans surprise, que votre nom a été omis par la Commission des récompenses nationales. Y aurait-il par hasard plutôt de votre faute que de celle de messieurs les commissaires et auriez-vous négligé de faire valoir des droits à mes yeux incontestables ? Les faits dont j’ai été témoin, que je vais relater ici et qui sont de notoriété publique, ne sont-ils pas plus que suffisants pour vous engager à faire valoir des droits ? Ils sont tels, à mon avis, que si vous aviez fait la moindre démarche messieurs de la Commission se seraient empressés de faire un acte de justice. A moins que votre parti ne soit tout à fait pris et que vous ne repoussiez une distinction qui doit toujours être honorable, faites donc valoir vos droits, appuyés sur tout ce que vous avez fait et sur les faits dont j’ai été témoin et que je vais rappeler à votre souvenir. Le mercredi 28, lorsque vous eûtes reçu mon billet, ne vous vis-je pas accourir à la maison, qui quelques minutes après fut entourée de Suisses et ne contribuâtes-vous pas à repousser ces troupes ? Les corps de ceux qui restèrent sur le terrain et qui furent pendant vingt-quatre heures exposés devant notre poste n’ont-ils pas été la preuve que vos efforts et les nôtres ne furent pas tout à fait infructueux. N’êtes-vous pas resté avec nous le reste de la soirée et ne nous avez-vous pas aidé à construire la formidable barricade qui était devant notre porte, à dépaver la rue et à transporter dans la maison et à tous les étages les pavés inutiles à la barricade. Toute la nuit, n’avez vous pas comme nous donné vos soins à la confection des balles, que nous distribuions à tous ceux qui en manquaient et qui le lendemain ne furent pas inutiles devant le Louvre et la rue de Rohan ? Le lendemain matin, jeudi 29, ne fîtes-vous pas partie de premiers rassemblements de gardes nationaux, qui se réunirent aux Petits-Pères ? N’êtes-vous pas venu avec nous à la Grève pour quérir des munitions et n’êtes-vous pas l’un de ceux qui avec nous s’emparèrent du poste de la Poste ? Lorsque mon malheureux domestique fut blessé devant le Louvre, ne lui apposâtes-vous le premier appareil et en cette circonstance-là même ne méritez-vous pas bien de la patrie ? Enfin, lorsque nous retournâmes à la Poste et lorsque j’eus avec M. Chardel préparé le départ des malles et fait imprimer un Moniteur qui devait instruire les départements des glorieux événements qui venaient d’avoir lieu, n’avez-vous pas avec nous escorté les malles jusqu’à la barrière et fait partie du peu nombreux détachement qui accepta cette périlleuse mission ? Je crois que lors même vous n’auriez pas d’autres titres à faire valoir que ceux que je vous rappelle ici ceux-ci seraient plus que suffisants pour motiver une demande que vous n’avez pas faite puisque vous n’êtes pas au nombre des décorés. Voyez donc de suite le général Fabvier et quelques autres membres de la Commission et ne négligez pas de faire valoir ses droits. » Signé : Rosier, chef du cabinet particulier à l’administration des Postes. » Le troisième certificat, ainsi rédigé « Nous, maire du (ancien) Ve arrondissement certifions que M. Terrier, docteur en médecine, d’Angers, depuis quatre ans qu’il habite Paris s’est toujours conduit en bon citoyen et en ami de l’humanité. Nous attestons de plus que dans les jours de la grande semaine, il a donné des preuves du plus ardent patriotisme. » Signé, le 20 mai 1831 : D’Hubert, maire du (ancien) Ve arrondissement. Le quatrième certificat, ainsi rédigé : « Nous, soussignés, chefs de bataillon de la garde nationale d’Angers, attestons avec grand plaisir que M. Terrier, notre compatriote, docteur en médecine, fut nommé [par arrêté en date du 19 mai 1815, N.D.A.] pendant les Cent Jours capitaine de chasseurs dans le bataillon d’élite de la garde nationale de cette ville, destiné à être mobilité, et qu’il remplit dans cette circonstance difficile les fonctions d’officier, avec zèle, dévouement et patriotisme. Nous certifions de plus qu’il fut l’un des premiers signataires de la fédération angevine pendant les Cent Jours, que depuis il n’a pas cessé de faire des sacrifices pour la cause de la liberté et qu’il ne dut qu’à un heureux hasard de n’être pas victime de son dévouement et de ne pas être impliqué dans le procès du général Berton. » Signé, le 7 mai 1831 : Guitet, chef du 3e bataillon de la garde nationale ; Binet, chef du 2e bataillon de la garde nationale. En 1832, médecin du bureau de bienfaisance du (ancien) Ve arrondissement, il fit, à cette époque et selon un certificat délivré par le maire de cet arrondissement « un service assidu dans le poste médical établi contre le choléra, rue du Faubourg-Saint-Martin n° 61, depuis le 1er avril jusqu’au 20 mai […] et que depuis le 18 avril ce service a été double pour ledit sieur Terrier ». Il déposa, le 17 juin 1848, un dossier devant la Commission des récompenses nationales instituée après la Révolution de Février, et qui nous donne quelques indications biographiques supplémentaires. Il récapitulait ainsi, le 15 juin 1848, les services qu’il avait rendus depuis 1815 à la cause de la liberté : « 1814. Aide-major pendant les quatre derniers mois du gouvernement impérial. 