Tricotel, C.-F

Biographie


Il participa, selon lui, aux premières protestations « contre la violation de la Charte » et « dans les journées de mardi et mercredi [se porta] souvent aux différents points où l’on combattait ». Le jeudi 29, présent à la prise d’un canon rues de Richelieu et Vivienne, il aida à diriger celui-ci jusque sur la place de la Bourse. Peu après, il alla chercher des cartouches qui se trouvaient à son domicile et les fit transporter à la Bourse. Il laisse le témoignage suivant sur l’atmosphère qui régnait à la Bourse pendant les événements : « Il y régnait déjà un ordre admirable. Ce grand mouvement populaire, qui n’a aucun trait de ressemblance avec les journées de la Révolution, s’était opéré partout avec un zèle, un enthousiasme, un calme dont l’accord tenait du prodige. A la Bourse, chacun s’était placé volontairement à un poste, et les ordres donnés étaient exécutés avec la plus tranquille soumission. Tout s’y faisait avec une régularité parfaite. MM. les docteurs de la Caux […] et Guillon […] pansaient les blessés qui arrivaient successivement. […] On vit accourir de tous les côtés une foule de chirurgiens et de médecins qui vinrent partager les travaux de leurs collègues. Un grand nombre de dames, attirées par l’humanité, vinrent offrir leurs soins aux blessés. Elles se dévouèrent avec le zèle le plus touchant. […] Le cabinet des commis des agents de change avait été transformé en magasin à poudre. L’officier chargé de la confection des cartouches y avait établi un garde et un sous-garde magasin. Cent hommes environ, pris parmi les prisonniers, étaient occupés à confectionner un nombre considérable de cartouches. Il y avait quelque témérité à faire une pareille opération dans cet endroit, et à choisir pour l’exécuter des hommes qui le jour précédent figuraient dans les rangs ennemis. Eh bien ! les mesures étaient prises avec tant de sagesse qu’aucun accident n’a eu lieu. Vingt lampes furent allumées pendant deux nuits ; cent hommes, remplissant les cartouches, les gargousses, vingt femmes, occupées à les coudre, n’étaient dérangés que par des arrosements successifs ordonnés par l’officier, qui souriait aux travaux de ceux qui l’environnaient moins pour les encourager, ils n’en avaient pas besoin, que pour éloigner d’eux toute idée de danger : lui seul en connaissait toute l’étendue. Un seul grain de poudre, enflammé, pouvait causer un malheur irréparable. […] Samedi matin, l’officier qui, depuis soixante heures, était à la tête de ce magasin, sortit un instant. Son absence fut signalée par un événement grave qui pouvait avoir les suites les plus désastreuses. Une espèce de frénésie, causée par l’odeur de la poudre, prend au garde-magasin ; il s’imagine que la cause de la liberté est perdue ; dans son désespoir, il s’arme de ses pistolets, monte sur les barils à poudre, et se dispose à se faire sauter avec le monument ; le colonel Pailhès arrive, cherche à calmer l’esprit de ce furieux, peut-être n’y serait-il pas parvenu sans l’assistance de M. Chèvre, ancien lieutenant de marine, qui, se glissant derrière le garde-magasin, parvint à s’emparer de lui et à le désarmer. […] Pendant trois jours […] aucun dégât n’a été commis. L’ordre a tellement régné […] que pas une clef n’a été égarée, et qu’un carnet servant à la liquidation de MM. les agents de change a été retrouvé à la même place où il avait été laissé. » Esquisse de quelques scènes de l’intérieur de la Bourse pendant les journées des 28, 29, 30 et 31 juillet dernier, C.-F. Tricotel, Paris, 1830.

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