1815. Pendant les Cent Jours l’un des premiers signataires de la fédération, capitaine dans le 1er bataillon de chasseurs de la garde nationales mobile d’Angers, jusqu’au licenciement de l’armée de la Loire. L’insurrection de la Vendée à cette époque obligeait la garde nationale d’Angers à faire un service incessant ; composé de jeunes gens et d’anciens militaires, ce bataillon, dont je faisais partie comme capitaine, était continuellement sur le qui-vive, soit pour surveiller les communes limitrophes de la ville soit pour former des détachements, et a rendu des services incontestables dans cette circonstance difficile. 1819. Adresse la première pétition à la Chambre des députés pour le rappel des bannis, sans distinction. 1822. Chef de vente de carbonaros à Angers et membre actif la conspiration du général Berton, il a dû à une circonstance imprévue de ne pas être arrêté avec lui. A la page 46 de l’Histoire de la révolution française de 1814 à 1830 par Dulaure, revue et corrigée par Auguis, député, on trouve le passage suivant, dans lequel je suis nominativement désigné : “Sur les 4 heures, parut à cheval et sans armes M. Maignan ; Wolfled s’avança sur lui et sans proférer une seule parole il l’étendit roide mort de deux coups de fusil. A 5 heures précises, ainsi qu’il avait été convenu, MM. Binet et Terrier d’Angers, Chaillou Saint-Aubin, Tessié de Lamothe et Grandménil approchaient de la maison de la Laleu ; comme ils montaient le sentier qui y conduit un jeune homme vint à eux et leur annonça qu’on venait de tuer un monsieur ; inquiets, ils doublèrent le pas, et le premier objet qui frappa leurs yeux fut le cadavre du malheureux Maignan. Ils se rencontrèrent alors avec MM. Rousseau de Bessé, Choyer de Saint-Clément et un député de Chinon. Aucun d’eux n’avait des armes ; ils voulurent cependant pénétrer dans la maison ; mais un sous-officier qui était en faction à la porte ajusta les deux premiers (Binet et Terrier, Note de Terrier lui-même), en leur intimant la défense d’avancer ; au même instant arrivait au grand trot un escadron de carabiniers. Les conjurés se retirèrent alors avec la douleur de n’avoir pu secourir le général et ceux de leurs frères qui étaient arrêtés avec lui […]. Il n’y eut de poursuivis que ceux, en petit nombre, qui avaient eu des entretiens avec Wolfled : ce furent outre le général Berton, MM. Caffé, Baudrillet, Delalande, Grandménil, Tessié de Lamothe, Fournier, Poulain et Rousseau.” 1830, 1831, 1831. Pendant les journées de la révolution de juillet 1830, le docteur Terrier a aidé à la construction de plusieurs barricades. Il a fait partie de l’artillerie de la garde nationale de Paris, 5e compagnie, jusqu’au licenciement de cette légion. Médecin du bureau de bienfaisance du (ancien) 5e arrondissement de la Ville de Paris, lorsque parut le choléra il a fait volontairement un service double pendant l’épidémie dans le bureau de secours auquel on l’avait attaché. Le docteur Terrier n’a jamais occupé de fonctions salariées sous les Bourbons des deux branches. Il exerce la médecine depuis 1820. » Il fut proposé par la Commission pour recevoir le signe honorifique qui devait perpétuer la mémoire de la Révolution de Février mais qui ne fut jamais institué et pour « un emploi public à titre de récompense nationale pour ses actes de dévouement à la république depuis nombre d’années, notamment en 1821 et 1822, comme chef de vente dans la charbonnerie à Angers et en juillet 1830. Il était marié et père d’un enfant en 1848. Il demeurait 1, passage Violet en juillet 1830 ; 36, rue de Bondy en 1831-1832 ; 38, rue de Bondy en 1833 ; 16, rue Montaigne en 1848 ; 20, rue de Montaigne en 1854. Archives de Paris VD4 11 pièce 3161 Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes qui ont fait enregistrer leurs titres aux secrétariats de la préfecture de la Seine et des deux sous-préfectures du département de la Seine, jusqu’au 31 mai 1833, idem pièce 3173 Préfecture du département de la Seine, Liste des médecins et chirurgiens, docteurs en médecine et en chirurgie, officiers de santé et sages-femmes, dressée le 31 décembre 1854 ; Archives de la préfecture de police AA 415.

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